L’Afrique humaine, trop « humaine » face à la corruption française… à propos des « révélations »de Bourgi, par Danielle Bleitrach

source :  histoireetsociete

Les révélations de Bourgi: un contrefeu de Guéant

Les révélations de Robert Bourgi ont suscité les passions et de multiples interprétations du moins dans le petit monde intellectuel dakarois et la presse, une des plus spirituelles mais un peu cancanière a reflété ces opinions. Pour eux, l’affaire est claire: » Robert Bourgi (avocat et ancien conseiller de l’Elysée pour les affaires africaines) a atteint son objectif: il a réussi à braquer les projecteurs des médias et l’attention de l’opinion  sur les valises de billets remis de billets remis (entre 1997 et 2005) par les chefs de l’Etat à l’ancien président français Jacques Chirac via son homme de confiance Dominique de Villepin(…) les plaintes annoncées de ces deux personnalités vont amplifier l’effet de l’opération de communication menée par l’avocat et lobbyste. le but de cette opération est limpide aux yeux des initiés: noyer la polémique que n’aurait pas manqué de suciter La République des malettes, le livre à paraître (en octobre 2011, aux éditions Fayard) de l’écrivain Pierre Pean.

Oui avez bien lu, il y aurait une opération conjointe de L’Elysée avec jacques Chirac ou plutôt son entourage et Dominique de Villepin , pour allumer un contrefeux face aux révélations annoncées de Pierre pean. Ce dernier est lui même un spécialiste des contrefeux, il a allumé au profit de Mitterrand des révélations soigneusement contrôlées sur son passé à Vichy et il a prétendu tévéler les turpitudes de Kouchner au moment où celui-ci était recruté par Sarkozy. Donc les « révélations » de Péan intervenant dans les Présidentielles devait être contrées par un contrefeux mais celui-ci était contrôlé et les acquittements ou procès sans suite en était peut-être le prix. Parce que le livre de Péan ne se contentait pas de Chirac et Villepin mais était centré sur Sarkozy.

Dans cet ouvrage au vitriol, Michel de Bonnecorse, l’ex Monsieur Afrique de jacques Chirac, fait un témoignage on ne peut plus compromettant contre l’actuel chef de l’Etat français, Nicolas sarkozy que Bourgi cherche à protéger. « Il semblait évident qu’il y aurait deux candidats à droite: Robert Bourgi estima qu’il était temps de tendre la sébile pour les deux », confie Bonnecorse à Péan. Dès lors, « il obtient de denis Sassou Ngesso (président du Congo) et d’Omar Bongo (ex-président du gabon) des sommes conséquentes » poursuit-il. Mais quand il rentre à Paris « Dominique de Villepin est à terre, après l’échec retentissant du CPA en avril 2000. son projet de loi retiré(…) Tout logiquement, Bourgi estime que désormais la route est dégagée poiur sarkozy, Villepin est cuit… Et au lieu de distribuer une mallette à chacun, il n’en fait qu’une, plus grosse, et la dépose au pied du ministre de l’intérieur » de l’époque, Nicolas sarkozy. Michel de Bonnecorse conclut ses confidences: « Et le retour sur investissement a été immédiat après l’élection de Nicolas sarkozy: Omar Bongo a été un des tout premiers, sinon le premier chef d’Etat appelé par le nouveau président (…) Bongo obtint alors un prêt pour l’Etat gabonais de 40 millions que Chirac lui refusait »

ce passage de l’ouvrage aurait fait l’effet d’un séisme dans une démocratie polémique comme la france s’il n’était d’ores et déjà noyé par la polémique sciemment souevée par Bourgi. Qui dans l’entretien qu’il a accordé au Journal du Dimanche du 11 septembre anticipe la dénégation pour contrer péan: « Ni Omar bongo ni aucun autre chef d’Etat africain par mon intermédiaire, n’ont remis d’argent ni à Nicolas Sarkozy ni à Claude Gueant »(1)

Le journal note qu’il s’agit d’un coup tordu de Guéant pour allemuer un contrefeux dans le contexte de l’affaire Bettencourt et il propose une lecture de l’ensemble de la politique africaine de Nicolas Sarkozy à la lumière des malettes reçues ou attribuées à des rivaux, l’antipathie pir Gabgo n’aurait pas d’autre origine que le mauvais choix de ce dernier et la malette de billets remise à Villepin par l’entremise de Chirac qui avait ses propres recruteurs.

Et si Sarkozy et Tripoli était aussi une sombre histoire de malette ?

A ce moment-là on ne peut s’empêcher de penser aux accusations du fils de Khadafi qui dénonçait la manière dont Sarkozy avait accepté le financement de sa campagne. Est-ce que l’expédition libyenne, son coût pharaonesque peut être lue aussi par ce petit bout de la lorgnette et quelle malette pourra obtenir Sarkozy des nouveaux dirigeants et est-ce qu’il fallait de ce fait accélérer la transition d’un pouvoir que n’a légitimé aucune consultation populaire mais seulement des razzias sous bombardement des forces françaises…

Au plan de la légalité internationale nous sommes devant un viol de souveraineté intolérable et celui-ci n’a qu’une triple justification, premièrement le contrôle du « printemps arabe », deuxièment mettre la main sur le pétrole et enfin favoriser les jeux de « la démocratie polémique »  corrompue et corruptrice française.

