Etats-Unis : Une Nation divisible, par Marty Hart-Landsberg

source : Reports From The Economic Front

traduit de l’anglais et présenté par Marc Harpon pour Changement de Société

Martin Hart-Landsberg est Professeur d’Economie et Directeur du Programme d’Economie Politique de Lewis Clark College, Portland, Oregon et chercheur associé à l’Institut pour les Sciences Sociales à l’Université Nationale de Gyeonsang, en Corée du Sud. Il est également membre du Workers’s Rights Board (Portland Oregon).

Les médias parlent généralement de l’économie en termes nationaux- comme si les tendances économiques nous affectaient tous également et comme si nous avions tous autant intérêt à soutenir ou à résister aux mêmes politiques économiques. Cette vision rassurante tend à promouvoir une certaine passivité politique- puisque nous sommes tous dans le même « bateau », il est censé de laisser la conception des politiques aux experts.

Une étude sur la distribution des revenus récemment publiée par les économistes Anthony Atkinson, Thomas Piketty et Emmanuel Saez apporte une correction bienvenue. Uwe E. Reinhardt discute certaines des principales implications de leur travail dans son blog du New York Times.

La Figure 1 de Reinhardt montre le revenu annuel moyen pour les ménages aux Etats-Unis et les différentes situations vécues par le pourcent le plus riche et les 99% les plus pauvres. De 1976 à 2007, le revenu moyen des ménages a augmenté à un rythme annuel de 1.2%. Sur la même période, le pourcent supérieur des ménages a connu un gain de revenu annuel moyen de 4.4% tandis que les 99% du bas ont gagné seulement 0.6% par an. Les gains de revenus ont été plus élevés dans les deux sous-périodes (1993-2000 et 2002-2007); en grande partie parce que ces sous-périodes n’étaient pas marquées par la récession.

La Figure 2 montre la part de la croissance totale du revenu pour chaque période qui a été captée par le pourcent supérieur des ménages. De 1976 à 20078, ces ménages ont capté 58% de tout le revenu généré. Incroyablemen, leur part représentait 65% du total sur la période de 2002 à 2007.

Cette distribution biaisée du revenu signifie que les chiffres du revenu moyen présentent une image hautement erronée du vécu américain. Comme l’explique Reinhardt :

« Si un macro-économiste- un spécialiste qui tend à prendre les Etats pour les gens- ou un haut-fonctionnaire ou politicien de premier plan se vantait dans un talk show télévisé de savoir que « le revenu moyen des familles a augmenté de 3% en 2002-2007, plus que dans la plupart des économies européennes », environ 99% des téléspectateurs américains, réfléchissant sur leur propre expérience, se gratteraient certainement la tête en se demandant : « De quoi parle ce type? »

La Figure 3 souligne la croissance du PIB réel par tête et du revenu médian des ménages de 1975 à 2007. Les données montrent un écart croissant entre ce que les travailleurs ont produit et ce que le ménage moyen a reçu de cette production. Le PIB réel par tête a augmenté à un taux cumulé de 1.9% par an tandis que le revenu médian réel des ménages a augmenté de moins de 0.5%/.

Comme le signale Reinhardt : « En dehors de la fierté nationale dans les palmarès comparatifs, cette croissance économique moyenne de 1,9% ne signifie rien en termes de ressenti du ménage médian aux Etats-Unis. »

Cela ramène à la question de savoir s’il est pertinent de parler en termes « nationaux », étant donné en particulier le poids du pour-cent supérieur. D’après Anthony Atkinson, Thomas Piketty et Emmanuel Saez :

« Le revenu réel moyen par famille aux Etats-Unis a augmenté de 32,2% de 1975 à 2006, tandis qu’il a augmenté de 27,1% en France durant la même période, ce qui prouve que la performance macroéconomique des Etats-Unis était meilleure que celle de la France durant cette période. Si on exclut le pour-cent supérieur, les revenus réels moyens aux Etats-Unis ont augmenté de seulement 17,9% durant la période considérée tandis que les revenus français moyens- le pour-cent du haut exclu- augmentaient quand même au même rythme (26,4%) que pour l’ensemble de la population française. Donc, la meilleure performance macroéconomique par rapport à la France des Etats-Unis est renversée si on exclut le pour-cent du haut. »

Il ne s’agit en rien de suggérer que l’on comprendrait mieux la société étasunienne en se référant à une simple division entre le pour-cent supérieur et les 99% d’en bas, ce dernier groupe étant loin d’être homogène. Pourtant, cette seule division est suffisante pour établir que parler en termes nationaux n’éclaire pas mais occulte le vécu des américains. En d’autres termes, que le pour-cent supérieur des ménages ait des raisons de célébrer le modèle économique étasunien ne signifie pas que nous devrions tous communier dans la célébration.

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