L’élite désigne un nouveau gouvernement dans le dos du peuple, par Afrodity Giannakis (Thessalonique)

Les manifestants de la Place Syntagma.

source : Green Left Weekly, 11 novembre 2011

traduit de l’anglais et présenté par Marc Harpon pour Changement de Société

Comme d’autres articles de Green Left Weekly sur la situation grecque, le texte ci-dessous minimise à l’extrême le rôle du PAME et du KKE. Il faut donc rappeler que ces deux organisations ont joué un rôle central dans le déclenchement des luttes actuelles et qu’elles constituent une des principales forces politiques (KKE° et syndicales (PAME) présentes dans la rue.

Les 29 et 30 Octobre, il y a eu une grève générale en Grèce. L’écrasante majorité des travailleurs grecs à pris part aux manifestations dynamiques et à d’autres formes d’action. De cette manière ; le peuple grec a exprimé sa colère et son désespoir face aux mesures dévastatrices menées cette dernière année et demie.

Les mesures d’austérité vicieuses et implacables ont été imposées par le gouvernement du PASOK (Le Mouvement Socialiste Panhellénique) et la « troïka » du Fond Monétaire International, de la Banque Centrale Européenne (BCE) et de l’Union Européenne.

Les 48 heures de grève ont été caractérisées par le taux de participation le plus élevé de l’histoire et ont atteint l’ampleur la plus large enregistrée depuis la fin de la dictature grecque en 1974.

Le 28 Octobre a été le jour national de commémoration de la résistance contre l’Occupation Allemande de la Grèce durant la Seconde Guerre Mondiale. Deux jours plus tôt,la décision a été prise de nommer des représentants de la troïka dans tous les ministères grecs pour superviser la direction du pays. Les grecs de tout le pays ont saisi l’occasion des célébrations commémoratives pour dire « non » à la nouvelle occupation par la troïka.

Durant les traditionnels défilés du 28 octobre, la résistance grecque face aux politiques antipopulaires s’est exprimée sur des bannières, dans des chants et des marches étudiantes de protestation contre les cortèges officiels.

Dans de nombreuses villes, les manifestants ont chassé les représentants du gouvernement qui arrivaient pour assister aux célébrations. En Thessalonique, le président grec Karolos Papoulias et les fonctionnaires qui l’accompagnaient ont été forcés à partir. Les manifestants ont à plusieurs reprise chanté des chants comme « Le peuple ne veut pas de vous- emportez le mémorandum avec vous. »

Les mobilisations populaires ont envoyé un message clair au gouvernement et à la troïka. Mais, en réponse, le gouvernement du PASOK a chassé les manifestations du 28 Octobre.

Il a accusé les manifestants de bafouer des institutions sacrées et de détruire la démocratie. C’est un point intéressant, compte tenu du fait que le gouvernement du PASOK a plusieurs fois violé la constitution et les droits humains basiques du peuple. On a également avancé que les manifestants étaient seulement une petite minorité de citoyens grecs, ce qui était un énorme mensonge.

Le gouvernement a essayé de minimiser l’importance des manifestations. Toutefois, les actions qui s’en sont suivies ont montré que le message du peuple descendu dans la rue avait fait tâche d’huile.

Si cela avait été un vrai gouvernement démocratique, il aurait répondu en essayant de satisfaire les demandes populaires. Au lieu de quoi, ce gouvernement a opté pour moins de démocratie et plus d’oppression.

Sa fonction est claire désormais. Il agit en faveur des intérêts financiers nationaux et étrangers, aux dépens du peuple grec.

Trois jours plus tard, le 31 Octobre, le Premier Ministre Grec George Papandreou a demandé un référendum durant une réunion des dirigeants du PASOK. La question exacte qui sera posée lors du référendum n’est pas claire. En évoquant la possibilité d’un référendum, le gouvernement essaie probablement de gagner du temps. Il cherche à calmer, désorienter et manipuler le peuple.

L’annonce a provoqué une réaction ferme des représentants de la troïka. Ils ne souhaitent pas risquer une issue défavorable pour leurs politiques. Les marchés ont aussi été affectés négativement.

Ensuite, la possibilité d’élections a été mentionnée, mais elle a été exclue immédiatement après. Le 4 novembre, George Papandreou a demandé un « vote de confiance » concernant la possibilité de sa démission et de la désignation d’un gouvernement transitionnel de coalition par le parlement.

