C.N.R. – Pour une Éducation Publique Populaire, c’est-à-dire le travail critique de la démocratie ! par Franck Lepage

 

« Parce que la démocratie, ça ne tombe pas du ciel. Ca nemarche pas tout seul : il faut y réfléchir pour la préférer. Il faut faire un travail critique permanent. »

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Ce texte est un extrait de l’une des conférences gesticulation de Franck Lepage. Vous pouvez prendre le relais si vous le voulez en actionnant le lien y afférent !

 

Pour lire l’intégralité ; http://www.scoplepave.org/docus/FL_incultures1_txt.pdf

Ou l’écouter ; http://www.scoplepave.org/conf_vid.html

 Changement de Société remercie Maurice Lecomte d’avoir proposé ce texte.

 

 

L’indignation de Christiane Faure.

 

« En 1940, Monsieur, jétais jeune professeure de français au lycée de jeunes filles à Oran, en Algérie. Lorsque létat français a promulgué les lois portant statut des Juifs en France. La première chose que lon nous a demandéNous avons reçu un jour une circulaire nous demandant de dresser les listes des élèves juifs de notre établissement, afin quils soient expulsés. Puisque létat français avait décidé que les Juifs nauraient plus le droit de bénéficier de linstruction publique. »

 

Cétait compliqué » à lépoque, dun seul coup des français découvraient quils nétaient pas français. Pas évident à comprendre !

 

Elle ma dit :

« Monsieur, jétais horrifiée ! Mais jétais plus encore horrifiée quand je me suis rendue compte que jétais la seule à être choquée ! Toutes mescollègues mont dit : Christiane quest-ce quon peut faire ? On ne peutrien faire à ça, cest une loi ! Et puis, si on ne désigne pas les Juifs, cest nous qui allons êtres renvoyées ! Est-ce que tu seras plus utile une foisque tu seras renvoyée ? Et puis, tais-toi, tu vas avoir des ennuis ! Tu vas être déportée ! »

 

Et Christiane Faure me raconte : « Monsieur, nous avons fait les listes.

 

Et moi, jai regardé mes jeunes élèves descendre la colline dOran avec leurs petites blouses roses sous le bras. Et jai pleuré, Monsieur. Et je me suis dit que plus jamais, je ne pourrais être enseignante, plus jamais.

 

Jenseignais Diderot, Rousseau, Montesquieu, Voltaire! Monsieur,sachant les enseigner, nous aurions dû savoir les défendre !»

 

Alors, elle me raconte quelle résiste. Oh, pas grand chose : elle donne des cours en cachette aux jeunes élèves juives chez elle. Ca se sait, on la menace. On lui dit quelle va être déportée. Mais lAlgérie est libérée très tôt.

 

L’Education Nationale en remplacement de l’Instruction publique

 

En 1942, le gouvernement provisoire de la République Française sinstalle à Alger et un nouveau ministre – non plus de linstruction publique, mais de léducation nationale – décide de constituer un cabinet. Il va chercher un philosophe qui sappelle Jean Guéhenno, quon a un peu oublié aujourdhui, proche du parti communiste : un type important à lépoque. Il va chercher dautres personnes : Messieurs Bayen, BadventetMademoiselle Christiane Faure !

 

Mademoiselle Christiane Faure rentre donc dans le premier cabinet qui va reconstituer un « Ministère de léducation nationale ». Parce que ce nest plus un problème dinstruction. Avec Auschwitz, avec le nazisme, on sait désormais que ce nest pas parce quon est instruit, quon préfère nécessairement la démocratie au fascisme ! Et quon peut être parfaitement instruit et être un nazi. Il y a dans lintelligentsia française, il y a parmi les plus hauts dignitaires allemands, des gens qui ont un très haut niveau dinstruction.

 

Et ça, Mesdames et Messieurs, cest un traumatisme pour ce ministère ! Parce quil est désormais obligé daccepter une idée toute simple, que Monsieur le Marquis de Condorcet avait déjà exprimée en 1792, quand il avait présenté son plan déducation à lassemblée. Condorcet avait dit :

« Attention, si vous vous contentez de faire de linstruction des enfants, vous allez simplement reproduire une société dont les inégalités seront désormais basées sur les savoirs ! ».

