Le FMI loue la politique économique néo-libérale du régime théocratique Iranien


Article publié dans “Nameh Mardom”, organe central du parti Tudeh, n° 873

Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

En raison des rivalités et du conflit direct entre les intérêts économiques et politiques des gros capitalistes les plus parasites, et de leurs représentants au sein du régime, la fracture politique au sein du régime théocratique Iranien ne cesse de s’approfondir. L’étendue des différends est telle que l’establishment n’a pas encore été capable de retrouver le calme. Les Gardiens de la Révolution, un des centres de concentration du grand capital, intensifie chaque jour et plus frontalement la division entre factions dans l’arène politique sous prétexte de défendre le régime du guide suprême. Mais, d’autre part, il y a une large unanimité entre factions rivales quand on en vient à la mise en œuvre de rudes programmes économiques néo-libéraux par l’administration Ahmadinejad. La répression des militants syndicaux, la privatisation rampante, la suppression des subventions pour imposer les prix du marché et enfin la mise en place des mesures d’austérité se poursuit avec la collaboration pleine et entière de ces factions rivales.

Sur la scène internationale, en dépit d’une nouvelle série d’affrontements sur l’affaire nucléaire Iranienne, des sanctions des pays Occidentaux et de l’intensification des conflits politiques avec le régime Iranien sur la question de l’ingérence Iranienne dans la crise Syrienne, on évoque à peine les conséquences inhumaines de la crise économique en Iran. Pourquoi ? Car on assiste à une re-configuration rapide des fondements économiques capitalistes en Iran vers un rôle central au « marché libre et non-réglementé » à travers la mise en œuvre des programmes « économiques de choc » les plus durs basés sur les prescriptions du Fonds monétaire international (FMI). Récemment, une mission du FMI menée par Dominique Guillaume a effectué une visite à la République islamique d’Iran du 28 mai au 9 juin 2011. Le rapport conclusif de la mission a distribué les louanges du capitalisme global à la suppression des subventions, et s’est focalisé sur les politiques de « transformation » poursuivies par le régime théocratique Iranien, en lui apportant un soutien direct. La machine de propagande du régime fait du rapport du FMI amical, très positif et fort à propos la preuve du succès politique du gouvernement et la justification de la nécessité des mesures d’austérité, et l’a largement fait connaître dans la société. Cela contraste avec le discours opportuniste constamment mis en avant par le « Guide suprême » et Ahmadinejad, dès qu’ils en ont l’occasion, sur l’Occident comme « Empire mondial » et le capitalisme comme étant en faillite. Ils vont même jusqu’à dire qu’ils sont capable de résoudre les problèmes socio-économiques mondiaux. Il convient de noter que, tandis que le régime accueille la récente mission du FMI et accorde à ses louanges généreuses une grande importance, et continue de suivre les prescriptions économiques capitalistes de droite les plus extrémistes développées par l’École de Chicago, il refuse la visite d’Ahmad Shaheed, rapporteur spécial des Nations unies pour les droits de l’Homme en Iran et dénonce la visite comme une ingérence étrangère et un complot.

