Cuba : un journaliste de CNN (Fareed Zakaria) se positionne contre le blocus

source : Global Public Square (blog de Fareed Zakaria sur le site du CNN), 19 septembre 2011

traduit de l’anglais et présenté par Marc Harpon pour Changement de Société

L’article ci-dessous est loin d’être parfait. Il définit les restrictions commerciales envers Cuba d’embargo, alors qu’il s’agit bien d’un blocus : l’objectif n’est pas simplement d’empêcher que les entreprises étasuniennes échangent avec Cuba, mais de faire en sorte que personne ne fasse d’affaires avec l’île socialiste, comme en témoigne le fait que des entreprises étrangères, européennes, par exemples, puissent faire l’objet de sanctions de Washington pour leurs relations avec Cuba. Par ailleurs, Fareed Zakaria répète le récit apocryphe des origines du blocus : il serait un produit de la Guerre Froide contre l’Union Soviétique, en omettant totalement le problèmes des nationalisations des entreprises américaines et de la souveraineté nationale cubaine. En fait, les sanctions économiques avaient commencé dès avant la proclamation du caractère socialiste de la Révolution, en avril 1961, et ont pris leur forme actuelle en février 1962, en représailles de la nationalisation par Cuba des biens d’entreprises américaines, nationalisation décidée unilatéralement après que Washington a réussi à faire échouer les négociations sur l’indemnisation des compagnies concernées. Par ailleurs, Zakaria néglige l’immense effort que fait Cuba depuis plus de vingt ans pour préserver l’environnement. Quoi qu’il en soit, le court article que publie Changement de Société est extrêmement intéressant. D’abord parce qu’il reflète l’intérêt que certains secteurs du capital américain portent à la prospection cubaine. Ensuite parce qu’il met le doigt sur un problème énorme posé par le blocus : l’interdiction de la coopération, y compris dans les domaines non-commerciaux.

Pourquoi notre embargo contre Cuba peut conduire à un désastre pétrolier par Fareed Zakaria

Vous souvenez vous de la crise explosive qui a polarisé l’attention de l’Amérique et du monde à l’été 2010? Ce n’était pas le déficit, les emplois ou l’Europe. C’était un désastre pétrolier. Vous vous souvenez de la marée noire de British Petroleum? Des tonnes de brut se déversant dans le Golfe du Mexique? Eh bien, dans les semaines et les mois qui ont suivi, il y a eu un tas de débats sur la façon de s’assurer que cela ne se reproduise pas.

Mais l’idée qui m’a frappé cette semaine est que nous avons une nouvelle zone de forage dangereux juste à nos portes- Cuba. Des estimations suggèrent que la nation insulaire a des réserves de 5 à 20 milliards de barils de pétrole. Les évaluations les plus hautes font Cuba rejoindre les douze premiers pays producteurs de pétrole au monde.

Comme on pouvait le prévoir, il y a une ruée mondiale vers La Havane. Une plate-forme de forage de fabrication chinoise et appartenant à une compagnie pétrolière italienne est en route vers les eaux cubaines. Repsol (Espagne), Statoil (Norvège) et ONGC (Inde) utiliseront la plate-forme de 53 000 tonnes pour forer à la recherche de pétrole. Des géants pétroliers du Brésil, du Venezuela, de Malaisie, du Vietnam rejoignent la partie.

Bien sûr, nous ne pouvons pas avoir notre part, parce que nous ne faisons pas d’affaires avec Cuba. Mais pouvons-nous, pour protéger les côtes américaines, nous assurer que des procédures de sécurité sont suivies? Voyez-vous à 5 500 pieds sous le niveau de la mer, ces plates-formes au large de Cuba iront encore plus en profondeur que cemlle de Deepwater Horizon, qui a foutu nos côtes en l’air l’an dernier, et la côte de Floride, ne l’oublions pas, est à seulement 60 miles des eaux cubaines.

Que se passe-t-il s’il y a une autre marée noire? Sera-t-il facile de nettoyer? Non. Voyez-vous, les experts les plus pointus et les plus proches en matière de procédures de sécurité pour l’industrie pétrolière sont tous étasuniens, mais nos lois ne nous autorisent pas à faire quoi que ce soit avec Cuba. Notre embargo commercial contre Cuba non seulement nous empêche de faire des affaires avec notre voisin mais nous interdit aussi d’envoyer de l’équipement et du personnel pour aider, même en cas de crise. Donc, s’il y a une explosion, nous regarderons impuissants la pollution se répandre dans les eaux de Gulf Coast. Certes, c’est évidemment la pire hypothèse imaginable, mais c’est précisément le genre de danger qu’on devrait planifier et contre lequel on pourrait facilement se prémunir si nous étions autorisés à avoir des accords avec Cuba.

Ce n’importe quoi est une allégorie d’un problème plus large. Nous avons imposé un embargo à Cuba au sommet de la Guerre Froide, il y a 52 ans, quand nous craignions l’expansion soviétique et la contagions communiste. Eh bien, il n’y a plus d’Union Soviétique, et je pense que personne au monde ne croit que les États-Unis pourraient être infectés par le communisme cubain aujourd’hui. Mais les anciennes politiques demeurent- anciennes et inefficaces. Elles avaient été conçues, rappelez-vous, pour imposer un changement de régime à Cuba. Eh bien, les Castros ont réussi durant cinq décennies, utilisant l’hostilité américaine comme porte-étendard du nationalisme cubain. Tout ce qu’a fait l’embargo, c’est ‘affaiblir le peuple cubain, le maintenir dans la pauvreté et le couper du reste du monde.

Cuba a un taux de pénétration de l’Internet de seulement 14%. Donc seulement une personne sur 7 peut utiliser Youtube. Seulement un cubain sur 20 a un téléphone portable. Et nous regarderons silencieusement tandis que d’autres pays font de la prospection pétrolière, en tirent les bénéfices et menacent nos côtes. Mais, allons, nous nous assurons seulement que le communisme cubain soit contenu dans les limites de l’île.

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