 

Si vous voulez fabriquer une république et une démocratie, il vous faut donc un deuxième volet. Il vous faut faire de léducation politique des adultes ! Parce que la démocratie, ça ne tombe pas du ciel. Ca nemarche pas tout seul : il faut y réfléchir pour la préférer. Il faut faire un travail critique permanent.

 

Et donc, en 1944, Mesdames et Messieurs, en France, on crée dans le Ministère de léducation nationale une chose incroyable, pour laquelle ilaura fallu une Shoah de vingt millions de morts pour quon accepte cette idée ! Cette idée toute bête, quil est de la responsabilité de létat de prendre en charge léducation politique des adultes!

 

Une direction de l’Education Populaire et des Mouvements de Jeunesse.

 

Et comme on ne peut pas faire de léducation politique avec des enfants, on va en faire avec les « jeunes ». Attention, ne faites pasdanachronisme, Mesdames et Messieurs : en 1944, quand on parle dun « jeune », ça veut dire que ce nest plus un enfant, mais que cest devenu un adulte ! Un jeune en 1944, ça a 21 ans !Aujourdhui, quand on parle dun jeune, cest un adolescent dorigine immigrée dans une tour de quinze étages avec les lacets défaits et la casquette en arrière ! Mais à lépoque, ils ne sont pas là : on na pas fait venir leurs parents pour les employer dans nos usines, on na pas construit les cages à poules de quinze étages. Ca va venir après, cette définition du jeune ! Quand un homme politique aujourdhui parle dun jeune, il parle rarement dun type qui a 21 ans, une cravate et qui étudie à Sciences Politiques !

 

Donc, à côté des grandes directions classiques de ce ministère, la direction du Primaire, la direction du Secondaire, la direction duSupérieur, la direction des Arts et Lettres – on va y revenir à celle-là ! – etla direction de lEducation Physique et des Activités Sportiveson crée une toute nouvelle direction en 1944. Quon appelle une direction de « lEducation Populaire et des Mouvements de Jeunesse ». Car, évidemment, on ne va pas confier ce travail déducation politique à des enseignants : on va le confier aux cadres des mouvements de jeunesse !

 

Et Mademoiselle Faure est chargée de ça, chargée de recruter des instructeurs nationaux déducation populaire. Elle va aller chercher, dansce que lon appelle à lépoque, « la culture populaire ». Cest un truc qui a disparu depuis que maintenant il y a la culture. La culture a cessé très rapidement dêtre populaire chez nous. Chez vous, en Belgique, cest encore très populaire ! Chez nous, cest très élitaire. .

 

On va donc chercher des gens du cinéma, des professionnels. Monsieur Chris Marker en fera partie un jour ; de la radio : MonsieurPierre Schaeffer, qui va créer Radio France. On va chercher des gensdu théâtre : Monsieur Hubert Gignoux ; on va chercher des gens du livre,des écrivains. On va chercher des économistes, on va chercher desethnologues, on va chercher des professionnels du champ culturel !

 

A lépoque, la culture, cest une grande chose, Malraux na pas encore ratatiné cela aux beaux-arts ! On va donc voir ces gens et Mademoiselle Faure leur demande à tous : « Est-ce que vous accepteriez de sacrifier votre carrière pour venir créer, inventer de toutes pièces, les conditions dune éducation politique des jeunes adultes en France ?»

 

Ils sont dix-huit à embarquer. Lune dentre elle, Mademoiselle Nicole Lefort des Ylouses – que jai rencontré – me raconte que, quand elle voitMademoiselle Faure pour la première fois, elle est terrorisée. Elle demande à Mademoiselle Faure : « Maisen quoi va consister mon travail ?» Mademoiselle Faure lui répond : « Mademoiselle, si vous ne le savez pas, vous navez rien à faire ici ».

 

On allait demander à ces gens dinventer. Cétait quelque chose qui ne sétait encore jamais fait ! Cestà-dire le travail critique de ladémocratie ! Et cétait une responsabilité dEtat!

 

La guerre froide amène le sabordage de cette direction de l’Education Populaire par son absorption dans la direction de la Jeunesse et des Sports

 

Alors ils se mettent au travail. Mais la guerre froide arrive. Et figurez-vous que les communistes aimeraient bien mettre la main sur cette « direction de léducation politique des jeunes ». Les gaullistes ne sont pas chauds de voir un communiste soccuper de léducation politique des jeunes français et les communistes ne veulent surtout pas que ce soit un gaulliste qui soccupe de léducation politique des jeunes, etc. etc.

