Un spectre hante l’Europe… Le marché par Danielle Bleitrach

source : histoireetscoiété

On se souvient de l’incipit du Manifeste de Marx: « Une spectre hante l’Europe… » Que les bonnets de nuit et les résidents de la place des Vosges se rassurent aujourd’hui  il ne s’agit pas du communisme mais du marché et on peut même dire que ce spectre hante le monde… Au point qu’il semble logique d’offrir à ce Moloch des sacrifices humains, des pays entiers…

Qu’est ce que ce spectre, ce serait tout simplement le crédit sans lequel l’économie menace de s’arrêter. Mais remontons dans le temps depuis août 2007 jusqu’à ce moment précis pour voir comment nous n’avons cessé d’avancer vers l’abime poussés dans le dos par cette menace.

En août 2007, c’est la crise dite des subprimes où déjà l’animal renâcle, il y aurait dans le portefeuille des banques et des institutions financières des produits non solvables, on aurait prêté inconsidérement à des pauvres qui ne pourraient rembourser. On nous présente cela comme un phénomène circonscrit alors qu’il s’agit d’une crise systémique qui loin de se limiter à des ménages non solvables et à l’achat de logements en fait témoigne du foutoir généralisé qu’est devenu le système financier (vois article de cette époque la crise expliquée à des nuls par une nulle).

Faut-il faire partir cette crise de la décision de Nixon de détâcher le dollar de la réserve d’or? Certainement mais cela a été encore aggravé par trois phénomènes essentiels, le premier est la prolifération de pratiques financières qui sont de véritables usines à gaz  et jouent sur les titres de crédit, les speculations. Le second est le coût des budgets d’armement en particulier les Etats-unis, mais les français ne sont pas mal placés non plus. Et il y a le plus important, le phénomène structurel: une pression continuelle s’est exercée contre les salaires, les retraites, les protections sociales et la consommation n’a été soutenu que par l’endettement. On retrouve à l’échelle mondiale le même mécanisme, il a été fait pression sur les pays du sud, sur leur agriculture, sur leurs ressources avec le choix forcé de l’endettement.

Mais passons aux remèdes qui ont été appliqués au moment de la crise des subprimes et surtout quand elle a atteint les institutions financières à savoir en février 2008. Notez par parenthèse que si la crise des subprimes d’août 2007 débute par la banque de Paris et des Pays Bas, celle de février 2008 touche en premier la Société générale. Ce n’est pas un hasard, le capital français à coup de nationalisations bidon et de dénationalisations pour les copains (Mitterrand et Jospin) est devenu un des plus usuraires du monde. Etonnez-vous si « les marchés » aujourd’hui témoignent d’une certaine fébrilité à l’égard du secteur bancaire français dont les clients (la grèce par exemple) risquent de n’être pas plus solvables que les ménages ouvriers nord-américains, du moins le craignent-ils. Parce que  pour que le tableau soit complet il faut savoir que « le marché », les jeux boursiers, ne vivent et ne prospèrent qu’en créant des rumeurs qui permettent des rachats en sousmain et des reventes à prix fort. Ce qu’il faut voir actuellement, c’est que l’attaque contre les banques françaises semblent partir des Etats-Unis et que le capital allemand est en train de couler l’italie, mais passons…

Revenons aux choix qui avaient été fait en 2008 devant les menaces de thrombose financière: apparement fini le libéralisme fort pur et dur, on est retourné à l’Etat, on a parlé de régulation, on se croyait revenu à Keynes… Oui mais ce qui a été réalisé a été du Keynes à l’envers. Face à la carence des investissements privés, ce foutu marché, Keynes proposait des investissements publics portant sur les grands travaux créateurs d’emplois et d’augementation du pouvoir d’achat en renforçant les protections sociales.

Notons que les seuls qui se sont engouffrés dans quelque chose qui ressemblait au keynesisme sont les Chinois, ce qui a fait d’eux le moteur de la croissance mondiale et encore aujourd’hui ils continuent à l’être alors même que leurs exportations diminuent.

En revanche ce qui a été fait dans les pays occidentaux a été exactement le contraire, il a été poursuivi la pression sur les salaires et les protections sociales donc sur le pouvoir d’achat alors même que sans le moindre contrôle étatique on déversait des sommes fantastiques dans les institutions financières. Ce qui devait arriver arriva: cet argent loin de servir à dynamiser l’économie est retourné dans les jeux spéculatifs et au lieu que cela débouche sur des productions de richesses, de la consommation cela est devenu de la monnaie de singe donc augmentation des prix en particulier alimentaire, énergie, etc…

Si vous ajoutez à cela le coût dément des expéditions bellicistes vous avez à peu près les conditions de la crise à son stade actuel, celui où l’on ne cesse de nous parler de l’endettement des Etats en refusant de considérer les déséquilibres structurels que l’on a cessé d’aggraver et que l’on poursuit sous la « pression du marché »… C’est-à-dire les capitaux qui s’inquiètent de savoir s’il reste au malade une pinthe de sang à vampiriser.

Danielle Bleitrach

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