Timor Oriental : Cuba « m’a appris à aimer les gens et à être indépendante »

source : Green Left Weekly, 6 novembre 2011

traduit de l’anglais par Marc Harpon pour Changement de Société

En Octobre, la branche de Sydney de la Société d’Amitié Cuba-Australie (ACFS) a organisé une tournée du Dr Merita Armindo Monterio, une doctoresse du Timor-Oriental formée gratuitement à Cuba. Armindo Monterio est aussi également militante de l’Association pour l’Amitié entre Cuba et le Timor Oriental.

Depuis 2004, Cuba a entrepris un large programme de formation de médecins pour le Timor Oriental et a envoyé des centaines de médecins cubains travailler dans l’île. La coopération médicale cubaine dans la région a depuis été étendue à Kiribati, à Nauru, au Vanuatu et aux îles Salomon. La Papouasie-nouvelle Guinée pourrait bientôt bénéficier également de la générosité cubaine.

Plus de 1000 jeunes du Timor Oriental et des îles du Pacifique ont suivi une formation médicale grâce à Cuba, la plupart d’entre eux dans des universités cubaines. Cette coopération « Sud-Sud » transforme les systèmes de santé de ces pays.

L’aide solidaire socialiste des cubains contraste nettement avec la main-mise pétrolière de l’Australie sur la Mer de Timor et l’échelle misérable de ses programmes de coopération universitaire régionale. L’inquiétude au sujet du prestige croissant de Cuba dans « l’arrière-cour » de l’Australie impérialiste est peut-être l’une des raisons pour lesquelles l’État Australien a exprimé son désir de coopérer avec Cuba dans le Pacifique.

Mace Cameron du Green Left Weekly a parlé avec Armindo Monteiro. Une version plus longue de cet entretien est disponible sur le blog de Cameron : www.cubasocialistrenewal.blogspot.com

Quelle est la situation du Timor Oriental en matière de soins et quel a été l’impact de la coopération médicale cubaine ces dernières années ?

Le système de santé au Timor Oriental est en train de se construire, sur la base du développement des soins primaires et secondaires. Nous avons l’Hôpital National Guido Valadares dans la capitale, Dili, et cinq hôpitaux régionaux à Oecussi, Suai, Maliana, Maubissi et Baucau. Nous avons également des cliniques partout dans le pays.

Dans les hôpitaux régionaux, nous offrons aussi bien les services de santés les plus lourds que les plus légers, y compris certains services spécialisés comme la gynécologie, et nous assurons certaines opérations chirurgicales.

Pour les cas très compliqués, nous pouvons avoir besoin de transférer le patient vers l’hôpital national à Dili, pour qu’il reçoive des soins plus spécialisés ; c’est aussi là qu’il y a l’équipement médical le plus moderne.

Je vois la présence médicale cubaine au Timor Oriental comme très positive. Quand j’ai laissé le Timor Oriental pour commencer mes études de médecine à Cuba en 2004, il y a avait encore un nombre réduit de médecins cubains au Timor Oriental, mais quand je suis revenu ils étaient beaucoup plus nombreux. Ils sont répartis dans tous le pays dans les hôpitaux et dans presque toutes les cliniques locales, soignant des gens vivant très loin de l’hôpital le plus proche.

Dans certains cas, les patients trouvent un peu difficile d’arriver jusqu’à l’hôpital, et donc les médecins cubains leur rendent visite à domicile. C’est très bien.

Les gens disent souvent qu’ils sont très satisfaits des soins qu’il reçoivent des médecins cubains. Beaucoup de gens me disent que les cubains font un excellent travail. Je ne dis pas cela parce que j’ai étudié la médecine à Cuba, mais du fait de ma propre expérience et de ce que certaines familles du Timor Oriental me disent des médecins cubains.

Qu’est-ce qui t’a motivée à rejoindre le programme de formation médicale cubain ?

J’ai toujours voulu étudier la médecine, mais puisque ma famille est pauvre, elle n’avait pas les moyens de payer des études de médecine dans un autre pays comme l’Indonésie. J’ai donc décidé de rejoindre le programme de formation cubain.

Avant cela j’avais voulu aller dans une école d’infirmières, mais quand j’ai obtenu mon baccalauréat, l’école d’infirmière avait fermé ses portes. Je me suis alors inscrite à l’université [à Dili] et j’étudiais la santé publique depuis deux ans quand j’ai eu la bourse pour étudier la médecine à Cuba. J’ai donc abandonné la santé publique pour participer à ce programme.

Où avez-vous étudié à Cuba ?

J’ai passé mon temps à Cuba dans la province de Ciego de Avila, au centre du pays, d’abord dans un endroit appelé Moron, où j’ai fait neuf mois d’études préparatoires, avant de faire ma première et ma deuxième année de médecine dans la capitale provinciale, je suis ensuite retourné à Moron pour faire mes troisième, quatrième et cinquième année de médecine.

Pour ma dernière année, je suis retourné au Timor Oriental et j’ai étudié à l’hôpital national Guido Valadares à Dili.

Avez-vous vécu dans une famille cubaine ?

Pas exactement avec une famille cubaine, parce que nous faisions des études et que nous étions hébergés sur le campus avec d’autres compañeros. Beaucoup de monde vivait là, beaucoup d’étudiants d’Afrique, d’Amérique Latine, de la Caraïbe, d’Asie ; des anglophones, lusophones, hispanophones, francophones et beaucoup d’autres. Nous avons tous vécus ensemble de façon très harmonieuse comme une grande famille. Nous restons en contact.

Pouvez-vous partager avec nous certaines de vos réflexions sur votre expérience à Cuba ?

Les cubains m’ont beaucoup appris. Ils m’ont appris à être indépendante, ils m’ont appris à aimer les gens beaucoup plus que je ne le faisais ; ils m’ont appris à incarner ce grand amour et à l’exprimer en traitant mes patients ; ils m’ont appris comment vivre parmi les gens ; et ils m’ont appris comment tirer le meilleur parti des rares ressources disponibles pour eux.

Cuba est un pays qui incarne une manière différente de voir les choses. Elle subit le blocus des États-Unis, mais elle persévère et elle a développé de très bons systèmes de santé et d’éducation, que j’admire beaucoup.

Notre pays n’a pas à changer sa façon de voir les choses, mais, personnellement, j’espère qu’un jour, avec le développement de ses systèmes de santé et d’éducation, le Timor Oriental pourra être comme Cuba.

Quel est l’objectif de votre visite en Australie ?

Je suis ici pour échanger des idées sur le travail de deux organisations, la Société pour l’Amitié Cuba-Australie et l’Association d’Amitié entre Cuba et le Timor Oriental. D’abord, il s’agit de soutenir Cuba puisque les deux associations ont le même objectif. Par exemple, appeler à la libération des Cinq prisonniers politiques cubains aux États-Unis et faire campagne contre le blocus étasunien contre Cuba.

Nous avons discuté de diverses idées à mettre en œuvre, et de la façon de renforcer les liens entre l’Australie et Cuba, le Timor Oriental et Cuba et l’Australie et le Timor Oriental.

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