 

Or, ce sont les gaullistes qui vont gagner. Mais ce sont les communistes qui sont rapporteurs du projet à lassemblée nationale.

 

Et mademoiselle Faure me raconte quen 1948, les communistes, voyant quils ne pourront pas mettre lun des leurs dans la direction, préfèrent – plutôt que ce soit un gaulliste – préfèrent tout saboter et empêcher ça ! Cest un choix politique. Ils ont peutêtre eu raison, peutêtre eu tort, on ne sait pas.

 

Elle me raconte que Monsieur Roger Garaudy, en 1948, déclare, à la stupeur générale, en pleine chambre, que le groupe communiste propose pour mesure déconomie publique de fusionner la toute jeune « Direction de lEducation Populaire des Mouvements de Jeunesse » avec la gigantesque « Direction de lEducation Physique et des Activités Sportives ». Pour créer une très bizarre, très curieuse, très improbable « Direction Générale de la Jeunesse et des Sports ». Matrice du ministère qui existe encore actuellement chez nous et dont les fonctionnaires, soixante ans après, se demandent encore ce que peut bien vouloir dire « jeunesse et sports ». Est-ce que ce sont des jeunesqui font du sport ? Bon, le sport, on voit ce que cest, mais alors la jeunesse?Comprenez bien, Mesdames, Messieurs, que « jeunesse et sports », cest un anti-concept. Jeunesse et sports, cest un truc inventé pour tuer du politique et pour dire : il ny aura pas déducation politique des jeunes Français.

 

Ce nest pas grave, ils font du kayak, cest déjà ça !

 

Cest le premier avortement de ce projet indispensable. Mais il va y avoir un deuxième avortement : Jean Guéhenno, quand il voit ça, donne sa démission. Il comprend.

 

Christiane Faure entre parenthèses en Algérie dans une direction d’éducation populaire rescapée

 

Christiane Faure, elle, quand elle voit ça, elle dit : «Ok. Je pars en Algérie». Parce quen Algérie, elle va diriger une direction déducation populaire qui nest pas rattachée aux sports ! Elle me raconte, pendant cette journée insensée où je nai pas eu le droit de lenregistrer, elle me raconte quelle va faire un travail avec les soldats du contingent. Ils vont écrire sur ce quils vivent. On va la traiter de communiste, cest une fonctionnaire détat.

 

Elle va faire du théâtre en arabe avec les Arabes en pleine guerre dAlgérie : lOAS veut la tuer, elle et son équipe ! Elle va monter desspectacles : elle fait venir 200 chevaux pour monter « La Tentation de laCroix », pour monter les pièces de Roblès. Elle fait venir 200 chevaux sur le port de Mers El-Kebir avec toute la population ! Bien avant le Puydu Fou chez nous, avec lautre-là.

 

Elle me raconte ça. Elle raconte, raconte, et moi je maccroche pour en garder le plus !

 

Et pendant ce temps-là, en France, les instructeurs de léducation populaire nont plus quune seule idée : cest se sauver du sport ! On leurconstruit, en 1948-49, des « centres régionaux déducation populaire et sportive ». Ils arrivent, ils regardent et disent : « Bonjour, où est le théâtre ? » « Euhben, il y a le gymnase. Vous navez quà mettre des rideaux ! » « Où est la salle de cinéma ? » « Eh bien. il y a le gymnase. » « Oui mais, où est latelier darts plastiques ? » « Il y a legymnase. »

 

Le Ministère de la Culture

 

Ils ont compris quil faut quils sen aillent. Alors, ils écrivent un livre en 1954, dans lequel ils réclament davoir leur propre direction, leur propre administration et ils appellent ça « Pour un ministère de la Culture ». Mesdames et Messieurs, un « ministère de la Culture » en 1954, cest très-très culotté ! Parce quil ny a eu, à ce moment de lHistoire, que trois ministères de la culture dans le monde. Un chez Hitler, un chezMussolini et un chez Staline. Pour une raison assez simple à comprendre : cest que la notion même de ministère de la culture est totalement incompatible avec lidée de démocratie.

