Pourquoi la guerre et le refus de négocier avec les palestiniens : l’ultralibéralisme et Les Oligarques sont les véritables maîtres d’Israël par danielle Bleitrach

 

source : Histoire et Société

 

Nous avons fait état ici même des rumeurs sur la volonté d’Israël d’aller attaquer l’iran, ces rumeurs ayant été confirmé par le Président Peres. Mais il faut replacer la politique belliciste du gouvernement israélien dans un contexte économique et social qui lui donne sens.

Contexte social : grève illimitée et montée des mécontentements

 aujourd’hui une grève illimitée menace de paralyser Israêl, lancée à l’appel du principal syndicat du pays, le syndicat Histadrutdevrait paralyser le pays notamment les transports, les administrations publiques, les universités, les banques et la Bourse.Le conflit porte sur le statut de quelque 250.000 vacataires de la fonction publique, dont le syndicat Histadrut réclame la titularisation. »La grève sera illimitée et seule une injonction de la justice peut l’empêcher », a déclaré dimanche Ofer Eini, le numéro un de Histadrut, à l’antenne de la radio de l’armée israélienne.
La justice israélienne doit se prononcer ce dimanche sur la légalité de cette grève.
Le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, a invité la centrale syndicale, qui rassemble des centaines de milliers d’employés de la fonction publique, à revenir sur sa décision.
« Je crois qu’il est possible de parvenir à une solution juste et responsable à la question des vacataires », a déclaré le chef du gouvernement, également à l’antenne de la radio de l’armée. Cette grève illimitée intervient alors qu’Israël continue à être agité par un mouvement comparable à celui des Indignés qui proteste contre le coût de la vie et le prix des logements. Mais ces mouvement sont directement une mise en cause  de la politique néo-libérale et inégalitaire du gouvernement, du système social qui a été imposé à Israël et qui est désormais dominé par le poids d’un oligarchie toute puissante qui impose sa politique.

Contexte économique: réformes, privatisation et naissance d’une oligarchie,

Alors qu’il était ministre des finances du gouvernement Sharon en 2003,  Benjamin Netanyaho a mis en place une série de réforme économique que l’on a pu comparer par leurs brutalité en matière de réforme et de privatisation à la politique initiée par Eltsine à la chute de l’URSS et comme en Russie cette politique  a donné naissance à une génération d’oligarques sur le modèle russe. Des réformes ultralibérales dans un pays qui s’était voulu socialiste.

Réformes brutales, le premier ministre actuel alors en charge des finances avait décidé des réformes très impopulaires :  Netanyahou décida une baisse importante des impôts couplée avec la refonte du système des retraites et de l’assurance maladie. Il décida en particulier des réductions drastiques du budget avec une réduction des allocations de chômage afin de forcer les gens à travailler plutôt qu’à recevoir des aides de l’Etat. Les populations arabes et les juifs ultra-orthodoxes furent les premières victimes de ces mesures.Le modèle sur lequel avait été bâti l’Etat d’usraêl comprenait non seulement les mythiques kibboutz mais également un Etat sur le modèle de celui de l’ex-URSS avec des entreprises nationalisées et une pléthore de fonctionnaires. 

Mais d’une situation de récession, il mena l’économie à une croissance impressionnante: 1.3% en 2003, 4,8 % en 2004, 5,2 % en 2005, 5,1 % en 2006 et 4% en 2010. La Bourse israélienne retrouva dès la fin 2004 ses records de l’an 2000 tandis que 2006 fut l’année des records d’investissements étrangers avec un total de plus de 23 milliards de dollars. Le Bureau Central des statistiques a confirmé que le taux de chômage atteignait 5,7% en mai 2011, soit le taux le plus bas depuis 20 ans.
 
Ce que l’on a considéré comme une grande réussite financière s’est accompagné d’un développement des inégalités, et le nouveau budget celui qui provoque la colère de la population va dans le même sens
 

Le choc imposé à l’économie par Netanyahou fit entrer le pays de plein pied dans le système capitaliste néolibéral caractérisé en Israël par un grand secteur public doublé d’un secteur industriel en forte croissance faisant d’Israël le second pays en nombre de sociétés cotées au Nasdaq. Avec d’incontestables réussites dans le domaine de l’informatique et de la biotechnologie et un développement militaire qui loin de diminuer avec le désengagement de l’Etat ne cesse de croître. Avec la crise, les entreprises qui avaient axé leur développement sur les Etats-Unis ont souffert mais l’existence d’un fort secteur public a joué un rôle de tampon.

