La charia: rejet de l’immoralité de l’Occident et nouvelles alliances impérialistes par danielle Bleitrach

source : histoireetsociete

 
Celles qui semblent devoir faire les frais  de la « démocratie » à la libyenne, ce sont les femmes dont le statut était une des meilleurs du monde arabe avec celui des Tunisiennes. Le président du Conseil national de transition (CNT) Mustapha Abdel Jalil avait déjà annoncé à la mi-septembre ses intentions et il les  a répété, dimanche, à Benghazi, en proclamant  la « libération » de la Libye , que la législation du pays sera fondée sur la charia (loi islamique). « En tant que pays islamique, nous avons adopté la charia comme loi essentielle et toute loi qui violera la charia sera légalement nulle et non avenue ». il a cité en exemple la loi sur le divorce et le mariage qui, sous le régime de Muammar Kadhafi, interdisait la polygamie et autorisait le divorce. « Par exemple, la loi sur le divorce et le mariage (…), cette loi est contraire à la charia et elle n’est plus en vigueur », a indiqué Mustapha Abdel Jalil. Il est probable que les droits à l’héritage et à la propriété reconnue aux femmes libyennes vont être également mises à mal.

Mais peut-être le pire pour la condition féminine, comme cela a pu être constaté en Irak, est l’insécurité permanente et les bandes armées qui achèvent de restreindre leurs libertés. Dans un texte celèbre des Manuscrits de 1844, Marx explique que la condition féminine est le témoin du degré de civilisation qu’atteint une société, elle est en effet le signe de ce que l’être humain se respecte lui-même en tant qu’être générique, parce que comme le disait Engels l’être humain n’est pas un, il est au moins deux, l’homme et la femme, l’être générique. Il est clair que la guerre est  toujours le déchaînement de la barbarie quel que soit le degré de développement des armes. Et à ce titre nul doute qu’il serait erroné de comparer les effets de la Révolution tunisienne à ce qui s’est passé en Libye.

Si les islamistes triomphent en Tunisie ce qui paraît vraisemblable ce sera indéniablement un pas en arrière dans la condition féminine, certes dans les villes et dans les couches intellectuelles il sera difficile de revenir totalement sur des conquêtes qui datent de Bourghiba mais il n’en sera pas de même dans les villes de l’intérieur et dans les zones rurales. Dans une situation de chômage et de difficultés accrues pesera plus encore la régression  de cette condition féminine à la recherche de sécurité dans la servitude et les effets en seront mesurables sur le long terme même si l’on n’ imagine mal un triomphe des islamistes susceptible d’emporter une véritable majorité. Mais c’est surtout en Libye que l’on peut craindre le pire.

On ne peut comparer la Tunisie à la Libye tant les conditions du changement ont été différentes dans ces deux pays et surtout tant la Libye a une unité nationale fragile. En Libye, ce choix de la charia constitue une tentative de cimenter une société déchirée, ingérable. la guerre civile a en effet dans ce pays bien des chances de perdurer mais ce retour à la charia menace d’autres sociétés arabes  dont l’occident veille à ce que les revendications de classe  soient étouffées. S’affronter sur la charia, sur l’islamisation est une excellente manière pour bipolariser une vie politique autour d’une alternance bourgeoise. La montée de l’islamisme traduit aussi  la forme que prend l’alliance entre une bourgeoisie islamiste et l’impérialisme comme réponse à la contestation populaire des printemps arabes. A partir du moment où les tyrans sur lesquels avaient tablé si longtemps les occidentaux n’étaient plus en mesure de contenir les peuples, s’est constitué sur le terrain non sans pragmatisme, cette allianceentre impérialisme et fondamentalisme dit modéré.  Il faudra suivre d’ailleurs les tentatives hégémoniques de la Turquie sur tout le bassin méditerranéen pour voir à quel point cette alliance des impérialistes et de la bourgeoisie arabe pourra être à géométrie variable, combinant indépendance nationale et influences contradictoires de pays revendiquant la domination. Comment sont passés  les compromis avec l’occident pour le maintien des intérêts de classe?  Ceci ne concernant  pas seulement les pays sunnites, toute une partie des mollahs iraniens est à la recherche d’un nouveau pacte entre affrontement national, consensus populaire et conditions de vie toujours plus dégradées, explosions sociales.