Le récent rapport du FMI souligne clairement le degré d’implication du régime dans la mise en œuvre de programmes économiques allant dans le sens d’un « marché libre et non-régulé » et des intérêts des riches, multipliant les aides à l’investissement privé et plaçant tout le poids des dépenses économiques sur le dos des travailleurs. La suppression des subventions publiques est un des éléments essentiels des « programmes d’ajustement structurels » que défend le FMI, et c’est pourquoi cette organisation loue précisément le programme économique de l’administration Ahmadinejad, affirmant que « le maintien de la stabilité macro-économique à court terme, par des politiques monétaires et fiscales coordonnées et resserrées, est essentiel à la préservation des avantages de la réforme des subventions ». On peut lire dans le rapport du FMI, reconnaissant les efforts du régime en soutien au capitalisme et aux fondements du « libre marché » : « les bonnes performances récentes sur le marché boursier reflètent largement le prix élevé des matières premières sur le marché international et le programme de privatisation lancé à grande échelle par l’Iran, ce qui a contribué au développement d’une culture de l’actionnariat. La mission a souligné l’importance du programme de réforme en cours du secteur bancaire incarné par le 5ème plan de développement quinquennal afin de renforcer la solidité du secteur financier. » L’usage de termes comme « programmes de privatisation à large échelle » et « culture de l’actionnariat » dans le rapport du FMI est une référence explicite aux opérations les plus importantes de promotion du rôle central du « marché ». Peut-être la partie la plus abracadabrantesque de la déclaration de la mission du FMI est lorsqu’elle révèle la nature du capitalisme du régime théocratique Iranien : « La mission a également examiné l’évolution du secteur financier Iranien, qui a été un moteur fondamental de la croissance économique. L’Iran a le secteur financier Islamique le plus important au monde, avec un solide secteur bancaire, et des marchés financiers en plein essor ».Ici, le FMI, sur qui le capital financier trans-national a une influence directe, soutient et loue sciemment les gens de son espèce, soit la bourgeoisie financière improductive et corrompue. La déclaration du FMI adopte de façon éhontée la propagande du régime théocratique pour légitimer le « secteur financier » parasitaire Iranien en lui donnant l’étiquette d’ « Islamique ».

Le FMI est le pilier le plus essentiel du capitalisme mondial avec un agenda de promotion des dernières méthodes issues du monde des affaires, reposant sur l’ « économie de marché ». Par conséquent, réfléchir sur la conclusion du FMI concernant la situation actuelle en Iran est très important, car certains analystes en Iran et en dehors du pays, sciemment ou non, se réfèrent aux slogans et plans populistes d’Ahmadinejad et à ses promesses électorales (trahies) et jugent les programmes de son gouvernement comme s’appuyant sur un modèle contrôlé par l’État et considèrent même l’Iran comme une « économie dirigée par l’État ». On peut comprendre pourquoi on peut parvenir à de telles conclusions erronées. L’activité diplomatique du régime et sa propagande massive, à la fois à l’intérieur et à l’extérieur du pays, dépeint Ahmadinejad comme une figure anti-capitaliste. Cependant, même dans ses discours les plus exaltés, Ahmadinejad n’a jamais offert d’alternative concrète au capitalisme. Ainsi, il n’est pas surprenant que le gouvernement Iranien ait développé des liens amicaux avec le FMI et son projet d’ « ajustement des subventions » reçoit une bonne note de la part du maître d’école. Les analystes de droite et les défenseurs les plus inflexibles du « libre marché » ont eu recours à des arguments infondés, mais fortement médiatisés, pour pousser habilement les plans économiques du gouvernement encore plus loin vers le « libre marché ». Par exemple, certains ont fondé leur argumentaire sur les rapports étroits d’Ahmadinejad avec les gouvernements du Vénézuela et de Bolivie et l’ont même dépeint comme un gauchiste. Même un coup d’œil rapide aux programmes économiques des États Vénézueliens et Boliviens, qui n’ont jamais été et ne seront jamais loués par le capitalisme global, révèle que c’est justement à cause de l’orientation économique antinéo-libérale de ces deux États qu’ils ont été la cible de pressions considérables fomentées par l’administration George Bush. En dépit du fait que Chavez et Morales ont été démocratiquement élus, avec le soutien électoral clair du peuple, ils sont accusés de violer les libertés, mais le programme économique du gouvernement répressif et mystificateur d’Ahmadinejad est loué. Les liens étroits entre le Vénézuela et la Bolivie avec le régime théocratique Iranien tournent uniquement autour de leur ennemi commun, c’est-à-dire les États-Unis, avec une approche de rejet basée sur la notion erronée et naïve de « l’ennemi de mon ennemi est mon ami ».