Les manifestations actuelles dénoncent l’existence du vrai pouvoir  économique détenu celui détenu par une dizaine de familles, expliquant ainsi les similitudes avec l’histoire économique russe.

Les oligarques à la mode russe

Israël a réussi à fonder une dynastie d’oligarques qui ont profité de l’aubaine des privatisations. Dans l’ordre de leur richesse, les dix familles Ofer, Wertheimer, Arisson, Techouva, Khan, Saban, Federman, Zevledovitz, Steinmetz et Levaïev sont monté au firmament des réussites même si les conditions de la privatisation relèvent moins du pullage et de la loi de la jungle que celles intervenues en Russie, elles ont abouti à des effets comparables en matière de domination de familles oligarques.

Ainsi, une dizaine de familles gère l’économie israélienne, au vu et su de la population. Trois gros distributeurs se partagent 60% de la grande distribution avec Supersol qui contrôle à lui seul 40% du marché, imposant ainsi les prix des denrées et les bas salaires de son personnel. Cette pénétration n’a nul équivalent dans les pays occidentaux. Le premier distributeur français sous l’enseigne des Centres Leclerc détient 17% du marché hexagonal, tandis que Wal-Mart contrôle 20% de la distribution au U.S.A et Tesco 25% au Royaume-Uni.

Les groupes ne se contentent pas d’une activité unique mais ils se diversifient dans tous les domaines. Le groupe Dankner, qui a conclu en 2010, un accord d’investissement avec deux nouveaux associés du Qatar et d’Arabie Saoudite, vient de prendre une participation dans Carrefour. Mais il contrôle d’autres groupes économiques dans le bâtiment, Azorim, dans les assurances, Clal, et dans les télécommunications, Cellcom.

Si chacun sur le plan politique a pu constater l’alliance de fait entre l’Arabie saoudite, le Qatar et israêl, ces alliances ont des bases économiques et se font au plus haut niveau puisqu’il y a une telle concentration du pouvoir économique en Israël comme dans les deux pays arabes.

Il n’existe pas en France de situation qui verrait une seule entité avoir mainmise à la fois sur les hypermarchés Carrefour, Leclerc et Intermarché, les groupes Bouygues, Axa et l’opérateur SFR. Les revenus de ce groupe se comptent en milliards de dollars alors que la classe moyenne israélienne ne cesse de s’appauvrir et que l’exploitation des travailleurs s’aggrave.

Deux banques possèdent le monopole de la stratégie bancaire dans un pays où les petites entités financières font pâle figure. Le groupe Arisson contrôle la première banque israélienne, Bank Hapoalim, avec 40% du marché bancaire laissant la deuxième banque, Bank Leumi, loin derrière,  avec 20%. Par comparaison, les groupes BNP-Paribas et Société Générale détiennent à peine 32% du marché en France.

Ce monopole bancaire explique d’ailleurs le taux élevé des prélèvements appliqués pour chaque opération banale. Les utilisateurs se plaignent en permanence de la ponction anormale qu’ils subissent sur leurs comptes. La compétition est totalement étouffée alors que la croissance des profits augmente tous les ans et que les guichetiers de banque, souvent au niveau bac+3, reçoivent un salaire mensuel brut de 820 euros, loin de la moyenne théorique mathématique des salaires évaluée à 1.600 euros.  

L’industriel Haim Saban contrôle la téléphonie Bezeq, l’opérateur mobile Pelephone, et le réseau de télévision YES. Le marché de l’essence est partagé entre Delek contrôlé par Itzhak Tshouva, Sonol par les frères Borovich,  et Dor-Alon par David Wiessman.

Trois groupes conduits par ce même Itzhak Tshouva contrôlent dès à présent, avec 67%,  l’immense gisement de gaz découvert en mer Méditerranée sur le rivage de la ville de Haïfa, appelé Léviathan, qui contiendrait la ressource naturelle de gaz la plus importante du globe.

