A ne pas rater: l’Afghanistan filmé par des soldats français sur la 2, par Danielle Bleitrach

source :  histoireetsociete

Même si visiblement la France entière s’en fout au point qu’elle peut considérer comme crédible une brochette de candidats socialistes qui se désintéresse totalement de la question, la guerre d’Afghanistan non seulement ça coûte la peau des fesses mais c’est si con que des soldats filment ça comme les joyeuses colonies de vacances, les jeux video de l’absurde parce que l’armée interdit les images choquantes de la guerre réelle…

Par parenthèse ce matin une nouvelle complètement ahurissante: « les pro-khadafi »(sic) résistent, « les anti-khadafi »(sic) exigent de l’OTAN qu’ils accentuent leur bombardement, ce à quoi l’OTAN (qui?) répond qu’ils n’ont pas relâché l’intensification des frappes sur les villes qui ne veulent pas du CNT dont personne ne sait encore très bien de qui il s’agit… Je vous rappelle si vous l’aviez oublié que le mandat de l’ONU à l’OTAN était la protection des populations civiles.

De cela bien sûr il n’a pas été question dans le débat entre les prétendants PS…

Ce soir sur la 2, un film qui est l’oeuvre de jeunes soldats français dans « la vallée de la mort », en fait la vallée de Kapisa en Afghanistan. En fait  tout a commencé en 2008, un grand reporter Fred Hissbach arrive sur les lieux l’été 2008. Il a des consignes sévères : « Un blessé, tu filmes pas! Un mort tu filmes pas! Un prisonnier, tu filmes pas! Un accrochage tu filmes pas! »  Il ne peut rien filmer, celui qui lui répond se fait alpaguer, même une voiture embourbée ne donne pas l’image souhaité de la guerre héroïque.

Alors que reste-t-il sinon profiter de la retrospective Kubrick pour revoir les sentiers de la gloire ou Full metal jacket. Parce qu’il s’agit bien de ce dernier film, le grand reporter va trouver le moyen de faire comme Kubrick: trouver le ton et les images qui avec la gouaille de la survie décrivent et résistent à la folie meurtrière de ceux qui foutent là-dedans des gens pour une guerre perdue.

Parce que le grand reporter à qui l’on interdit de prendre des images de la guerre en Afghanistan finit par devenir le familier des soldats et un soir l’un d’eux lui montre des images qu’il a stockés sur une clé USB. Il avait filmé avec une minicaméra fixée sur son casque.

Je pense à Fuller qui avait filmé le camp de la mort en Tchécoslovaquie et qui a attendu près de trente ans pour diffuser les images. Le reporter lui n’a attendu que trois ans et que ceux qui avaient filmé aient quitté l’armée. deux d’entre eux sont là à visage découvert, ils témoignent parce qu’ils en ont marre de l’image que l’on donne de la guerre, parce qu’ils se sentent oubliés à 6000 km de la mère patrie. « Lors des patrouilles à l’aller, vous croisez des paysans qui vous sourient lors de votre passage et, au retour, ils vous attendent avec la kalachnikov à la main. Il faut se méfier de tout même des animaux, puisqu’ils mettent des bombes sur les ânes« .

Ce qui devient dans la bouche du président quand il accueille avec des mines faux-cul les cercueils des soldats: « ils ont succombé au champ d’honneur à cause d’une lâche agression »… On croît rêver, un paysan a descendu un occupant venu de l’ouest à 6000 km de là et c’est lui le lâche ?

Ce que décrivent ces soldats  c’est un peuple qui refuse l’envahisseur. Et cela donne cet artisanat, ces bombes fabriquées avec tous les restes de munitions laissés au sol. Mieux ou pire l’armée afghane qui est entraînée et formée par les Français est l’ennemi le plus dangereux parce que dans les combats les balles partent aussi de là, en face, sur le côté et à l’arrière. Alors les bidasses deviennent ce que l’on fait d’eux des individus qui ont la blague lourde: on met en joue un adolescent et on joue à faire peur mais on ne sait pas jusqu’où va la plaisanterie.

Ne vous faites pas d’illusion, dans deux ou trois ans les soldats en Libye vont ressembler à ça parce qu’ils vont se mettre à douter de tout y compris des animaux.

Alors je préfère vous parler de cinéma, de Full metal jacket ou la manière dont un très grand cinéaste vous peint l’absurdité organisée. la fiction ça gueule parfois plus fort que le documentaire et ses images volées. Parce que la fiction dit ce que l’on ne peut plus espérer des foules inertes et des politiciens minables: « Quelle connerie la guerre! »

Full metal jacket est inspiré d’un livre intitulé Le merdier. Oui le merdier c’est la guerre mais c’est aussi cette campagne électorale entre ce qui s’y dit, les affaires qui puent et les nez que l’on bouche, les silences devant ces expéditions militaires, leur coût financier dont il n’est jamais question et la corruption généralisée qu’elles engendrent…

Pourquoi un tel mépris et de quel droit?  Peut-être parce que l’être humain n’est pas pour moi méprisable. le pire d’entre eux ressemble à Robert Mitchum dans la nuit du chasseur, ce film terrible sur la traque homicide de deux enfants par une brute, il a sur chaque main tatoué Love/hate (amour/haine), ou comme le soldat a inscrit sur son casque   »Born to Kill » (né pour tuer) et sur son uniforme a épinglé un badge pacifiste.

Il est ce qu’on a fait de lui. J’au vécu tout ce que l’on peut faire d’un être humain parce qu’il est femme, juif et vieille aujourd’hui. je sais que la politique ce devrait être le moyen de tenir la bête prête à se déchaîner contre plus pauvre, plus faible que soi… Oui mais voilà cela devient tout le contraire et alors je réserve toute ma colère à ceux qui entretiennent la machine à tuer. Qu’il s’agisse des politiciens qui utilisent la peine de mort pour gagner un point dans les sondages ou ceux qui ici se taisent sur la guerre parce que ce n’est pas un thème sur lequel on gagne une élection.Alors une fois de plus j’ai envie de hurler devant cette campagne présidentielle dans laquelle des candidats et pire encore ceux qui s’aprêtent à aller voter pour cette bande de tarés qui par leur silence contribuent puissamment à l’absurdité organisée, officialisée de la guerre.

La France est devenue le merdier…

Le mépris, c’est le mot qui convient… Aucune haine, même plus de colère, non le mépris. Il sufit d’un rien parfois cela peut même prendre l’apparence d’un malentendu et tout à coup on perd tout désir, tout intérêt. L’amour, l’amitié ont disparu et on se demande en contemplant l’individu ce que l’on a bien pu lui trouver. Godard a bien décrit cela.

Et je contemple le débat politique, d’un côté je proteste face à ceux qui gomment le politique, nous font enfiler des perles, égrènent des fausses indignations et des minauderies narcissiques et de l’autre il y a ce mépris qui m’envahit devant les candidats, le corps électoral… Tous, pas un pour sauver l’autre… L’obligation par décence de s’abstenir de tremper là-dedans…

Et pour couronner le tout il y a des élus qui veulent faire jurer sur le drapeau la défense de la patrie…

Danielle Bleitrach

Un commentaire

  1. Je n’y manquerai pas… dès que j’aurai une TV😀

    Sinon, d’accord avec toi: « les civils » ou « les victimes » ce sont ceux qui sont favorables à tes armes, les autres sont des « dégâts collatéraux » ou des « terroristes », comme en ’40😉


Comments RSS TrackBack Identifier URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s