« John Bellamy Foster : le capitalisme est incapable de répondre au Changement climatique »

John Bellamy Foster est professeur de sociologie à l’Université de l’Oregon.

source : Green Left Weekly, 27 Aout 2011

traduit de l’anglais et présenté par Marc Harpon pour Changement de Société

Sociologue et économiste, disciple du grand économiste marxiste américain, Paul Sweezy, John Bellamy Foster enseigne la sociologie à l’Université de l’Oregon. Il est membre de la rédaction de la prestigieuse Monthly Review. Changement de Société a déjà traduit son intervention à la Quinzième Conférence Nationale sur l’Economie, organisée par la Société d’Economioe Politique Brésilienne à l’UNiversité de Maranhão, à São Luis le 3 Juin 2010 . L’entretien ci-dessous a été accordé par l’auteur à Peter Boyle, de l’hebdomadaire australien Green Left Weekly.

Quels seront les effets de l’actuelle crise financière et des sauvetages mondiaux des banques sur la réponse du capitalisme à la crise du changement climatique?

Le phénomène connu sous le nom de crise financière mondiale s’est maintenant transformé en une stagnation mondiale qui affecte les économies de la Triade (États-Unis, Europe et Japon) et une large partie du reste du monde- avec le point d’interrogation de la Chine.

Dans ces circonstances, il est improbable que le système réponde au changement climatique de quelque façon que ce soit.

Comme dans toute crise économique, il y aura une tendance à une dérégulation écologique accrue, et non pas à la régulation écologique.

La seule bonne nouvelle d’un point de vue écologique est que le ralentissement de la croissance économique diminue l’intensité de l’impact des hommes sur l’environnement.

Néanmoins, dans la mesure où l’opinion publique est détournée de la question du changement climatique, des actions nécessaires ne sont pas menées, alors que le problème général empire.

La vérité est que le système capitaliste est incapable de répondre au changement climatique, qu’on soit en période de prospérité ou de stagnation, et dans ce dernier cas tout passe au second-plan sauf les derniers cours de la bourse .

Anticipez-vous un approfondissement des contradictions principales du système dans les douze prochains mois ?

Oui, en ce qui concerne l’économie c’est pour le moins clair. La production et l’emploi baissent encore, alors qu’on est loin d’avoir pleinement récupéré de la Grande Récession.

Nous sommes simplement à une croissance zéro, avec la peur croissante d’un effondrement sérieux.

Le problème sous-jacent (dont la financiarisation n’est qu’un symptôme) est la suraccumulation du capital, que reflète l’incapacité à absorber le surplus généré dans la production.

Cette contradiction existe désormais au niveau mondial. Les problèmes empirent à cause des coupes budgétaires néolibérales dans les dépenses des États en Europe et aux États-Unis, éliminant le seul stimulant possible désormais pour l’économie, le changeant même en un facteur négatif.

Il est maintenant largement reconnu qu’on est maintenant dans une période de stagnation à long terme , même au sein de l’économie dominante, qui a longtemps évité la question.

Nouriel Roubini, à l’Université de New York a récemment dit : « Karl Marx avait raison. A un certain point, le capitalisme peut se détruire lui-même. C’est parce que l’on ne peut pas continuer à faire passer le revenu du travail au capital sans avoir une capacité productive excessive et une demande agrégée insuffisante.

« Nous pensions que les marchés fonctionnaient. Ils ne fonctionnent pas. Ce qui est rationnel individuellement […] est un processus autodestructeur. »

Roubini commence évidemment à saisir certaines des contradictions les plus profondes, jusqu’ici seulement perçues par les marxistes et quelques keynésiens radicaux.

Quand on passe de l’économie à d’autres facteurs, les problèmes sont encore pires.

 

Les États-Unis, avec ou sans l’OTAN, sont impliqués dans une série de guerres au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, dans ce que l’on perçoit comme une tentative de « stabiliser » l’accès à des ressources stratégiques et de sécuriser des régions géopolitiques clés pour le capitalisme.

