Les migrants africains pris pour cibles dans la dernière manche du jeu libyen, par Emile Schepers


source : People’s World, 12 Septembre 2011

traduit de l’anglais par Marc Harpon pour Changement de Société

Des combattants fidèles au dirigeant Libyen Mouammar Kadhafi résistent encore dans certaines ville de l’Ouest de la Libye, en particulier la ville natale de Kadhafi, Sirte, sur la côte méditerranéenne, Sabba, au Sud-Ouest, et Bani Walid au Sud-Est de la capitale libyenne, Tripoli. Mais les rebelles, soutenus par des bombardements continuels de l’OTAN, semblent consolider leur contrôle sur le reste du pays.

Encore une fois, des rapports ont été diffusés sur le fait que les forces rebelles visent des gens à la peau sombre pour une répression violente qui va jusqu’au viol et au meurtre. Et le reste de l’Afrique, en particulier les pays les plus pauvres, se demande ce que le nouveau régime amènera concernant leur relation autrefois proche avec ce pays riche en pétrole.

Longtemps, le gouvernement de Kadhafi a été fortement impliqué dans les affaires de l’Afrique sub-saharienne. Il a largement finacé un certain nombre de gouvernements et aussi de mouvements d’insurrection. La Libye sous Kadhafi a accueilli des dirigeants réfugiés d’au moins une des organisations insurgées de la région du Darfour, au Sud Soudan, qui combattait la main de fer du président Soudanais, Omar Al-Bashir.

Par ailleurs, les Touaregs vont et viennent traditionnellement à travers les frontières de la Libye, du Niger et du Mali. Les Touaregs ont été généralement loyaux envers Kadhafi par le passé et au moins un des généraux de Kadhafi est un touareg. Vont-ils devoir faire face à des persécutions?

Plus tôt, certains parents et partisans de K. ont trouvé refuge en Algérie, le voisin Ouest de la Libye. Des caravanes de véhicules ont passé la frontière de la Libye avec le Niger, pays ultra-pauvre d’Afrique Occidentale, la source principale d’uranium de l’industrie française. Ces véhicules transportaient le fils de Kadhafi, Saadi, et d’autres, mais pas, à ce que l’on dit, Kadhafi lui-même, qui dit toujours être en Libye. Le gouvernement du Niger leur a accordé l’asile sur des bases humanitaires.

Le premier ministre du petit pays africain de la Guinée Bissau a, dit-on, offert l’asile à Kadhafi mais on ignore si l’offre sera acceptée.

Il y a beaucoup de nouveaux rapports perturbants concernant des attaques racistes contre des libyens à peau sombre et des migrants africains (de tels rapports ont fait surface plutôt durant la rébellion).

La raison avancée par les partisans des rebelles pour justifier les attaques contre les libyens à peau sombre et les migrants venus de nations pauvres d’Afrique sub-saharienne est que Kadhafi a recruté des mercenaires venus de ces pays. Toutefois, la majorité des travailleurs noirs africains dans le pays, au nombre de 1 600 000, ont été attirés par les salaires et les conditions de travail meilleurs dans une Libye riche en pétrole que dans leurs patries désœuvrées. Il y a aussi des Libyens à peau sombre, en particulier dans les zones voisines des frontières du Niger, du Tchad et du Soudan. De nombreux témoignages affirment que les personnes à peau sombre, libyennes ou migrantes, sont encerclées et arrêtées en masse par des combattants rebelles, volées, violées, battues, emprisonnées et tuées sur la base de leur couleur de peau.

Jean Ping, président de la Commission de l’Union Africaine, qui représente 53 des 54 pays d’Afrique, dans laquelle la Libye de Kadhafi a joué un rôle financier et diplomatique important, a dénoncé la violence contre les africains noirs, et menacé de refuser de reconnaître la principale structure politique des rebelles, le Conseil National de Transition, à moins que les crimes ne s’arrêtent. « Des noirs sont tués. Des noirs se font égorger. Des noirs sont accusés d’être des mercenaires. Pensez-vous que c’est normal que dans un pays comptant un tiers de noir les noirs sont pris pour des mercenaires? »

Beaucoup, en Afrique sub-saharienne et ailleurs, se méfient du principal front politique des rebelles, le CNT, du fait de sa proximité avec les puissances de l’OTAN, en particulier les anciennes puissances coloniales : la France, l’Italie et le Royaume-Uni. Ils craignent que l’élimination de l’aide libyenne ne force leurs pays à une dépendance économique plus dure, envers la France en particulier, avec laquelle certains sont pris au piège de relations commerciales désavantageuses. Il y a aussi des risques que, alors que les forces pro-Kadhafi quittent la Libye avec les rebelles à leurs trousses, une déstabilisation majeure de la région s’ensuive.

Ce week-end, un certain nombre de nations et d’agences internationales se sont réunies à Paris pour discuter du futur de la Libye, et le président du CNT, Mahmoud Jibril, a annoncé qu’un nouveau gouvernement serait bientôt déclaré formellement. La tendance semble à la reconnaissance du CNT comme nouveau gouvernement de la Libye. Certains pays, toutefois, y compris la Cuba socialiste, résistent à cette tendance. Vendredi, les ministres des affaires étrangères du groupe de l’ALBA (L’Alliance Bolivarienne), qui réunit des pays d’Amérique Latine, ont condamné « l’intervention de l’OTAN en Libye et son agression militaire illégale… ». « Les ministres des affaires étrangères de l’ALBA déplorent le fait que l’OTAN n’ait pas tenu compte des efforts de l’Union Africaine pour trouver une solution basée sur un dialogue pour la paix au conflit interne libyen ». La déclaration de l’ALBA appelait à ce que le siège de la Libye à l’Assemblée Générale des Nations Unies ne soit pas rempli avant qu’un gouvernement « qui soit l’expression souveraine de la volonté du peuple libyen ne soit établi d’une façon légitime, sans intervention étrangère ».

Un commentaire

  1. Il est temps de crier : Arrêtez le massacre ! L’OTAN est en train de continuer a deverser ses bombardiers et ses missiles sur cités restées loyales Kadhafi . Du matériel de guerre est acheminé sans compter , les malheureux qui résistent encore n’auront semble-t-il aucune chance devant un tel déluge de feu ! Je crois davantage en une guerilla possible plus dificile a atteindre par l’OTAN. On peut le déplorer Kadhafi n’a trouvé aucun allié susceptible de lui venir en aide pour affronter les hordes sauvages de l’OTAN . Des armes anti-aériennes auraient pu changer le cours des évènements , elles aidèrent beaucoup le Viet-Nam à triompher ! Il semble quye la Syrie échappera à l’agression de l’OTAN , elle aurait reçu le soutient de la Russie et sans doute de la Chine. Quant au Yémen les Etats-Unis ne regarde pas là s’il y a une dictature criminelle !


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