Le récent rapport de Dominique Guillaume a été jugé par de nombreux experts économiques comme très superficiel, rédigé dans la précipitation et sans fondement. Ceci parce que le rapport précédent du FMI, datant de mars 2011, s’appuyant sur des statistiques ré-examinées avait tiré une conclusion très négative. Il indiquait une croissance nulle pour l’année précédente et ses prévisions pour cette année étaient très faibles, autour de 1% de croissance. Mais le dernier rapport du FMI, reposant sur une poignée de données économiques officielles de juin 2011, a tout à coup changé ses conclusions pour dresser une vision très positive de la situation. Comme d’habitude, le rapport du FMI n’accorde aucune attention aux facteurs relatifs à l’Indice de développement humain (IDH). Il est dépourvu de tout indicateur de mesure des inégalités et de la pauvreté (ex : coefficient de Gini) et du chômage systémique et du sous-emploi. Par exemple, ce rapport, sans la moindre compréhension de la réalité de la vie des travailleurs et sans la moindre preuve documentée, est tout résumé dans ce paragraphe : « La redistribution des revenus découlant de l’augmentation des prix pour les ménages par le biais des programmes d’aide financière(cash transfers), a été efficace dans la réduction des inégalités, l’amélioration du niveau de vie et le soutien de la demande intérieure ». Même avec le critère classique utilisé en système capitaliste, la déclaration du FMI ne peut qu’être considérée que comme une invention mensongère. La hausse de l’inflation, actuellement à 16,7% a rapidement érodé la valeur réelle des aides financières par tête (approximativement 40$ par mois). Le véritable pouvoir d’achat des aides financières gouvernementales est déjà retombé à 39$ à cause de l’inflation. Un nombre toujours plus important de gens ne peut désormais plus payer les factures de plus en plus élevées de gaz et d’électricité, et l’année dernière, on a connu une augmentation moyenne de 20% des loyers. Divers rapports montrent que le taux de chômage de 14,6% est en train de grimper, et étant donné le taux de faillites des entreprises, le taux de chômage est voué à augmenter. De nombreux rapports fiables révèlent une pauvreté systémique de plus en plus importantes, un écart croissant entre les revenus et les prix, et une mal-nutrition qui va en s’aggravant.

Même avec la mise en œuvre d’un programme économique néo-libéral dégénéré, notre société connaît les mêmes conséquences destructrices que celles qui ont été infligées par ce genre de formules économiques à travers le monde et ont ruiné la vie des gens à cause du rôle central accordé au grand capital privé et au profit. La réalité est que, depuis le lancement de ce qu’Ahmadinejad a qualifié de « grande chirurgie économique », un large éventail de travailleurs – chômeurs, travailleurs en sous-emploi ou à temps plein – a été laissé sans protection face à la loi du marché sacrée de l’ « offre et de la demande ». C’est un des piliers fondamentaux de la formule économique néo-libérale. Elle considère la pression à la baisse exercée pour réduire le prix de la force de travail et pour favoriser la concurrence entre travailleurs comme un élément nécessaire à la création d’un « marché du travail flexible ».

