La domination des multinationales, par Martin Hart-Landsberg

source : Reports from the Economic Front (Rapports du Front Economique), 17 novembre 2011

traduit de l’anglais et présenté par Marc Harpon pour Changement de Société

Spécialiste américain des économies asiatiques, Martin Hart-Landsberg est chercheur associé à l’Institut pour les Sciences Sociales à l’Université Nationale de Gyeonsang, en Corée du Sud. Il enseigne l’économie au Lewis Clark College à Portland, dans l’Oregon.

Bien que les Républicains et le Président Obama affirment être en désaccord sur les politiques économiques, il y a une mesure qu’ils soutiennent tous avec enthousiasme : les accords de libre-échange. Le Président Obama a tiré d’un coup les accords de libre-échange avec la Corée, Panama et la Colombie de l’oubli politique ; ils ont été ratifié par le Congrès étasunien en Octobre.

Maintenant, il cherche avec détermination un nouvel accord multilatéral connu sous le nom d’Accord de Libre-échange Trans-Pacifique (impliquant l’Australie, le Brunei, le Chili, la Malaisie, la Nouvelle-Zélande, le Pérou, Singapour, le Vietnam et les États-Unis). Comme le rapporte Public Citizen, « une fuite a révélé que l’administration Obama avait signé un pacte spécial pour garder secrets tous les documents liés aux négociation pour l’Accord de Libre-échange Trans-Pacifique.

On peut se demander pourquoi les dirigeants de tant de pays ont se sentent obligés de signer de tels accords, accords qui non seulement baissent les tarifs mais détruisent aussi les pouvoirs du gouvernement de réguler l’investissement, la production et la circulation des capitaux étrangers.

Une réponse réside dans l’énorme pourvoir économique des entreprises multinationales, les principales bénéficiaires de ces accords. D’après, la Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement :

« Les multinationales, dans leurs opérations dans leur pays d’origine comme à l’étranger, ont généré une valeur ajoutée d’environ 16 000 milliards de dollars en 2010, correspondant à plus d’un quart du PIB mondial. En 2010, les entreprises étrangères représentaient plus d’un dixième du PIB mondial et un tiers des exportations mondiales. »

Les plus grandes entreprises multinationales viennent des pays capitalistes développés. Ces entreprises tendent aussi à faire partie des plus grandes et des plus puissantes firmes de leurs pays. En même temps, comme le montre le tableau ci-dessous, leurs opérations à l’étranger représentent maintenant la majorité de leurs actifs, de leurs ventes et de leur masse salariale. Dans une étude sur la totalité des multinationales, les Nations Unies rapportent que la valeur ajoutée des filiales étrangères représentait environ 40% de la valeur ajoutée totale des multinationales en 2010, une hausse de 35% par rapport à 2005.

Les estimations de la productions des compagnies transnationales citées ci-dessus, bien qu’impressionnantes, sous-estiment en réalité le contrôle des transnationales sur l’activité économique mondiale. A une époque, les multinationales prenaient part à la production internationale par l’établissement de filiales étrangères. Dans certains cas, la maison mère et ses filiales étrangères fonctionnaient de façon relativement indépendante, chacune sur un marché différent.

Maintenant, les multinationales reposent généralement sur un réseaux complexe de production transfrontalière qui implique l’articulation de la production dans de nombreux pays, avec des ventes finales effectuées dans d’autres pays encore. Plus important, ces réseaux comprennent souvent des partenaires « indépendants » qui prennent en charge des activités diverses d’après la stratégie générale des multinationales. Tandis que certaines des firmes partenaires peuvent elles-mêmes être des entreprises multinationales, beaucoup d’entre elles n’en sont pas, ce qui signifie que l’activité contrôlée par les multinationales est plus étendue que les activités combinées de la maison mère et des filiales.

Les compagnies multinationales utilisent une série de « titres autres que de capital » [non-equity mode, NEM] pour contrôler les opérations des firmes et filiales qui travaillent pour elles, titres parmi lesquels les contrats de production et la sous-traitance de service sont parmi les plus importants. L’activité transfrontalière impliquant des relations de NEM a généré, en estimation basse, plus de 2000 milliards de dollars de ventes en 2010. Les Nations Unies rapportent que 18 à 21 millions de travailleurs sont directement employés dans des firmes fonctionnant d’après des accords de type NEM. Environ 80% de l’emploi généré par les NEM se trouve dans les pays en développement et en transition.

Comme le révèlent les chiffres suivants , la production transfrontalière enracinée dans des relations de type NEM domonent maintenant un nombre significatif d’industries d’exportations. Par exemple, la production dans un cadre de type NEM représente maintenant 50% de toutes les exportations de jouets, de chaussures, de vêtements, et d’équipement électronique. 

La production d’iPhone offre un des meilleurs exemples de la logique et du fonctionnement de ces réseaux transfrontaliers contrôlés par les multinationales. Comme l’explique la Banque de Développement Asiatique :

« Les iPhones sont conçus et promus par Apple, une des entreprises étasuniennes les plus innovantes. A part ses logiciels et la conception des produits, la production d’iPhones se fait d’abord et surtout à l’extérieur des États-Unis. La fabrication d’iPhones implique neuf compagnies, installées en République Populaire de Chine, en République de Corée (ci-après Corée), au Japon, en Allemagne et aux États-Unis. Les producteurs et fournisseurs majeurs de parties et de composants de l’iPhone comprennent Toshiba, Samsung, Broadcom, Numunyx, Murata, Dialog Semiconductor, Cirrius Logic, etc. Tous les composants d’iPhone produits par ces compagnies sont transportés par Foxconn, une compagnie de Taipei, en Chine, située à Shenzen, pour un assemblement du produit fini et une exportation aux États-Unis et dans le reste du monde. »

Sans surprise, la répartition des profits, telle qu’on la voit dans le graphique ci-dessous, reflète la hiérarchie qui structure ce réseau de production transfrontalier comme les autres réseaux du même type.

L’importance des réseaux de production transfrontalière pour la profitabilité des multinationales aide à expliquer pourquoi ces entreprises soutiennent si fermement les accords de libre-échange. Et, bien que je me sois concentré sur les producteurs, les marchands internationaux qui vendent les produits élaborés par ces compagnies en réseau et les entreprises financières qui financent et la production et la consommation de ces produits sont aussi des bénéficiaires majeurs et par conséquent des avocats puissants.

Le fonctionnement de ces réseaux, centrés pour la plupart en Asie du Sud, ont grandement contribué à la croissance des déséquilibre commerciaux, caractérisés par les surplus commerciaux de l’Asie du Sud et les déficits commerciaux étasuniens. Ces déséquilibres ont été couverts et que du fait de la bulle de l’immobilier et de la dette qui finançait la consommation étasunienne et ce camouflage a fait que l’accumulation capitaliste mondiale ne s’est maintenue

L’effondrement de la bulle a conduit de nombreux analystes à appeler à un rééquilibrage des économies Nord-Américaine et Asiatique. Toutefois, plutôt que de répondre à ce besoin, les gouvernements à travers le monde, répondant aux intérêts capitalistes dominants, continuent à chercher des accords de libre-échange, une recherche qui, si elle aboutit, ne fera qu’intensifier les problèmes économiques et sociaux actuels et rendre les changements nécessaires plus difficiles à réaliser.

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