Iran : l’Occident fait monter la pression par la propagande sur le programme nucléaire, par Tony Iltis

source : Green Left Weekly, 27 Novembre 2011

traduit de l’anglais par Marc Harpon pour Changement de Société

Un rapport de l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA), l’autorité de régulation nucléaire des Nations Unies, est utilisé par les États-Unis et d’autres puissances occidentales comme un prétexte pour une nouvelle série de sanctions économiques contre l’Iran et la mise en branle d’un rhétorique belliciste.

« La phraséologie est lourde, mais le message est clair » a déclaré le correspondant de la BBC pour les questions diplomatiques et militaires, Jonathan Marcus,le 8 novembre. « L’Iran, d’après l’AIEA, pourrait bien avoir mené des recherches afin de construire une bombe nucléaire pour armer un de ses missiles de longue portée »

Mais la phraséologie n’est pas seulement lourde et vague. Comme de précédents rapports de l’AIEA, elle n’apporte aucune nouvelle preuve d’une quelconque tentative effective de fabriquer une bombe nucléaire en Iran.

Les preuves du programme d’armement nucléaire de l’Iran restent limitées aux indices qu’il est possible que le pays ait des pour utiliser son programme nucléaire civil pour des objectifs militaires en cas de besoin futur.

Comme lors de la publication des précédents rapports de l’AIEA, tout l’uranium enrichi produit par le programme nucléaire iranien a été comptabilisé et utilisé.

Ce qu’il y a de nouveau dans ce rapport, c’est qu’il reflète des changements dans la direction de l’AIEA.

Un document politique

Le journaliste d’investigation et Prix Pultizer Seymlour Hersh a affirmé à Democracynow.org le 21 novembre : « Ce n’est pas un rapport scientifique, c’est un document politique. »

« Il reprend beaucoup des allégations qui ont été faites et qui ont été examinées par l’AIEA sous […] Mohammed El Baradei, […] qui était très méfiant vis-à-vis de l’Iran au début mais l’a moins été après. »

Un câble secret de la mission diplomatique des États-Unis auprès de l’ONU à Vienne et daté du 16 octobre 2011 révèle la satisfaction des États-Unis après le remplacement d’El Baradei.

Le câble affirmait : « Le Directeur Général de l’AIEA finalement désigné, Yukiya Amano, a remercié les États-Unis de leur appui à sa candidature et s’est efforcé de souligner son soutien aux objectifs stratégiques des États-Unis dans le cadre de l’Agence. »

« Amano a rappelé à l’Ambassadeur qu’il devrait fréquemment faire des concession au G-77 [le bloc des pays du Tiers-Monde] […] mais qu’il était fermement du côté des États-Unis sur toutes les décisions stratégiques clés, de la nomination du haut personnel à la gestion du programme nucléaire militaire supposé de l’Iran. »

Hersh a dit à Democracynow.org qu’après ses articles critiquant le n’importe-quoi autour de la menace nucléaire iranienne, des gens de l’AIEA l’ont contacté pour dire qu’ils participaient ses inquiétudes concernant la politisation de l’organisation.

« Je reçois des courriers électroniques […] de membres de l’Agence me disant « Bon boulot ! », a-t-il affirmé. « Je parle de l’intérieur de l’AIEA. C’est une organisation qui ne s’occupe pas de la presse, mais, en interne, ils sont mécontents de la direction dans laquelle Amano les mène. »

Le 21 novembre, les États-Unis, le Canada et la Grande-Bretagne ont annoncé de nouvelles sanctions.

La BBC a dit le 22 novembre : « Les États-Unis ont désigné l’Iran comme une « zone d’inquiétude prioritaire concernant le blanchiment d’argent » pour dissuader les banques étrangères de traiter avec Téhéran. Ils ont également mis sur liste noire onze entités suspectées d’aider le programme nucléaire iranien [et] ont étendu les sanctions à des compagnies qui aident les industries pétrochimiques iraniennes »

« La Grande-Bretagne a ordonné à toutes les institutions financières britanniques de cesser de faire affaire avec leurs homologues iraniennes, y compris la Banque Centrale. Le Canada a déclaré qu’il interdirait immédiatement l’exportation vers l’Iran de biens utilisés dans les industries pétrochimique et gazière.

Le président français Nicolas Sarkozy a proposé de geler les actifs de la Banque Centrale Iranienne et le 24 novembre, la France a annoncé qu’elle limiterait les importations de pétrole brut iranien.

La Corée du Sud annonce aussi des sanctions renforcées contre l’Iran, de même que l’Union Européenne.

La Chine et la Russie se sont toutes les deux opposées à la nouvelle vague de sanctions.

Le porte-parole du ministère Russe des affaires étrangères, Alexander Lukashevich a dit le 22 novembre : « Nous soulignons encore que la Fédération de Russie tient les mesures exterritoriales comme celles-ci pour inacceptables et contraires au droit international [… »

« Nous croyons que la constante multiplication des sanctions est depuis longtemps sortie du cadre de la non-prolifération dans le contexte du programme nucléaire iranien »

Les pays occidentaux ont commencé à imposer des sanctions quand les étudiants ont envahi l’ambassade des États-Unis et pris son personnel en otage durant la révolution iranienne de 1979.

Les ambitions nucléaires présumées de l’Iran ont été le prétexte des sanctions imposées depuis 2006 par diverses puissances occidentales et institutions internationales, y compris les Nations Unies.