Dans cette étape où la lutte des classes est menée par l’impérialisme et les bourgeoisies ralliées l’enjeu essentiel demeure d’accepter des changements mineurs pour que perdure le système et l’on voit partout les appareils politiques et militaires des anciens tyrans être reconstitués, une véritable internationale y compris des petrodollars utilisée pour bloquer le changement et vider l’exercice démocratique de son contenu révolutionnaire. Cette lutte des classes a besoin de la Charia pour aboutir à un simulacre de Révolution.

L’autre ciment populaire est la question palestinienne. La nation palestinienne est devenue l’étendard de ces peuples révoltés et qui en font le symbole de leur dignité, du refus de leur propre humiliation nationale et du non respect permanent de leur souveraineté. Le mystère demeure entier  en ce qui concerne l’attitude de Bernard henri Levy qui est le porte-voix des intérêts des Etats-Unis et d’Israël. A-t-il la vue assez courte et avec lui ses parrains pour imaginer que le contrefeu allumé en Libye sous l’égide de l’OTAN garantirait une sécurité quelconque à Israël ? Quelles garanties lui ont-elles été données et à quel prix pourront-elles être imposées? S’agit-il de favoriser une politique du pire comparable à celle qu’Israël a toujours pratiqué en favorisant de fait la crédibilité du Hamas aux dépends du Fatah pour rendre toute solution pacifique impossible? L’organisation du chaos étant alors l’ultime stratégie de dirigeants occidentaux et Israéliens. Parce que en Occident, en Israël, l’aggravation  de la crise et le militaisme témoignent de la difficulté grandissante des dirigeants à tenir leurs propres peuples. Il y a incontestablement face à ce retour en force des peuples qu’ont symbolisé les révoltes arabes un écho jusqu’aux Etats-Unis, en Europe et en Israël.

Ce qu’il faut considérer c’est que dans tous les cas de figure, les « solutions » mises en oeuvre pour conserver le système par les biais les plus réactionnaire sont incapables d’apporter de réponses à ce vaste mouvement de contestation de l’odre existant, de refus des formidables inégalité, qui s’amorce.

Nous sommes avec l’approfondissement de la crise dans un processus, le mouvement même des choses prises dans leur devenir où rien n’est immuable. Le contraire de l’image que nous avons de la réalité: il en est de chaque « événement » que l’effet loupe médiatique désigne à notre attention il paraît instaurer une situation définitive.  On a alors le sentiment, comme dans une comédie qui se termine par un mariage, d’assister à la fin d’une histoire alors que c’est là que tout commence et que le poids des contradictions s’apesantit sur les protagonistes.

Ce qui nous apparaît en filant cette métaphore, c’est que nous sommes dans le moment du simulacre où  la condition féminine enfin contrôlée paraît une garantie de stabilité, exploite les craintes, le peuple y retrouve une « virilité » identitaire qui lui donne un sentiment de puissance et le prolétaire a son propre prolétaire à exploiter, la regression étant espoir de sécurité: ils furent heureux et ils eurent beaucoup d’enfants… Si la religion est l’opium du peuple et l’expression de la plus grande desespérance humaine, son impact est lié à des questions aussi fondamentales que la mort et la procréation, d’où le contrôle des femmes. Il suffit de regarder la video ci-dessous avec l’inénarable prédicateur egyptien décrivant ce que sont les droits du mari dans la charia pour mesurer qu’il n’y a là ni émancipation féminine, ni même masculine mais quelque chose de l’ordre de la jouissance imbécile de la puissance. Alors au lieu de sourire réfléchissons à cette autre jouissance de la puissance qu’est l’usage de nos bombardiers sur un peuple pour lui apprendre la démocratie et le repect de l’occident.

La Charia – Comment discipliner une femme – YouTube

http://www.youtube.com/watch?v=juRVVkXKqHc13 août 2010 – 4 mn – Ajouté par RogerMoquin2

Ce happy end ou ce moment de cauchemar est pure illusion, il faut penser le mouvement dont chacun est la négation du précédent, le bombardement nie la démocratie et autorise la domination masculine comme négation de l’amour …   Ce monde devient autre, étranger à lui même, conscience aliénée ce que traduit cet enfermement féminin dans la procréation sans fin de guerriers.

