Après les élections, le Guatemala à nouveau soumis à une main de fer? Par Emile Schepers


source : People’s World, 10 novembre 2011
traduit de l’anglais par Marc Harpon pour Changement de Société

 

 

 

Les guatémaltèques sont allés aux urnes le 6 novembre pour une élection présidentielle opposant un militaire qui a promis de diriger avec « une main de fer » (mano dura) et un homme d’affaires qui a promis d’organiser des exécutions publiques. Avec un tel choix, il n’est peut-être pas surprenant que le taux de participation ait été faible, environ 50%.

Le Général Otto Perez Molina, du Parti Patriote, l’homme à la main de fer, a gagné avec 53,7% contre le joyeux homme d’affaires et ses exécutions, Manuel Baldizon, du parti LIDER, qui a obtenu 46,3% des suffrages.

Dans une région du monde où la gauche a une force considérable, comment en est-on arrivé à ce que l’élection se joue entre deux hommes de droite ? Des accusations crédibles de participation à des violations massives des droits de l’homme lors des longues dictatures soutenues par les Etats-Unis- qui ont commencé par le renversement du président de gauche Jacobo Arbenz en 1954- ont été portées contre Perez Molina. Baldizon, à côté de son enthousiasme pour les exécutions publiques, a été accusé par ses adversaires de liens avec les cartels de la drogue.

D’abord, la principale alliance du centre-gauche, l’Union Nationale de l’Espérance- Grande Allaiance Nationale, du président sortant Alvaro Colom, a fait un mauvais calcul. D’après la constitution guatémaltèque, Colom ne pouvait être son propre successeur. Donc son parti a décidé de présenter sa femme, Sandra Torres. Mais la constitution interdit également les parents, y compris les époux et épouses, du président sortant de se présenter. Colom et Torres ont donc essayé de s’en tirer en divorçant, mais les tribunaux ne l’ont pas accepté. Donc le centre-gauche a fini par n’avoir aucun candidat.

Plus à gauche, l’alliance du « Front élargi », formée par le Winaq, URNG-MAIZ, et l’Alternative Nouvelle Nation, ont présenté la militante des droits indigènes, Rigoberta Menchu, prix Nobel. Toutefois, elle a obtenu seulement 3% des votes le 11 septembre. Compte tenu de la renommée nationale et internationale de Menchu et le fait que les organisations soutenant sa présidence étaient issues, en partie, de l’ancien mouvement de guérilla, qui a eu à un moment un soutien considérable à la base, un chiffre si bas peut sembler surprenant. Mais bien que les conflits lancés par le coup d’État de la CIA en 1954 aient été « résolus » par des négociations à partir de 1996, le Guatemala est encore le pays de l’impunité, où les riches et les puissants dirigent la majorité miséreuse par la violence et par la peur. Les guatémaltèques de la campagne, en particulier, sont très conscients de ce que le militantisme de gauche peut vous mettre en danger de mort.

La raison principale de ce glissement à droite, toutefois, c’est la terreur provoquée parmi les guatémaltèques par une augmentation massive du nombre de crimes violents durant le mandat présidentiel de M. Colom. C’est une phénomène régional, également constaté au Salvador et au Honduras. Afin de contrôler les voies commerciales par lesquelles la cocaïne est transportée à travers l’Amérique Centrale et le Mexique pour arriver aux États-Unis, les cartels de la drogue mexicains colonisent des zones entières du Guatemala, en particulier le Peten, dans les jungles de la péninsule du Yucatan et le long de la frontière avec le Mexique Des gangs comme les fameux « Zetas » éliminent quiconque se met en travers de leur chemin. Rares sont les affaires de meurtre à avoir été portées devant les tribunaux. Évidemment, le sentiment que le gouvernement de M. Colom n’était pas à la hauteur de la tâche d’en finir avec cette vague de crimes s’est répandu.

Perez Molina promet qu’il utilisera les mêmes méthodes contre le crime que l’ancien président colombien Alvaro Uribe et que le président mexicain Felipe Calderon, en dépit du fait qu’il s’agisse dans les deux cas d’approches militaires (matériellement soutenues par les États-Unis) qui ont conduit à un accroissement de la violence. Perez Molina est sur le point d’augmenter la taille et la présence de l’armée et de la police. On ignore ce qu’il fera concernant l’économie guatémaltèque à l’agonie et la pauvreté endémique.

Le nouveau président obtiendra probablement le soutien de la majorité des 158 membres du Congrès monocaméral. Durant les élections générales du 11 septembre, son Parti Patriote a remporté 26 nouveaux sièges (sur un total de 56 sièges) tandis que l’Union Nationale de L’espérance- Grande Alliance Nationale de M. Colom en a perdu 37 (ce qui lui en laisse 48). La coalition de gauche de Rigoberta Menchu a gagné un nouveau siège, ce qui lui fait un total de seulement trois députés. Le LIDER de Baldizon a remporté 14 nouveaux sièges, ce qui lui en fait 14 au total. La plupart des autres partis représentés au Congrès sont aussi des partis de droite.

A quel point la main de fer sera-t-elle dure? Parmi les premières nominations au gouvernement faites par Perez Molina, il y a le Colonel Mauricio Lopez Bonilla, désigné comme Ministre de l’Intérieur, en charge de la sécurité interne. Lopez Bonilla a été conseiller du dictateur Efrain Rios Montt, qui a dirigé le Guatemala de 1982 à 1983. Rios Montt, avec le soutien total de l’administration Reagan, a lancé une vague génocidaire de répression contre la population indigène Maya des montagnes, tuant environ 70 000 personnes.

Il y a donc des chances que la main d fer soit très dure.

Un commentaire

  1. Bonjour, ce pays est ravagé par la violence quotidienne, mais aussi par une pauvreté terrible notamment dans les régions montagneuses (là-bas, pas d’école pour les enfants, ils travaillent avec leurs parents aux taches agricoles forts difficiles). Comment sortir de cette spirale sinon en lançant un vaste programme d’éducation pour les plus jeunes afin que revienne la paix dans toutes les consciences. Malheureusement, ce résultat électoral n’annonce rien de bon, comme encore de nombreux pays d’Amérique centrale.


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