En Libye, la question est non seulement le pétrole, mais aussi la plus grande nappe phréatique souterraine du monde, que la Libye a commencé à exploiter dans le Sud-Est du pays, dans le cadre de ce qui est peut-être le plus grand projet d’irrigation du monde.

La façon dont cette nappe est utilisée sera d’une importance capitale dans le futur de l’Afrique. Elle tombera maintenant sous le contrôle de compagnies privées françaises.

Nous sommes dans une période de guerres impériales croissantes visant des ressources stratégiques et les bases géopolitiques du pouvoir économique. Ici, les questions économiques et écologiques se rejoignent.

Sur le plan écologique, la planète entière est menacée à une échelle sans cesse plus importante, tandis que les systèmes planétaires se montrent vulnérables de façons qu’on n’avait pas prévues.

A une époque, nous pouvions nous permettre d’ignorer ce que l’humanité pouvait faire à la Terre durant une simple année. Ces temps sont maintenant révolus.

Les changements qui ont défini l’histoire géologique ont lieu maintenant en quelques décennies.

Plus nous avançons sur le chemin du « comme d’habitude », plus sera grande la révolution sociale et écologique dont nous aurons besoin pour sauver la planète du désastre qui menace.

Quels sont les principaux postes de dépenses climatiques sacrifiés dans le cadre de la réduction frénétique du déficit du gouvernement étasunien ?

La réduction frénétique du déficit coulera encore plus l’économie, , et en même temps, elle implique que l’État ne peut pas être la une force capable de mener le genre de changement qui pourrait aider l’environnement.

Par exemple, l’accord sur le budget a supprimé 1,5 milliards de dollars attribués au projet de train à grande vitesse d’Obama (conçu pour rendre les gens moins dépendants de leur voiture).

Puisque c’était la seule mesure positive importante concernant le changement climatique de l’administration Obama, la réduction de son financement est vraiment symbolique.

La sensibilisation à l’urgence climatique aux Etats-UNis a-t-elle reculé ou fait des progrès durant ces années de crise économique ?

C’est dur de parler de la sensibilisation. Je n’ai pas regardé les sondages récents, qui, dans tous les cas, ont toujours une valeur limitée.

La politique, toutefois, a glissé à droite aux États-Unis.

Le Tea Party, qui est bien sûr à la droite du Parti Républicain, a fait une lourde campagne pour le déni climatique, de même que pour la réduction des déficits et contre l’intervention de l’État.

Dans l’actuelle campagne pour la nomination du candidat républicain, le déni climatique est très répandu, avec Rick Perry, le gouverneur du Texas, qui a déclaré que le changement climatique était un canular lié à une conspiration de scientifiques.

En ce qui concerne l’ensemble de la population étasunienne, je dirais que la première question dans le pays est celle de l’emploi, et que le changement climatique est une non-question politique, ce qui fait que la droite capitalise sur le déni, les démocrates ne gagnent pas de voies en s’attachant au problème et sont incités à le négliger, sauf lorsqu’ils s’adressent à un public explicitement écologiste.

L’administration Obama n’a bien entendu aucune politique digne d’être mentionnée concernant le changement climatique et, maintenant, ne le mentionne qu’occasionnellement.

Pour Obama, il est plus important de multiplier les sources d’énergie : pétrole puisé sous des mers profondes, charbon, énergie nucléaire, carburant issu du goudron, pétrole de schiste, etc, de façon à impulser la croissance économique, et, de façon plus immédiate, à gagner le soutien des grandes entreprises.

Il vient d’approuver un oléoduc de 2735 kilomètres des zones riches en goudron d’Alberta jusqu’à la côte texane- une des pires mesures pensables du point de vue du changement climatique. En d’autres termes, la situation aux États-Unis semble confirmer qu’il n’y a maintenant aucun espoir à l’intérieur du système en ce qui concerne le changement climatique.

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