Ce qui constitue pourtant une part non résolue  du problème du monde arabe: les jeunes sans emploi et sans avenir, les Chinois qui ont quelques expériences dans ce domaine ont dénoncé l’absence de contrôle de la natalité  et il est clair que la modernité des sociétés arabes dépend de l’évolution de la condition féminine. Celle-ci a besoin de paix et il y a indéniablement contradition là encore entre la prétention occidentale à l’évolution économique, politique, culturelle de ces sociétés et ses interventions militaires pour  faire accoucher ces sociétés de la dite modernité.  L’archaïsme des structures sociales en Libye, le poids d’un mode tribal ou clanique ne peut que s’en trouver aggravé.

Mais ce que refusent de voir nos apprentis sorcier c’est la limite du « triomphe »sous bouclier de l’OTAN.  La  reconnaissance des vainqueurs de la nouvelle Libye à leurs alliés de l’OTAN, à la France en particulier paraît éclatante, alors même que ce repliement sur l’identité islamiste marque partout le refus de l’occident et de ses valeurs immorales comme moyen pour la bourgeoisie alliée de maintenir son pouvoir sur un peuple rebelle . C’est  même là le résultat réel qu’il faut considérer au-delà du spectacle de liesse, non pas pour s’en effrayer mais pour bien mesurer le rejet dont nous sommes l’objet. Le refus de l’occident et la référence à la virilité comme tentative de surmonter l’humiliation… Quitte à aller plus loin sur cette voie, à la rendre plus intolérable encore, comme par exemple en témoigne le lynchage et l’exposition du corps de Kadhafi : jamais le système de propagande médiatique n’ aurait osé traiter de la sorte un dirigeant occidental.  Le déchaînement des pulsions, l’humilitation et la tortures infligées, la volonté d’abaissement qui rapelle celle infligée à Saddam Hussein, le ballet des faux guerriers et véritables chiens intervenant après que les bombardements français aient arrêté le convoi résonnera en écho sur ce que vaut un arabe et ce que l’on peut faire de son image.

On voit que la boîte de Pandore qui a été ouverte par l’intervention de l’OTAN récèle bien des inconnues, il ne s’agit pas seulement des hommes susceptibles de gouverner et dont on peut craindre l’exaspération des rivalités, ce mélange d’anciens de Kadhafi et de terroristes avérés, auxquel se sont jointes des tribus fraîchement ralliées, tous armés jusqu’aux dents, mais d’une mouvement en profondeur qui va marquer durablement le devenir de cette société. Et c’est pourquoi nous sommes dans un processus qui va bien au-delà des aleas politiques.  La situation des femmes en témoigne. Aujourd’hui il y a repliement identitaire et refus de l’occident dont le retour à la charia est le signe.

Il y a  l’aliénation d’une conscience humaine étrangère à elle-même mais ce n’est pas la seule société à ignorer les chemins de sa libération et à croire qu’ils passent par l’oppression d’un autre soi-même, tout part de la domination impérialiste qui impose à tous cette régression.  Ce qui explique que beaucoup d’entre les femmes partagent le choix identitaire parce qu’il est vécue par elles comme la condition d’une rupture avec l’oppression de leur peuple. Il témoigne sur le fond de la manière dont l’intervention de l’oTAN a été réellement appréciée… Et c’est pour cela que je me suis toujours refusée aux campagnes occidentales qui prennent prétexte de la condition féminine ou tout autre question de moeurs pour faire accepter leur intervention militaire comme cela a été le cas en Afghanistan et ça risque de l’être ailleurs… L’urgence est de dénoncer le complexe industrialo-militaire, de revendiquer la paix,  là est notre combat commun , en particulier il devrait être celui des féministes ici et là-bas.

A ce propos on aimerait entendre la gauche, l’enthousiaste madame Aubry se réjouir du rétablissement de la polygamie, la répudiation substituée au divorce, sans parler de l’inénarable Melenchon votant l’expédition se féliciter de leur oeuvre… madame Buffet et Clementine Autin derrière leur candidat à la présidentielle peuvent-elle encore nous parler féminisme en oubliant le mot paix ? …

Danielle Bleitrach

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