Innovation à haute tension ou comment un collectif de travail offre des solutions aux défauts de l’équipement des centrales électriques, par Alberto Núñez Betancourt

source : Trabajadores, 29 Août 2011

traduit de l’espagnol et présenté par Marc Harpon pour Changement de Société

Chacun connaît les voitures cubaines, qui ont toutes l’air d’être aussi vieilles que la Révolution elle-même. Même lorsque, cent fois retapées, elles ont l’air neuf, leur design dit qu’elles appartenaient déjà à la même famille avant janvier 1959. Mais ce qui vaut pour les voitures, vaut pour beaucoup d’autre choses, que les touristes photographient moins : depuis l’effondrement du bloc soviétique, les cubains peinent à moderniser leur système électrique, parce qu’ils subissent le blocus étasunien, qui augmente considérablement le coût du transport des pièces et des machine simportées. L’article ci-dessous parle des efforts immenses faits par les ouvriers chargés de l’entretien des centrales électriques cubaines et de leur sens de l’innovation. Ils sont d’ailleurs nombreux, comme le dit l’article, à appartenir à l’ANIR, l’Association Nationale des Innovateurs et des Rationalisateurs, issue du mouvement des Innovateurs et des Rationalisateurs créé par le Commandant Che Guevara dans les années 1960, quand il était ministre de l’industrie. Elle a pour but de fédérer des travailleurs particulièrement soucieux de contribuer à ce que Cuba soit une économie efficace et compétitive.

Peut-être qu’en ses 36 années d’existence, la Base Centrale de Réparation de l’Entreprise d »Entretien des Centrales Électriques, EMCE, vit aujourd’hui sa meilleure période en matière d’innovation. Il est admirable d’arriver dans cette entreprise et de voir que sur ses 453 travailleurs, 79 sont distingués comme vecteurs d’innovation et 265 autres sont rattachés à l’ANIR.

D’autres données impressionnent aussi beaucoup : l’impact économique des travaux d’innovation et de rationalisation présentés durant l’année 2010 atteint la valeur de 659 400 pesos. Quatre des ses professionnels et techniciens font la promotion de solutions ingénieuses et pourraient recevoir le Sceau du 8 Octobre [prix accordé par par l’ANIR aux travailleurs dont les idées ont permis des innovations significatives].

Parmi ceux-là il y a, à la grande satisfaction de tous, Daniel Piedra Delgado, secrétaire général du bureau syndical du centre. Mais en matière d’innovation, les éloges vont tous vers Yamira Guerra Fernandez (la China, comme on l’appelle dans toute l’entreprise), ingénieure mécanique, spécialiste principale du groupe technique, qui a fait de la Base Centrale de Réparations son unique centre de travail, depuis qu’elle est revenue diplômée de ce qui était l’Union Soviétique, il y a 25 ans.

Avec une valeur économique de plusieurs millions, le plus significatif des apports de cette femme est la réparation de diaphragmes équipant des turbines de la centrale thermoélectrique Maximo Gomez de Mariel. La réparation des arbres des ventilateurs d’autres usines mérite aussi les éloges, et comme si cela ne suffisait pas- sans rapport avec le secteur électrique- elle a constitué une équipe pour la confection de cartons qui servent d’emballage aux œufs destinés à la commercialisation.

Chaque problème est un défi

La complexité d’une panne dans un circuit de l’outil d’équilibrage de turbines n’a pas arrêté Amado Remola Llanes ni le groupe de travail qui l’entoure. D’après eux, les innovateurs conçoivent chaque problème comme un défi qui s’achève seulement quand une solution a été trouvée.

La nouvelle équipe d’électriciens a ainsi relevé le défi de la longévité (3 ans) dans sa mission de faire face efficacement aux défauts fréquents des appareils qui arrivent à l’atelier des turbines et générateurs.

Au-delà de l’incalculable bénéfice financier, beaucoup se demandent aujourd’hui ce qui se serait passé si l’on avait échoué à reconstituer une équipe qui offre ses services à toutes les centrales électriques du pays.

Avec la même philosophie et la même détermination, dans le hangar où se fait la découpe, travaille Delvy Echegoyen Diaz. « Nous devons retaper les tuyaux usés et éviter la paralysie du pantographe permettant de couper les plaques », note-t-il, avant d’expliquer comment il le fait : «  Grâce à un fil de fer amovible, on bouche les trous et on poursuit le tournage jusqu’à ce que le tuyau ait retrouvé sa forme initiale, puis on perce le trou central. Cela vaut la peine d’être fait, parce que l’énergie électrique est en jeu ; chaque tuyau coûte 67 euros sur le marché extérieur ».

Dans d’autres domaines, le travail est si scrupuleux qu’une variation d’1,3 millimètres du rotor à moyenne pression est plus que suffisante pour provoquer pertes et fracas- dans tous les sens du mot fracas. Le chef de la brigade des turbines Miguel Hernandez Rosales, conscient qu’il serait souhaitable que ces équipements coûteux soient réparés aussi longtemps que possible, parce que le pays n’est pas en mesure d’en acquérir de nouveaux à l’extérieur, se passionne pour les moyens de lisser les imperfections.

Tuyaux d’aujourd’hui

Cuba est engagée sur la voie de l’efficacité énergétique. Tout ce qui favorise les économies et l’optimisation de l’utilisation des ressources devient une maxime. A cet objectif s’articulent les travaux en cours d’élimination des zones à bas voltage. Et les innovateurs de la Base centrale de Réparations jouent leur rôle. Le jeune Manuel Castro Stable raconte combien il est délicat de batailler contre un parc surexploité de transformateurs de technologies hétérogènes. « Il faut faire des merveilles- souligne-t-il- mais au final, on atteint l’objectif. Nous avons transformé plus d’un transformateur avec une sortie de 4000 volts en installation à 13 000 volts »

La contribution de cette entreprise, dont la règle est de travailler en collaboration avec l’Unité des Services Techniques de la EMCE, est considérable. L’importation des cheminées nécessaires à l’évacuation des gaz émis par les équipements électrogènes a cessé dans une large mesure grâce au travail des ouvriers cet établissement qui, l’an dernier, ont livré 15 entreprises, et se proposent de faire mieux cette année.

La renommée de l’entreprise parvient jusqu’à d’autres pays. Les services des ateliers comme celui qui s’occupe des éléments tubulaires sont reconnus au Nicaragua. Entre autres offres, PDVSA a parié sur cette société pour fabriquer un équipement surchauffant pour la chaudière de la raffinerie El Palito, au Venzuela, élément qui constitue la première exportation de la EMCE.

Felix Amador Ponce, directeur de la Base Centrale de Réparations et Raul Sanchez Ferrer, membre chargé de l’ANIR au sein du bureau syndical, se réjouissent, car le scepticisme qui a pu exister un temps dans les ateliers, parce que quelques jeunes pensaient que l’innovation était une affaire de vieux, a disparu .

Aujourd’hui, beaucoup de travailleurs de d’entreprises sont incités à la recherche de solutions appropriées.

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