Le président Obama ne devrait pas avoir peur d’un petit peu de guerre des classes, par Sally Kohn


source : The Washington Post, 23 Septembre 2011

traduit de l’anglais et présenté par Marc Harpon pour Changement de Société

L’article ci-dessous n’a pas été publié par People’s Weekly World. Ni par Political Affairs. L’organe d’où il émane n’a rien à voir avec le Communist Party Of The United States. C’est bien dans le Washington Post que Sally Kohn a signé l’appel à la « guerre des classes » que vous allez lire.

Lundi, défendant son plan d’augmentation des impôts des riches pour créer des emplois, le Président Obama a déclaré : « Ce n’est pas une guerre des classes, ce sont des mathématiques. »

Non, M. le Président- et c’est une guerre que vous avez intérêt à gagner. Elle a été déclarée par les multinationales et les riches. En ce moment, ils gagnent. Les progressistes et la classe moyenne doivent contre-attaquer, et le président devrait dire clairement de quel côté il est.

La guerre des classes a commencé en 1971. cette année-là le futur membre de la Cour Suprême Lewis F. Powell a écrit unmémorandum confidentiel à un ami de la Chambre de Commerce des États-Unis à propos des « Attaques contre le système de libre-entreprise américain ». Au milieu du vingtième siècle- duNew Deal à la Sécurité Sociale en passant par les droits civiques et la protection de l’environnement- l’État a fait baisser les profits des entreprises tout en créant la prospérité de la classe moyenne. Croyant faussement que le capitalisme faisait l’objet d’attaques, Powell écrivait : « On doit reconnaître que les hommes d’affaire n’ont pas été formés ou équipés pour mener la guerre de guérilla contre ceux qui font de la propagande contre le système. » Sa proposition, d’où est sorti le mouvement conservateur moderne, était d’équiper les élites des affaires pour cette bataille avec des politiques agressives pour faire croire aux américains que ce qui est bon pour de riches PDG est bon pour eux aussi.

Entre 1979 et 2007, l’écart de revenus entre le pour-cent le plus riche et les 40% les plus pauvres a plus que triplé. Aujourd’hui, les 10% les plus riches aux États-Unis contrôlent les deux tiers de la richesse nationale, tandis que, d’après les données récemment publiées, l’américain moyen a vu son revenu réel diminuer de 2,% en 2010. Bien que notre économie ait connu la croissance en 2009 et 2010, 88% de l’augmentation réelle du revenu national a été absorbée par les profits des entreprises, d’après une étude. Seulement 1% est allé aux salaires et aux traitements des travailleurs.

L’an dernier, les compagnies américaines ont rapporté les profits les plus élevés qu’elles aient jamais atteints, et les bonus pour les dirigeants de banques et de hedge funds ont non seulement atteint des sommets inédits atteint des sommets inédits, mais ont augmenté plus vite que le revenu des entreprises. Pendant ce temps, près d’un américain sur 10 est au chômage, et 15% des américains vivent sous le seuil de pauvreté.

Étant une ancienne militante progressiste de nombreuses luttes pacifistes, j’essaie d’éviter la rhétorique militante. Mais seulement la « guerre des classes » décrit avec précision une situation dans laquelle 400 personnes contrôlent plus de richesse que les 150 millions d’américains les moins aisés pris ensemble. Si la « guerre des classes » ne consiste pas pour les plus riches des riches à se battre bec et ongles contre les syndicats et les hausses d’impôts alors qu’un nombre record de gens perdent leur emploi, alors en quoi consiste-t-elle ?

Tandis que l’esprit révolutionnaire souffle autour du globe, les militants progressistes ont été bloqués par l’apparente complaisance des américains face à ces inégalités évidentes. Les manifestations effectives signifient simplement que les agitateurs habituels font leur bruit habituel, comme les anarchistes blancs, majoritairement jeunes, qui ont pris Wall Street pour cible la semaine dernière. La guerre des classes signifie que des gens inattendus font des choses inattendues pour briser le statu quo et mobiliser le public pour le changement. Si l’on est en guerre, il est temps de commencer à se radicaliser.

En cas de désaccord pacifique, on peut toujours écrire des lettres à des dirigeants de banques ou marcher sur le Capitole. Mais que fait-on quand on est en guerre ? Imaginez des millions d’américains refusant de payer leurs traites à des banques qui refusent de réformer des prêts qui mettent les gens la tête sous l’eau. Imaginez des campagnes de désinvestissement pour faire pression sur les fonds de pension et les université pour qu’ils retirent leur argent du secteur privé et le placent en bons du trésor. Imaginez des étudiants faisant des sit-in contre les suppressions de postes d’enseignants. Imaginez des familles qui, ayant perdu leur maison, squatteraient des immeubles vacants appartenant à des banques. Imaginez un appel aux armes national, aussi passionnément non-violent et violemment passionné que les mouvements démocratiques qui balaient le monde arabe. Après tout, d’après la CIA,L’inégalité de revenus aux États-Unis est plus grande qu’au Yemen.

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