 

Je ne vous parle pas dun secrétariat dEtat aux Beaux arts, qui pensionne des artistes officiels comme cest le cas aujourdhui ! Je ne vous parle pas de ça. Je vous parle dun vrai « Ministère de la Culture ».

 

Parce quun Ministère de la Culture, cela veut dire que létat dit le sens de la société, et ça, cest la définition du fascisme.

 

Mais eux se disent quil doit y avoir moyen davoir un ministère de la culture démocratique. Ce sera forcément un ministère qui va travailler la question démocratique en permanence. Ce serait un ministère de léducation populaire.

 

Vous voyez bien comment aujourdhui ce ministère prétend travailler la question démocratique. ! Il est là pour nous faire croire à la démocratie en faisant pipi par terre ! Mais eux, à lépoque, ils utilisent le théâtre, ils utilisent le cinéma, ils utilisent tout ce quaujourdhui déteste le ministère de la culture ! « On ne doit pas utiliser le théâtre pour parler de la vie des ouvriers ! Ca, cest tuer lart ! Lart na pas à servir une cause sociale !» Tout le discours d’aujourdhui.

 

Et je demande à Mademoiselle Faure : « Mais est-ce que vous aviez des contacts avec Mademoiselle Jeanne Laurent ? » Mademoiselle Laurent dirige la direction des Arts et Lettres. Son problème à elle, Jeanne Laurent, ce sont les Beaux Arts. Voilà, cest les Beaux Arts, cest bien : il faut financer les artistes ! Cest très bien. Cest elle qui va donner sa première subvention à Jean Vilar pour faire le festival dAvignon.

 

A côté de Jean Vilar, il y a un type dont vous navez jamais entendu parler, cest Jean Rouvet. Lui, cest un instructeur déducation populaire. Il va construire le festival dAvignon, les CEMEA à Avignon, tout ça.Vous croyiez que cétait Jean Vilar qui avait tout fait ? Evidemment, onvous a toujours dit la vérité à vous !

 

Ils veulent donc un ministère de la culture ! Et ils pensent à Albert Camus pour être leur ministre. Camus à lépoque a dirigé une maison de la culture en Algérie, a créé un théâtre qui sappelle « le théâtre du travail ». Vous imaginez ? Un gars qui milite pour la création collective, contre la création individuelle, bref… Un anti-Malraux. Et Camus est marié à la sœur de Mademoiselle Faure. Mais peu importe. Cest vrai, peu importe, Mademoiselle Faure est la belle- sœur de Camus, on ne va pas passer la nuit dessus !

 

Camus se tue en voiture.

 

Et là-dessus, en France : un putsch. En 1958, un général prend le pouvoir en France. Vous connaissez son discours célèbre : « Pourquoi voulez-vous, quà 77 ans, je devienne un dictateur ?»

 

Et ce général a dans ses valises, un admirateur forcené, un chantre : André Malraux. Complètement dingue selon les uns, totalement génial selon les autres. Attention, je ne suis pas en train de parler de Malraux-écrivain : il a eu le Goncourt en 1937 « Chen soulèverait-il la moustiquaire etc. » (La condition humaine).

 

Je vous parle de Malraux-ministre ! Moi si, aujourd’hui en France, on veut confier un ministère à Houellebecq, jémigre au Venezuela ! Mais bon, De Gaulle veut un ministère pour Malraux.

 

Malraux est shooté à une idée et une seule. L’ie de « La grandeur de la nation française ». Malraux se perfuse à la France, se drogue à la France(Pas seulement à ça, dailleurs) ! Cest pour cela quil adore De Gaulle, cest un authentique mégalomane.

 

Malraux est un hurluberlu génial et rigolo qui fait rire absolument tous les députés ! Il a été ministre de linformation sous la 4ème république et De Gaulle veut lui confier un ministère ! Et Debré, le père du fils actuel, est complètement embêté avec ça : donner un ministère à Malraux ! Il va donc voir Malraux. Vous savez, à cette époque – on sort de la 4ème république – les ministères durent trois semaines à peine !

 

Il va voir Malraux et il lui dit : « Monsieur Malraux, voilà : le Général voudrait vous confier un ministère. Quest-ce que vous souhaitez être comme ministre ? ». Et Malraux répond : « Je veux être ministrede la jeunesse ».

