L’économie est politique, par John Bellamy Foster

L'auteur enseigne la sociologie à l’Université de l’Oregon.

 

source : Green Left Weekly, 31 Octobre 2011

Traduit de l’anglais et présenté par Marc Harpon pour Changement de Société

John Bellamy Foster est sociologue. Disciple des économistes Paul Baran etPaul Sweezy, il analyse la crise dans une perspective prolongeant le marxisme des auteurs de Monopoly Capital. C’est donc tout naturellement, qu’il défend la tradition classique en économie, celle qui va d’Adam Smith à Baran et Sweezy, en passant entre autres par Ricardo, Marx ou Sraffa. Le texte ci-dessous répond à une question d’Emma Bacon, professeure d’économie politique à l’Université de Sydney. John Bellamy Foster a profité de sa présence en Asutralie en octobre dernier, pour soutenir le lutte des étudiants et des professeurs, qui veulent sauver un département d’économie politique dont la fermeture annoncée menace d’abandonner le campus à l’orhtodoxie de l’économie néoclassique. Sur Baran, Sweezy et Foster, Changement de Société a déjà publié plusieurs articles, parmi lesquels : » La financiarisation de l’accumulation« , « Le capitalisme est incapable de répondre au changement climatique » et « Crise de consommation ».

Pourquoi pensez-vous qu’il est important que les militants et les étudiants apprennent l’économie politique?

Quand je fais mon cours d’introduction à l’économie politique, je distingue l’économie politique [political economy]et l’économie [economics]. L’économie politique au sens classique est une image de l’économie dans laquelle les classes, le pouvoir, les relations sociales sont au centre de la compréhension proposée de l’économie.

C’est vrai pour Adam Smith, David Ricardo, Karl Marx et John Stuart Mill. Cette conception a manifestement glissé du libéralisme vers la libéralité.

Ce qui distingue l’économie politique classique c’est qu’elle comprenait tout en termes de relations de classes, de production et de questions de pouvoir.

L’économiste étasunien Edward Nell a écrit un article sur la résurection de l’économie politique, dès le début des années 1970 et 1980, dans lequel il présentait un tableau de la perspective de l’économie politique classique- tableau dans lequel apparaissent les relations de classe.

Dans l’économie politique classique, le profit est une forme de revenu attaché à la clase capitaliste, la rente est associée au capital foncier et les salaires sont le revenu de la classe laborieuse.

La notion de structure de l’économie- son fonctionnement en termes de production, de distribution, le rôle de l’ETat- était entièrement pensée en termes de classes et de pouvoir.

De 1830 environ à 1840, une image différente de l’économie a été introduite, image qui a donné naissance à l’économie néoclassique à la fin du dix-neuvième siècle.

C’était une façon de voir l’économie comme reposant sur un marché autorégulé et, plutôt que comme un ensemble de relations des classes, comme un simple ensemble de rapports d’échanges entre des entreprises, des ménages, l’Etat etc.

La dimension de classe et de pouvoir est totalement évacuée de cette façon de voir l’économie.

En fait, on se rend compte que durant la période des années 1840 et 1850, il n’y a qu’une science sociale : l’économie politique a été la première science sociale.

Elle s’est ensuite scindée en trois disciplines différentes : l’économie, qui a hérité du marché mais exclut les classes et l’Etat ; la science politique, qui a hérité de l’Etat mais exclut les classes et le marché ; et la sociologie, qui a hérité des classes, mais exclut le marché et l’Etat.

Elle a donc été séparée entre ces trois champs de questions, et il est devenu impossible de comprendre de façon vraiment effective le fonctionnement de la société et des relations sociales.

L’économie, en particulier, est tombée dans le piège de la réification et de l’abstraction excessive, avec le rejet hors de l’analyse de toutes les relations de classes et des relations productives.

Tout était donc vu en termes de marché autorégulé, ce qui a continué jusuqu’à Friedrich Hayek.

Certains, comme John Maynard Keynes ou Vthorstein Eblen, ou encore Joseph Schumpeter, dans un esprit plus conservateur, sont allés vers des conceptions relativement plus proches de l’économie politique. Ils se sont montrés plus sociologues dans leurs analyses parce qu’ils ont introduit la classe dans le tableau.

En général, l’économie [dominante] se définit par l’exclusion de la classe et des relations de pouvoir. Mais la façon dont, en réalité, l’économie fonctionne, est basée sur les classes et le pouvoir, donc ces réifications nous empêchent de comprendre le fonctionnement de l’économie.

Cette approche trompe en fait les économistes eux-mêmes, qui ne sont pas vraiment capables de comprendre ce qui se passe réellement parce qu’ils travaillenet avec des modèles- abstraits, sans objet et de plus en plus artificiels- éloignés du monde réel. Ils ignorent presque tout du monde réel.

Si vous lisez la littérature des affaires et de la finance, vous avez plus de chances d’y trouver une analyse de classe des relations de pouvoir, une analyse plus proche de l’économie politique, parce que cette littérature traite du monde réel. Elle doit en accueillir certains aspects, indépendamment du bord politique des auteurs ou de leur perspective. Elle est faite par des réalistes. Les économistes, eux, ne sont pas des réalistes.

Aborder des choses comme l’économie politique, qui réunissent les différents domaines, nous donne une perspective sur le monde réel, afin de nous aider à comprendre les crises au milieu desqelles nous vivons.

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