Changements nécessaires, par Carlos Manguela Diaz

LA Centrale des Travailleurs de Cuba, dans son journal Trabajadores, a annoncé en août dernier que le recours au travail volontaire serait désormais limité.


source : Trabajadores, premier août 2011

traduit de l’espagnol et présenté par Marc Harpon pour Changement de Société

Changement de Société s’efforce depuis plusieurs mois maintenant de comprendre la nature, le sens et la portée de la modernisation (l’actualisation, disent les cubains) du modèle économique et social de la Révolution cubaine. Il importe par-dessus tout de ne pas se précipiter et d’éviter les jugements à l’emporte pièce des ennemis du processus cubains, qui prennent leurs désirs pour des réalités et pensent que Cuba est au bord du gouffre, et des traditionnels amis de la Révolution, inquiets de réformes qu’on présente trop souvent comme libérales. C’est avec  prudence qu’on essaiera d’interpréter ce que certains présentent comme une « abolition » du travail volontaire, un des piliers de la Révolution. Il est en tout cas à noter que la décision prise par la CTC en février dernier, mais annoncée seulement en août, pour des raisons d’opportunité du calendrier politique cubain (session de l’Assemblée Nationale du Pouvoir Populaire à La Havane), a pour but de protéger les travailleurs et devrait le faire efficacement : continuer à recourir de façon intempestive au travail volontaire pourrait permettre à certains dirigeants d’entreprise peu scrupuleux de gonfler leurs chiffres en augmentant leur production sans jamais payer une seule heure supplémentaire.

Si les changements de la situation économique et ouvrière cubaine font exister une force de travail disponible, pourquoi appeler à un travail volontaire au lieu d’assurer un revenu salarié à ceux qui sont restés employés dans leurs entreprises d’origine ? Pourquoi l’administration ne paye-t-elle pas ou n’embauche-t-elle pas des travailleurs pour le travail qu’elle demande?

Ce ne sont que deux des questions que pose le fait que les concepts appliqués jusqu’ici concernant le travail volontaire et les mobilisations pour les tâches productives doivent nécessairement changer, puisqu’ils ne correspondent pas au moment que nous vivons.

D’où le fait qu’en février de cette année, durant la quatre-vingt-septième plenière du Conseil National de la CTC, il a été décidé que de telles mobilisations pour les tâches productives seraient appliquées dans les zones présentant un manque de main d’œuvre justifiant cette convocation ou pour des dégâts causés par des désastres naturels, technologiques, sanitaires, des phénomènes climatiques endommageant les marchandises ou d’autres productions ou services.

A ce sujet, Amarilys Perez Santana, membre du Secrétariat National de la CTC, a rappelé qu’à l’avenir les sociétés ayant besoin d’employer de la main d’œuvre pour des tâches imprévues, temporaires ou saisonnières, de même que pour remplacer des travailleurs absents pour des raisons reconnues par la loi, devraient l’embaucher sur le marché du travail.

Il est certain que le mouvement syndical a eu l’habitude d’appeler à des journées de travail volontaire, à la demande des administrations, et donc, pourquoi le syndicat, avant de faire appel à ses membres, n’évalue-t-il pas la nécessité et les besoins qui justifient cela?

Combien de fois n’avons-nous pas observé de gigantesques mobilisations pour les tâches agricoles aux champs ou pour d’autres activités sans aucun contenu productif, mobilisations où l’on perdait son temps, et où le gaspillage de ressources était de beaucoup supérieur au travail réalisé.

Un tel phénomène, en particulier s’il avait lieu un jour de repos, contribuait à générer le dégoût et l’apathie parmi les travailleurs.

Le travail volontaire comme philosophie ne disparaît pas, puisqu’il constitue un moyen formidable de former les consciences, en développant le sens du collectif, la solidarité, et qu’il est reconnu par la Constitution cubaine et le Code du Travail ; cependant- à d’innombrables occasions- il a seulement servi à cacher ou éliminer l’inefficacité, les mauvaises méthodes de travail et d’autres maux administratifs.

« D’où le fait qu’il soit question de changer de méthode, d’éliminer sa planification systématique et formelle. Qu’on justifie son utilisation, qu’on applique les concepts qui ont marqué son origine et il sera véritablement la pierre angulaire du développement et de la formation des valeurs » souligne Pérez Santana.

Finalement, la dirigeante syndicale a fait remarquer qu’en ce moment, se développe un processus d’information et de formation des dirigeants de sections syndicales, de fonctionnaires et de cadres, pour contribuer à une meilleure compréhension des raisons qui rendent nécessaires un changement de mentalités en la matière et faire en sorte que ces raisons arrivent sous une forme convaincante jusqu’aux ouvriers.

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