Au moment même où Sarkozy joue les sauveurs suprêmes à Tripol, nul en Afrique n’imagine un seul instant que notre président veuille la libération du peuple libyen. Il y a désormais plus de mépris que de crainte devant le rôle actuel de la France . Colonisatrice aujourd’hui comme hier, entre elle et l’Afrique, c’est du donnant donnant et la France désormais n’a plus grand chose à donner si ce n’est des interventions mercenaires, un surcroît de chaos, tout pour les potentats rien pour les peuples. J’aime trop l’Afrique, les potentialités de ce continent pour ne pas regretter cette rencontre manquée et nul pays ne  la symbolise plus que le Sénégal .   Jamais peuple ne ressembla plus au peuple français, il en a les qualités d’élégance et de vivacité intellectuelle, le goût de toutes les rébellions mais aussi quelques défauts comme la légéreté et le plaisir pris à la politique politicienne, parfois un réalisme entre sagesse paysanne et gamin de Pikine.

Il y aurait pu y avoir une autre relation entre l’Afrique et la France

J’aime  l’humanité des Africains, entre l’héroisme d’un Sankara, d’un Lumumba et la dignité d’un Mandela et la volonté de s’en sortir de tant d’Africains. Quand on lit la presse dakaroise, on a le sentiment de lire nos échotiers.   Il y a dans l’Afrique qui se débat une proximité naturelle avec un  Jacques Chirac, malgré toutes les casseroles qu’il traîne: on ne peut manquer de lui pardonner parce qu’il  est « humain », il a tous les défauts de l’être humain et il respire une espèce de sensualité radicale qui le rend supportable à défaut d’être totalement estimable. Dans le contexte de dégradation du politique actuel, je crois que les Africains comme les Français se disent que quelqu’un comme ça est moins pire que les autres, il fait moins de dégâts. Sarkozy le vindicatif, pour qui la politique n’est que réglement de compte et croche-pied étant la caricature des dommages collatéraux d’un narcissisme inculte et sans rivage. J’en suis là et en contemplant les candidats à la présidentielle je me dis prenons celui qui a un peu de distance et d’humour, de goût du bien vivre parce que pour le reste ils se vallent tous. C’est dire si je comprends ce mélange de mépris et de fraternelle complicité des Sénégalais, un continent pillé, détruit et qui commence à peine à se reconstruire ne se fait aucune illusion sur les politiciens français et les Africains n’ont pas tort…

A cette histoire  il faudrait opposer celle désormais ignorée par beaucoup de la libération d’un continent, il y a eu une autre France pour sauver l’honneur, des intellectuels communistes comme Suret-Canal, des syndicalistes anti-colonialistes  Suret-canal je voudrais consacrer un article à ce  grand intellectuel communiste et à tant d’autres qui ont imaginé et tenté de développer une autre relation entre l’Afrique et la France … Mais je parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître celui où un air de liberté dilatait nos poitrines et étendait la fraternité à travers les continents…

Je dédie ce texte à celui qui fut un ami très cher Semou Pathé Guey, l’individu le plus drôle et le plus épris de réflexion intellectuelle que je connaisse, le militant communiste obstiné et à  Ousmane Sembène le grand écrivain et cinéaste africain que j’ai rencontré deux fois dans ma vie. La première fois, le doker noir militant de la CGT était devenu journaliste de la Marseillaise, j’étais un petit enfant, il m’a pris dans ses bras et j’ai conservé toute ma vie l’éblouissement de ce sourire de cet ogre protecteur, peut-être est-ce à cause de cet enlacement que je n’ai jamais compris que l’on voit la couleur des peaux. Je l’ai revu à Dakar à la fin de sa vie, un peu moins confiant, un peu plus amer devant ce qui était en train de se dégrader mais attendant encore du PCF une politique culturelle plaçant les relations entre l’Afrique et la France dans un au-delà de tous les clientélisme, une aide désintéressée.

je voudrais également parler des communistes africains parmi les plus exemplaires qui n’ont jamais accepté de plier devant aucune dictature même quand celle-ci s’est prétendue marxiste et en conclusion, les communistes du Bénin citer Le Bulletin d’Information de l’Institut International de Recherche et de Formation (INIREF-Bénin), 7 septembre 2011, no. 10, a publié les Actes de la onzième conférence des intellectuels traditionnels qui s’est réunie à Parakou en août 2011 :

« La France, pour protéger ses intérêts coloniaux, n’hésite pas à intervenir militairement dans nos pays.  Elle a bombardé la présidence de Côte d’Ivoire pour en capturer le locataire Gbagbo.  Elle commandite un putsch à Benghazi et se met dans une coalition parrainée par l’OTAN et l’ONU pour attaquer un pays souverain, la Libye, occasionnant des milliers de morts innocentes.   Depuis les indépendances de 1960, aucune puissance européenne ne joue autant le gendarme contre les peuples africains.  Depuis 1960, la France a effectué une trentaine (27 exactement) d’expéditions armées sur le continent africain.  La France apparaît particulièrement agressive contre notre continent.  Nous ne pouvons accepter qu’à cause de nos richesses, des puissances extérieures viennent tuer nos populations et semer la désolation dans nos familles.  Nous tenons au respect de la dignité de l’homme africain, à la dignité de l’homme tout court.  C’est pourquoi nous condamnons énergiquement tout ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire et se passe en Libye.  Les peuples africains doivent  être libres de disposer de leur sort, libres de régler leurs problèmes par eux-mêmes. »

Danielle Bleitrach

(1) Les passages en italique sont repris d’un article de Dakaractu repris eux-mêmes par le dernier numéro de Courrier international.

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