 

Alors, Mesdames, Messieurs, faites très attention ! En 1958, il y a eu trois ministères de la jeunesse dans le monde. Un chez Hitler, un chez Mussolini et un chez Staline.

 

Hé oui ! Parce quun ministère de la jeunesse, dans ces années-là, ce nest pas du tout le ministère rikiki des adolescents en banlieues quil faut calmer ! Cest pas ça, « ministère de la jeunesse » ! Ca veut dire : « ministère de la société civile » ! Dedans, vous avez léducation nationale, les affaires sociales. Une espèce de gigantesque ministère de la pâte à modeler sociale, cest ça, le ministère de la jeunesse! EtMalraux veut ça.

 

Malraux est un authentique mégalomane, un vrai ! Génial, mais mégalo. Et il veut ça ! Donc, on lui répond : « Non-non-non ! Le fascisme, ce nest pas encore très loin ! » On lui dit : « Non-non-non ! On ne va pas faire un ministère de la jeunesse en France ! »

 

Alors, Malraux fait un deuxième choix. Il dit : « Je veux être ministre de la recherche ». Lélite, là, avec la bombe atomique ! Avec les scientifiques,les trucs! On lui dit quil na pas les compétences.

 

Alors, il fait un troisième choix. Il dit : « Je veux être ministre de la télévision». Debré se dit : « Non ! Non ! Non ! » Il y a quatorze postes de télé en France en 1958,vous voyez le genre ! – ça fait rigoler absolument tout le monde la télévision ! Tout le monde parie cinq ansmaximum sur cet objet-là : une boîte en bois avec une nana qui parlededans et une horloge pour donner lheure!…

 

Debré ne comprend absolument pas ce que peut être un ministre de la télévision. Il ne voit pas du tout ! Malraux, lui, a compris. Malraux estgénial. Dangereux, mais génial. Malraux a déjà compris et il veut être ça : il veut être ministre de la télévision. Et on lui dit non, parce quon ne sait pas à quoi sert un ministère de la télévision. Donc il boude !

 

Debré retourne voir De Gaulle, De Gaulle enguirlande Debré, De Gaulle pique une colère en disant : « Jexige un ministère pour Malraux ! ».

 

Vous remarquerez que Malraux na pas demandé à être ministre de la culture. Evidemment, vous, vous croyez que cest Malraux qui a inventé le ministère de la culture. Cest normal on vous a toujours dit la vérité. Lavérité officielle, vous navez jamais entendu la plus petite contre-vérité sur la question. Malraux, il ny avait même pas pensé à être ministre de la culture. Ce nest pas Malraux qui a fabriqué ce ministère, cest un personnage beaucoup plus discret et beaucoup plus puissant quisappelle Emile jean Biasini. On va y venirpatience.

 

Le Ministère de la Culture en Janus évacuant l’Education populaire au profit de l’emprise bourgeoise. Emile Jean Biasini & l’Ecole Nationale d’Outre-Mer

 

Debré a lu la brochure de Robert Brichet, qui a remplacé Christiane Faure à Paris. Il a lu la brochure des instructeurs, qui sappelle « Pour unministère de la culture ». Coïncidence incroyable ! Et Debré se dit : « Jevais proposer à Malraux un ministère des affaires culturelles, ça va loccuper trois semaines ! » Il retourne voir Malraux et lui dit : « MonsieurMalraux, est-ce que vous accepteriez dêtre ministre des affairesculturelles ? ». Et Malraux accepte, ben tiens !

 

Malraux accepte, mais il faut lui donner des fonctionnaires ! Et personne ne veut aller travailler chez Malraux. Personne. Il y en a même un, célèbre aujourdhui, qui y va en cachette à condition que ça napparaisse pas dans son dossier ! Personne ne veut aller se ridiculiser chez Malraux dans un ministère grotesque.

 

Et donc, on lui construit son ministère, on va chercher au ministère de lindustrie, le cinéma, on va chercher les Arts et Lettres à léducation nationale – normal : on lui donne les Beaux-Arts ! – et puis, on lui donneléducation populaire, on lui donne les CEMEA, les maisons de jeunes qui sont déjà au point, la ligue de lenseignement, les francs et franches camarades, peuple et culture. Tout ça. ! Et puis, on lui donne lesinstructeurs nationaux déducation populaireet Mlle Faure revient dAlgérie et elle intègre le cabinet de Malraux pour construire enfin un vrai ministère de léducation populaire.