Il a expliqué que son but était l’approbation de l’accord sur la dette. Il a ajouté que des élections seraient désastreuses à ce moment.

En d’autres termes, il a montré sa détermination à faire plier la résistance populaire et à s’assurer que le sévère train de mesures Européen soit accepté rapidement contre la volonté du peuple.

Il est clair maintenant que les gens ordinaires voteront contre les politiques de la troïka et les partis politiques représentant ces politiques. En conséquence, les élections ont été exclues pour maintenir les gens hors du processus de décision.

Papandreou a remporté le vote de confiance. Il s’est ensuite retiré pour laisser place au nouveau gouvernement.

Le 10 Octobre, Lucas Papadimos a été nommé Premier Ministre. Il a été très proche de gouvernements antérieurs du PASOK. Il est également banquier et a servi comme vice-président de la BCE. Son CV correspond au boulot qu’il est censé faire.

L’initiative de sa nomination a été prise par le PASOK avec la participation active de deux autres partis, le parti de droite traditionnel Nouvelle Démocratie et l’Alerte Populaire Orthodoxe (LAOS), un parti d’extrême droite.

Le LAOS, assoiffé de pouvoir, a bénéficié d’une énorme couverture médiatique ces deux dernières années. Cela a fait apparaître ses positions crypto-fascistes comme acceptables, au point que le gouvernement les incorpore maintenant dans son programme.

Nouvelle Démocratie aussi bien que le LAOS prennent part à la coalition arbitrairement arrivée au pouvoir. Des membres du LAOS pourraient recevoir des portes-feuilles ministériels.

Les principaux groupes de la gauche, à savoir le Parti Communiste de Grèce et la Coalition de la Gauche Radicale (SYRIZA) ont appelé à des élections. Tous les autres partis d’opposition ont dit qu’ils soutiendraient le nouveau gouvernement.

Cette manœuvre au sommet concernant une chose aussi importante qu’un changement de gouvernement est quelque chose d’extrêmement antidémocratique. C’est une négation du droit pour les gens ordinaires d’avoir quelque chose à dire sur les décisions affectant leur vie.

En revanche, le contrôle rapproché et la supervision de la troïka ont été omniprésents. Certaines de ses interventions dans les affaires grecques sont publiques. De plus, l’activité de politiciens grecs ou membres de la troïka comprend indubitablement des actions restant en coulisses.

Les pièges qui sont tendus au peuple grec ne sont pas toujours faciles à discerner. Par conséquent, il est difficile de faire un récit complet et définitif des récents développements de la situation.

Le 8 novembre, le vice-président de la Commission Européenne, Olli Rehn, a tapé du pied pour montrer qui commandait en Grèce. Il a déclaré que les six prêts pour le sauvetage du pays seraient accordés à condition que le nouveau gouvernement « d’unité nationale » signe un engagement écrit de respect des objectifs des créanciers.

Ce n’est pas la première fois que ce type de chantage est utilisé pour prévenir le prévisible tollé général.

Ce mépris pour le peule devrait être une raison pour la gauche de réagir fermement.

En ces temps critiques, la direction de la gauche devrait soutenir activement le mouvement anti-mémorandum. Elle devrait pousser à un véritable changement à travers un programme précis, ainsi que des revendications politiques et des moyens de luttes avancés.

Les forces parlementaires de la gauche ne tirent pas parti de l’opportunité historique d’aller de l’avant. Par conséquent, le mouvement ne peut pas progresser dans son organisation et le militantisme populaire entravé.

Dans les circonstances actuelles, la gauche ne peut pas gagner la confiance du peuple en demandant timidement des élections. On a besoin de beaucoup plus pour un changement qui bénéficie à la majorité des gens. A cette fin, l’action unie de l’ensemble d’une gauche fragmentée est également nécessaire.

Le moment est venu de radicaliser la lutte, mais la gauche grecque ne semble pas capable de réagir. Il est absolument impératif qu’elle sorte de cette stupeur politique pour aider à mettre un terme à la dévastation en cours du pays.

Si elle échoue, les militants de base et les forces de la gauche révolutionnaire risquent de devoir trouver une alternative.

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