Marge réduiteDix familles détiennent ainsi le pouvoir économique en Israël. La première avec 5,2 milliards d’euros de patrimoine et la dixième avec 1,10 milliards d’euros. Aucune d’entre elles n’a choisi d’entrer en politique pour participer aux décisions de l’Etat mais, tacitement, le pouvoir politique leur appartient déjà. Le gouvernement se contente d’appliquer à leur profit une politique ultralibérale.

Conclusion

La description de ce qui se passe en Israël, de la montée des luttes face à un système de plus en plus inégalitaire et qui spolie y compris les couches moyennes, va a contrario des bases sur lesquelles s’est fondé l’Etat d’israël explique beaucoup de choses dans la politique de ses dirigeants maîtres d’oeuvre des réformes ultralibérales. Logiquement ils entretiennent dans la population un bellicisme, des haines raciales sous couvert de sécurité des juifs qu’ils mènent au désastre. Mais on aurait tort de limiter au seul Israël cette volonté belliciste et ne pas voir que la mondialisation impérialiste et la contrerévolution ultralibérale a eu partout les mêmes effets. Ceux qui à ce niveau mènent la danse sont les Etats-Unis et leurs alliés de l’OTAN associés à des dirigeants comme ceux de l’Arabie Saoudite et du Qatar. Tous sont à la recherche d’un système qui leur permettrait de tenir les peuples et ils iront jusqu’au bout de leur recomposition et de leurs concurrences entre prédateurs.

Non Israêl n’est pas en train d’imposer sa stratégie belliciste aux Etats-Unis et aux pays de l’OTAN, tout ce beau monde fonctionne ensemble, il s’agit d’une classe sociale capitaliste déchirée par ses concurrences mais menant désormais une offensive contre les peuples.

Même si des fuites orientées montrent que des préparatifs pour une nouvelle et dangereuse aventure militaire sont en cours en Israël en même temps que des discussions au sein du cabinet ministériel israélien et parmi les médias pour savoir s’il faut lancer unilatéralement des attaques aériennes contre les installations nucléaires iranien. Les Etats-Unis et les pays de l’OTAN dont la France et surtout la Grande bretagne préparent l’aventure.  Leur seule réticence étant la proximité des élections. Tout ceci alors que l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) doit remettre une nouvelle évaluation des programmes nucléaires de l’Iran, décrite au Guardian par un fonctionnaire occidental anonyme comme devant « changer la donne », et qui pourrait bien fournir le prétexte de la guerre. L’Iran, de son côté, a constamment affirmé n’avoir aucun projet de construction d’armes nucléaires. Le Guardian a annoncé que : « le Ministère de la Défense [britannique] croit que les Etats-Unis pourraient décider d’accélérer leurs plans de frappe de missiles sur des installations iraniennes clé. Les officiels britanniques indiquent que si Washington va de l’avant ils rechercheront et recevront l’aide militaire britannique pour toute mission envisagée, malgré de profondes réserves au sein du gouvernement de coalition. » Juppé a dit des choses équivalentes en parlant du soutien à la défense d’israël menacé.

Une telle analyse devrait nous aider à comprendre que comme le disait recemment le parti communiste israélien si ces mouvements sociaux de protestation qui traversent la population israélienne n’est pas une garantie de prise de conscience des citoyens de ce pays du caractère impérialiste et inique de la politique à l’égard des palestiniens. Pas plus ici qu’en France. Elle est au moins un terreau plus fertile à la compréhension par exemple du poids des dépenses militaires et du rôle joué par le bellicisme dans la défense de la dite oligarchie. Ici comme en France ou comme en Grèce dont la dette ce qu’on ne dit jamais qu’elle est liée au poids des dépenses militaires entretenus par le conflit avec les Turcs. Mais partout tout est fait pour que les peuples n’aient jamais conscience de la nature réelle de l’impérialisme et de la manière dont celui-ci porte la guerre et la haine entre les peuples, empêche de trouver des solutions négociés, le rassemblement des victimes.

S’il y avait un parti communiste français il aurait à coeur de montrer ces enjeux au lieu de promouvoir un représentant qui vote les expéditions de l’OTAN et il aurait à coeur de dénoncer les campagnes de haine qui aident les aventures bellicistes.

Danielle Bleitrach

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