Le gouvernement putschiste d’Ahmadinejad refuse depuis longtemps de publier les véritables statistiques économiques nationales ou a délibérément publié des chiffres contradictoires. Car nombre des objectifs fondamentaux en terme de discipline fiscale et de politiques monétaires n’ont pas été atteints et qu’apparemment les caisses de l’État seraient vides. En Iran, tout le monde sait que les statistiques officielles ne sont absolument pas fiables et sont un instrument dans la lutte entre factions. Nombreux sont ceux parmi les hautes autorités, et même dans les rapports rendus par le Parlement, qui jugent les chiffres et indices officiels du gouvernement comme n’étant pas dignes d’être publiés. Par conséquent, peut-être la partie la plus importante du récent rapport du FMI est aussi celle qui ébranle justement sa crédibilité et le rend sans intérêt, lorsqu’il parle de « sincérité » dans son paragraphe conclusif : « L’équipe de la mission aimerait remercier les autorités Iraniennes pour leur hospitalité, ainsi que pour les discussions ouvertes et constructives que nous avons eu ». Le niveau de malhonnêteté du FMI est révélé ici puisque son seul objectif est de pousser la dictature Iranienne à aller encore plus loin sur la voie de l’ « économie de marché ». Le gouvernement illégitime d’Ahmadinedjad est vu par le FMI comme un serviteur perfide de son projet, et pourtant comme un étudiant doué à qui on donne la note d’admission. Pour comprendre l’hypocrisie du FMI, il convient de rappeler que c’est cette même organisation qui afin de justifier l’échec du projet de l’ « Union européenne » et d’imposer les mesures d’austérité contre le peuple Grec, accuse tout à coup la Grèce de corruption et de falsification de ses statistiques économiques nationales. C’est que dans les deux décennies dorées pendant lesquelles on a prêché et imposé le « libre marché » et la « mondialisation », on a fermé les yeux sur toutes sortes d’illégalités financières et de statistiques économiques trafiquées par les gouvernements, les entreprises financières et les banques, on les a même encouragées au nom de l’ « innovation dans la création de richesses » et la « prise de risques ». Donc, les objectifs politiques de ce rapport irréaliste, écrit à la hâte, du FMI sur l’Iran sont plus que discutables. Il est d’autant plus important que le régime dictatorial est confronté à des problèmes politiques intérieurs et extérieurs croissants. En particulier, ces programmes économiques sauvages ont été complètement discrédités aux yeux du public. Sa seule réponse aux revendications et protestations économiques fondamentales du peuple est de renforcer la répression, d’intensifier l’atmosphère sécuritaire et militariste, et de profiter de duperies religieuses et de superstition. Clairement, l’objectif du rapport du FMI est de convaincre et d’apporter du crédit aux efforts du régime de mise en œuvre de politiques économiques allant dans le sens d’une « économie de libre marché ». A un moment où le régime théocratique est confronté à une crise politique profonde et est mis sous pression de tous les côtés, le capitalisme mondial essaie de renforcer et d’étendre le néo-libéralisme économique en Iran en apportant son soutien aux plans économiques du régime. La répression politique régnant en Iran est également considérée comme un avantage à cet égard. Le récent rapport louangeur du FMI contribue effectivement à perpétuer la dictature au pouvoir. Cela prouve clairement que le néo-libéralisme économique n’a rien à voir avec la liberté et la démocratie. Il est à noter que l’expérimentation de ce modèle économique au Chili (1973), selon les instructions de Milton Friedman et Friedrich Hayek, a été rendue possible grâce au coup d’État et à la répression.

C’est exactement contre cette menace que notre parti a mis en garde depuis des années, comme une des armes les plus importantes de l’impérialisme pour rentrer dans notre pays. Nous insistons sur le fait que l’objectif central de l’impérialisme, et sa raison d’être, est de gagner l’accès aux ressources naturelles et aux marchés de pays comme l’Iran en ouvrant la voie au profit et à l’extension de l’influence du capital à grande échelle. Le processus de mondialisation, promouvant et imposant l’économie de marché, avec une « démocratie superficielle de marché » au lieu de la véritable démocratie garantissant la justice sociale, est désormais un des instruments majeurs de l’impérialisme. Voilà pourquoi durant les deux dernières décennies le parti Tudeh a constamment analysé l’évolution progressive des régimes dictatoriales vers le néo-libéralisme économique – avec lequel le gouvernement putschiste d’Ahmadinejad met actuellement le couteau sous la gorge de notre peuple, à la façon de Pinochet – comme une menace majeure contre nos intérêts nationaux et les intérêts des travailleurs. Ainsi, il est très important que le mouvement populaire pour la démocratie et contre la dictature mette clairement à l’ordre du jour le rejet des programmes économiques impulsés par le FMI.

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