Les câbles Wikileaks sur la Bolivie : les Etats-Unis reconnaissent les « racines économiques de la révolution sociale », par Federico Fuentes

Evo Morales, le premier président indigène de la Bolivie, a pu arriver aux affaires suite à l'échec des politiques néolibérales soutenues par Washington.

source : Green Left Weekly, 18 septembre 2011

traduit de l’anglais par Marc Harpon pour Changement de Société

Les politiques néolibérales « qui ont alimenté l’apathie politique croissante de la majorité pauvre de la Bolivie, ont aidé à alimenter l’actuelle révolution sociale du pays ».

C’est ainsi qu’un câble de l’ambassade des États-Unis à La Paz daté du 6 Mai 2006 voit la puissante vague de luttes qui ont conduit à l’élection du premier président indigène de la Bolivie, Evo Morales, en 2005.

La déclaration secrète a été faite alors même que Washington chantait les politiques néolibérales comme le moyen de régler le problème des pauvres d’Amérique Latine.

En 1985, sur les conseils de l’économiste étasuniens Jeffrey Sachs, le gouvernement Victor Paz Estenssoro a ouvert l’économie bolivienne aux firmes trasnsanationales.

Un certain nombre d’entreprises publiques ont été privatisées, y compris dans le secteur crucial des mines. Les restrictions concernant le capital étranger ont été éliminées et la sécurité des travailleurs négligée.

L’ambassade étasunienne a admis dans ce câble : « En dépit des promesses des politiciens […] les réformes néolibérales de la fins des années 80 et des années 90 ont été largement impuissantes face à la pauvreté. »

Le câble notait que le pourcentage de boliviens vivant au-dessous du seuil de pauvreté demeurait « pratiquement inchangé (supérieur à 60%) […] et a même augmenté durant la crise économique de 1999-2003. »

Au même moment, les réformes néolibérales ont « clairement échoué à rencontrer l’aspiration du public à plus d’emploi et à de meilleurs revenus »

« En fait, les réformes ont à cour terme eu un effet négatif palpable sur l’emploi, causant une chute immédiate de 17% de l’emploi dans le secteur public et déclenchant le renvoi de milliers de mineurs du secteur public quand les entreprises minières publiques gourmandes en ressources ont été fermées. »

A l’intérieur du pays, l’impact du néolibéralisme a été encore plus élevé, notait le câble. « D’après l’INE, disait le câble, 90% de la population des zones urbaines a l’électricité, contre seulement 29% dans les zones rurales. »

Cela a conduit à un exode massif, dans lequel « entre 1999 et 2003 plus d’un million de personnes soit 10% de l’actuelle population urbaine a migré à la ville »

El Alto, autrefois une banlieue éloignée de La Paz, était une destination clé. L’endroit a bourgeonné en une des plus grandes villes du pays.

Le câble disait que « les attentes plus grandes des nouveaux arrivants en ville » à EL Alto ont été déterminantes pour promouvoir « un sens accru de la pauvreté relative du fait de la richesses que voyaient ces gens autour d’eux »

 » Bien que « plus aisés » en termes absolus qu’ils ne l’étaient avant; ils ont peu a peu commencé à percevoir des services comme l’eau, le gaz et l’électricité comme un droit que doit satisfaire le système économique et politique, un droit qu’ils sont prêts à défendre dans la rue. »

Cela a aidé à transformer El Alto en ce que le câble étasunien décrit comme « un élément central et changeant dans les crises successives » qui ont forcé deux présidents à la démission.

L’ambassade étasunienne a noté que la race était un autre facteur déterminant dans les inégalités économiques et sociales.

Elle explique : « La plupart des pauvres de Bolivie, par exemple, sont d’origine métisse ou indigène. Beaucoup des familles les plus riches du pays, en contraste, sont d’ascendance visiblement européenne.

« Ces différences économiques et sociales en apparence basées sur la race ont exacerbé le sentiment de la séparation raciale, et, à la racine de celle-ci, du point de vue de certains, d’une sorte d’apartheid économique de fait. »

« De plus, affirme l’ambassade, les progrès de la conscience ethnique ont nourri un ressentiment « indigène » croissant envers la minorité « blanche » dominante et le système politique qui, croit-on, la maintient. »

Néanmoins, le câble étasunien maintenait que le néolibéralisme fournissait à la Bolivie « la stabilité macro-économique et la plateforme nécessaire à une augmentation de l’investissement étranger »

Le problème, d’après le câble, était qu’une large majorité partageait l' »impression qu’une grande part de l’investissement direct étranger reçu par la Bolivie entre 1997 et 2003 en conséquence de la privatisation a bénéficié aux riches mais pas aux pauvres. »

Le câble, toutefois, concédait : « Cette impression n’était pas complètement fausse ».

L’impact économique du néolibéralisme, s’est combiné « à l’apathie politique croissante des pauvres boliviens, majoritaires et largement indigènes, pour former un mélange explosif qui n’est toujours pas désamorcé ».

Commençant « avec l’infâme guerre de l’eau de Cochabamba de Mai (Avril) 2000 », où les manifestants ont forcé le gouvernement à annuler la privatisation des eaux de Cochabamba à la multinationale étasunienne Bechtel, « lees manifestations de masses […] a conduit au départ du président Gonzalo (« Goni ») Sanchez Lozada » en Octobre 2003.

Le successeur de Goni, Carlos Mesa, a aussi été forcé à démissionner en Juin 2005.

Une question clé dans les deux soulèvements était « la gestion par l’Etat des vastes ressources de gaz naturel bolivien. »

Ces mouvements, ont eu de solides racines chez les indigènes pauvres de l’Ouest.

Le câble remarquait que ces régions ont aussi voté massivement pour conduire Evo Morales aux affaires, sur une plate-forme programmatique promettant « nationaliser l’industrie gazière bolivienne, « refonder »l’État par une Assemblée Constituante; et transformer l’ordre « conémique néolibéral prétendument en faillite à l’avantage de la majorité oubliée des boliviens. »

La « révolution sociale en cours » en Bolivie continue à avancer vers la réalisation de son programme. Elle a repris le contrôle public sur le gaz, approuvé une nouvelle constitution et commencé à s’écarter des politiques néolibérales soutenues par les États-Unis.

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