Par conséquent, c’est principalement avec la chine et la Russie que l’Iran entretient des relations économiques. Le gouvernement iranien a exprimé son indifférence face aux nouvelles sanctions.

Le Teheran Times du 23 novembre rapportait que le porte-parole du ministère iranien des affaires étrangères, Ramin Mehmanparast avait déclaré : « De telles mesures sont condamnées par notre peuple et sont inefficaces et inutiles. Il est intéressant que les pays qui font ces remarques soient en plein effondrement économique et politique ou sur le point d’en faire l’expérience »

Un article du 23 novembre de l’agence de presse officielle, Fars News Agency, affirmait que les nouvelles sanctions alimentaient la hausse des prix du brut en Occident.

Les effets des sanctions sur l’Iran seront d’abord ressentis par les gens ordinaires. La journaliste iranienne-américaine Maryam Zar, a écrit dans le Huffington Post le 23 novembre : « Avec la contraction de l’activité économique, les femmes seront les premières licenciées. Aucun membre de la classe dirigeante de la République islamique ne perdra son emploi ni ne souffrira des maux de la pauvreté.

« Mais les femmes qui travaillent comme couturières, femmes de ménage, vendeuses, maraîchères, secrétaires, cuisinières, ou ouvrières d’usines seront mises à la porte de l’emploi qui leur donnait un toit et qui mettait de la nourriture sur la table de leur famille »

Les sanctions occidentales contre l’Iran et son programme nucléaire ont toujours été accompagnées de menaces militaires verbales et de manœuvres et de déploiement d’armement.

Hersh a noté que le développement par Boeing pour l’armée américaine de bombes « anti-bunker » de 30 000 livres, horriblement puissante,s a été publiquement reliée à la question des installations nucléaires souterraines de l’Iran, surveillées par l’AIEA.

Israël

En 1981, Israël a bombardé une usine nucléaire en construction en Irak et les dirigeants israéliens menacent fréquemment de faire la même chose en Iran. Ils avancent que la « menace existentielle » que pourrait représenter pour Israël un Iran doté de l’arme atomique pourrait justifier une attaque de plus grande envergure.

Dans une interview du 20 novembre avec CNN, le Ministre de la Défense israélien, Ehud Barak, a une fois de plus refusé d’exclure d’attaquer militairement l’Iran.

Il a déclaré : « Je ne pense pas que ce soit un sujet de discussion publique, mais je peux vous dire que le rapport de l’AIEA donne à réfléchir […]. Les gens comprennent que l’heure est venue… »

« Les gens comprennent maintenant que l’Iran est déterminé à produire des armes nucléaires. Aucune autre explication possible ou concevable de ce qu’ils font réellement. Et on doit arrêter ça. »

Israël est le seul pays du Moyen-Orient qui possède des armes nucléaires- entre 70 et 400 ogives, d’après la Fédération des Scientifiques Américains.

Cet arsenal a été produit avec l’assistance des États-Unis, de la France et de l’Afrique du Sud de l’apartheid et se maintient, bien qu’Israël n’ait pas signé le Trait de Non-Prolifération, sans aucune inspection de l’AIEA ni aucune forme de comptes rendus à qui que ce soit.

En fait, ce programme nucléaire serait resté secret s’il n’avait pas été révélé par le technicien nucléaire israélien Mordechai Vanunu en 1986.

Vanunu a été arrêté et emprisonné pour 18 ans (11 ans d’isolement total). Depuis sa libération en 2004, il a été soumis à une forme draconienne de liberté conditionnelle, qui lui interdit de voyager, de parler à des étrangers ou même d’avoir un téléphone. Il a été souvent remis en prison.

L’hypocrisie d’Israël, toutefois, est dépassée par celle de ses alliés. Les États-Unis monopolisent la plupart des armes nucléaires du monde, et sont le seul État qui en ait fait usage contre des civils dans la cadre d’une guerre.

La Grande-Bretagne et la France sont aussi des puissances nucléaires majeures, et, comme les États-Unis, elles ont exposé des civils à des radiations atomiques lors d’essais nucléaires. Les peuples indigènes d’Australie et du Pacifique portent le fardeau des essais nucléaires français et britanniques.

Lutte de pouvoir régionale

La volonté occidentale de faire pression sur l’Iran n’a rien à voir avec son programme nucléaire. L’échec de la tentative de George W. Bush de redessiner la carte du Moyen-Orient à l’avantage des États-Unis laissé l’Irak et l’Iran occupés à des forces alliées à l’Iran, renforçant la position de ce dernier dans la région.

Les politiciens étasuniens attirent parfois l’attention sur l’approche de « chien fou » qu’a Israël des relations internationales- suggérant que les États-Unis pourraient ne pas s’avérer capables d’arrêter une attaque israélienne.

C’est de la rhétorique. La dépendance économique totale d’Israël par rapport à l’Occident, avec 4 milliards de dollars d’aide militaire étasunienne chaque année, signifie que, si une attaque se produit, c’est avec l’accord des États-Unis.

Quels que soient les plans de l’Occident, sous Amano, l’AIEA risque de fournir un prétexte pour d’autres mesures d’agression.

Un commentaire

  1. Bien sûr c’est HARO! sur tous les pays qui ne se montrent pas assez dociles aux ordres impérialistes ! Pas tant d’arrogance sur Israël et son génocide Palestinien !!!


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