Après les élections, le Guatemala vire à droite, par Emile Schepers

source : People’s World, 16 septembre 2011

traduit de l’anglais par Marc Harpon pourChangement de Société

Le Guatemala a organisé des élections présidentielles et législatives le 12 septembre et, comme prévu, l’extrême droite a été la grande gagnante. Un second tour présidentiel est prévu le 6 novembre entre le général Otto Perez Molina, du Parti Patriote (PP), et Manuel Baldizon, du parti de la Liberté Démocratique Rénovée (LIDER). Les deux sont de droite. Perez Molina a reçu 36% des votes, tandis que Baldizon en a eu 23%?
Perez Molina, qui a été un haut gradé de l’armée, y compris chef du renseignement militaire, durant des périodes où les forces armées guatémaltèques et des milices de droite menaient des attaques génocidaires contre au moins la moitié des quelques 13 millions de personnes inigènes d’origine Maya, utilisant comme prétexte le slogan de « mano dura » (main ferme) contre le terrifiant problème de la criminalité dans le pays. Baldizon, un homme d’affaires, défend avec insistance l’utilisation de la peine de mort pour le kidnapping et d’autres crimes.
Le plus large parti du centre-gauche, du président en exercice Alvaro Colom, l’UNE (Union Nationale de l’Espoir), n’a présenté aucun candidat à la présidence. Il a essayé de mettre en avant la populaire épouse de Colom, Sandra Torres, puisque Colom lui-même n’a pas le droit de birguer un second mandant d’après la constitution.  Mais la même constitution interdit aux proches parents d’un président en exercice de postuler pour la présidence de la République. Pour contourner cela, Madame Torres a divorcé formellement de Colom plus tôt cette année. Mais les tribunaux ne sont pas tombés dans le panneau, et elle a été exclue de l’élection.
Le seul autre candidat de gauche à la présidence, Rigoberta Menchu Tum, Prix Nobel, a concourru sous la bannière du Front Elargi incluant le Winaq, l’Alliance pour une Nouvelle Nation et l’Union Nationale Révolutionnaire du Guatemala, le dernier étant le parti fondé par la guerrila quand la guerre civile s’est arrêtée dans les années 1990. Menchu a obtenu seulement 3.3 % des votes présidentiels.
Dans l’élection législative au parlement unicaméral, le résultat a été légèrement différent. Les candidats du PP de Pérez Molina ont obtenu 25.2% des votes, et ceux présentés par le parti LIDER de Baldizon environ 9%. Les candidats de l’UNE du président Colom ont obtenu 22.6%, tandis que ceux du Front Elargi ont atteint 3.2%. Comment cela va se ficeler en termes de sièges parlementaires reste à déterminer, mais c’est également un progrès de la droite. Des 158 sièges, 29 sont choisis à la proportionnelle, et, au moment où est écrit cet article, ils n’étaient pas encore pourvus.
Comment cela peut-il avoir lieu dans un pays pauvre où des gens comme Perez Molina ont fait tant de carnages, avec au moins 200 000 morts dans la guerre engagée avec le renversement par la Central Intelligence Agency du président de gauche Jacobo Arbenz en 1948?
La plupart des études d’opinion mentionnent l’inquiétude des gens pour leur sécurité individuelle, qui, au Guatemala comme aux Etats-Unis et ailleurs, rendent une campagne « intransigeante contre la délinquance, pour la loi et l’ordre » attirante pour beaucoup. Le taux de criminalité du Guatemala était très élevé et le taux de condamnation ridicuelement bas.
S’ajoute maintenant à la mixture l’inflitration de la société guatémaltèque à de nombreux niveaux par les cartels de la drogue basés au Mexique, en particulier les Zetas, connus pour leur extrême violence. Il se trouve que le Guatemala est sur le chemin des importatons de drogue de Colombie vers le Mexique et, ensuite, vers les Etats-Unis. Les barons de la drogue ont ainsi construit leurs bases dans le pays, et, ce faisant, ils ont acheté des biens divers et des bâtiments où installer leurs activités, et également des hmmes politiques.
L’argent de la drogue a tellement coulé sur le Guatemala que de nombreux commentateurs se demandent s’il n’a pas alimenté certains candidats à l’élection. Une certain nombre de partis ont dépensé beaucoup plus d’argent sur les élections que ce qu’autorise la loi, et le financement des campagnes manque par ailleurs tellement de transparence qu’on ne peut pas exclure la possibilité qu’une partie de cet argent vienne des cartels. La campagne électorale a également été marquée par une violence significative, avec 36 candidats secondaires assassinés.
Rigoberta Menchu a été citée dans la presse disant que les élections avaient été marquées par « beaucoup d’irrégularités ; dans de nombreuses localités les votes ont été achetés, dans beaucoup d’endroit les choses ont été laissées à l’abandon, et des gens ont été victimes d’extorsions ». Cela, affirme Menchu, démontre que le Guatemala est un système en faillite… »Nous devons transformer l’Etat, nous devons combattre les commerces illicites, nous devons dire « non » à la corruptiuon ». Menchu affirme qu’elle ne reconnaîtra aucun gagnant à l’élection avant que les autorités électorales n’enquêtent sur les allégations de financement corrompu de la campagne et autres anomalies.
Quoi qu’il en soit, le gagnant à la présidentielle sera désigné le 6 novembre, mais les travailleurs, les paysans et les pauvres et les jeunes guatémaltèques ont peut-être déjà perdu. Si l’histoire enseigne quelque chose, c’est bien que les politiques de « mano dura » vont bientôt dégénérer en attaques contre l’opposition politique.

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