 

On lui donne tout ça et là, nos instructeurs se disent : « Ca y est, on a gagné, on a notre ministère de la démocratie ! On la ! »

 

Pierre Moinot – qui est à lacadémie française aujourdhui. Christiane Faure, et dautres se mettent au travail pour fabriquer un ministère de la culture qui est un ministère de léducation populaire.

 

Et bien, non. Ils nont pas gagné. Parce que, comme on ne trouve pas de fonctionnaires pour les donner à Malraux, on va lui chercher des fonctionnairesdont personne ne veut : les fonctionnaires rapatriés de la France dOutre-mer. Cestà-dire tous les fonctionnaires qui sont virés par la décolonisation: des gars qui reviennent du Tchad, etc. Typepas très à gauche – je ne sais pas comment vous dire ça ! – plutôt le volet « aspect positif de la colonisation », vous voyezDes gars formés à une école terrible, qui sappelait – qui nexiste plus lENFOM : lécole nationale de la France dOutre-mer. Donc des types qui sont habitués à travailler vite, beaucoup plus vite quun fonctionnaire français, à construire des ponts, des routes, des ponts, des routes, des ponts, desroutes, à défendre la culture française, la grandeur de la France, lapuissance de la France, etc.

 

Ces gars qui reviennent du Tchad : « Chez Malraux, chez Malraux. ! » Et cest eux, Mesdames et Messieurs, cest eux – parce quils sont terriblement efficaces – qui vont construire le ministère de Malraux. Malraux est incapable de construire un ministère. Incapable. Malraux, le jour où il essaye de défendre son budget à lassemblée nationale – son budget, ses sous ! – il lit trois lignes et il dit : « Et euhet jen passe et ça lasse. » ! Et il jette les feuilles en lair et fait : « Antigone est entrée. » Comme ça ! Et tous les députés reviennent, pour écouter Malraux ! Cest authentique !

 

Donc, ce nest pas Malraux qui a fait le ministère de la culture. Ce sont ces fonctionnaires-là. Mais la première décision de Biasini – Emile JeanBiasini, au moins vous aurez entendu son nom pour ceux qui ne leconnaissaient pas ! Un type très, très important, très puissant ! Il varester très discrètement : on va le retrouver sous Mitterrand commedirecteur des grands travaux. Cest le type qui va surveiller Jack Lang– et donc, ce gars-là va tout de suite comprendre lintérêt du programme des maisons de la culture. Lintérêt pour létat. Pour la puissance delEtat.

 

Et il va complètement détourner le projet que Christiane Faure et les autres ont commencé à écrire. Une maison de la culture, avec Christiane Faure et les instructeurs, cest une maison où tout le peuple, toutes les associations, les ont le droit de venir, cest leur maison.

 

Avec le troisième projet, celui que va rédiger Biasini, le peuple na pas le droit de mettre les pieds dans une maison de la culture. Ca nest pas pour le peuple, ça nest pas pour les pouilleux! Ce ne sera pas le hangar des galas de fin dannée en tutus roses des associations de parents délèves !

 

Une maison de la culture version Biasini, ça va être là où lon va montrer lélite, la puissance de la France : « La France du haut ! » Vous avez remarqué que le peuple est en bas en général ? « Les plus hautesoeuvres de lhumanité et dabord de la France » ! Et la première décision de Biasini, cest de virer léducation populaire : il comprend tout de suitece que cest ! Tout de suite. Il dit à Debré : « Vous me reprenez ça, vous me le renvoyez à Jeunesse et Sports. » Debré râle, mais accepte.

 

Mesdames, Messieurs, le deuxième avortement de ce projet incroyable dune direction de léducation politique, une direction de la démocratie, sappelle « ministère des affaires culturelles » ! Mademoiselle Fauredégoûtée rejoint « Jeunesse et Sports », cette fois-ci pour toujours. Elley finira sa carrière en 1972 en refusant de parler déducation populaire.

« Léducation populaire, Monsieur, ils nen nont pas voulu. Ca nintéresse plus personne aujourdhui. Au revoir. »

 

Ce ministère va faire des dégâts absolument considérables, mais va devenir un ministère idéologiquement très important.

 

 

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