Une expérimentation dangereuse

source : The Morning Star, 17 août 2011

traduit de l’anglais par Marc Harpon pour Changement de Société

Les dirigeants allemands n’ont jamais caché leur but de faire de l’Union Européenne une union au sens fort du terme, un véritable super-Etat européen.

Des politiciens d’autres pays, qui ont goûté à la richesse et au pouvoir au cœur de la Commission Européenne, partagent ce sentiment.

Mais l’élite europhile a du reconnaître le fait que la foi dans l’union politique et monétaire de l’Europe était marginale.

Tout en souhaitant la coopération entre les pays européens, la plupart des citoyens des États membres rejettent des schémas centralistes prétendument plus efficaces et souhaitent sauvegarder ce qui reste de la démocratie nationale.

Le charme qu’exerce la Chancelière Angela Merkel sur le Président français Nicolas Sarkozy pour le gagner à la cause d’un « gouvernement économique » de l’eurogroupe est décrit dans la presse comme une réponse essentielle et urgente à l’agitation économique et aux troubles sur les actuels marchés.

Tout comme la coalition conservateurs-démocrates et son festival de coupes budgétaires, le président français n’a aucun mandat pour s’engager dans une telle politique, mais il la mènera de toute façon parce qu’il la voit comme indispensable à ceux qu’il représente- les banques françaises et les autres centres de décision du capitalisme français.

Les Banques françaises sont impliquées, dans plus de 50 milliards d’euros de prêts à la Grèce, et elles veulent voir la dette transférée au secteur public avant l’inévitable défaut de paiement de la Grèce.

Le seul moyen d’éviter le défaut de paiement est d’introduire des obligations européennes qui seraient émises de façon centralisée par la zone euro, sous la responsabilité collective de tous les États membres.

Bien que ce mécanisme sera commandé depuis Berlin dans un futur scénario plus centralisé, il n’est pas du tout question d’aller jusque là pour l’instant, l’Allemagne étant consciente de son statut de seul pays de la zone euro sans difficultés financières aiguës.

Cela pourrait changer avec l’implication des Banques allemandes en Espagne, avec 240 millions d’euros de prêts, mais Berlin se contente pour l’instant de s’appuyer sur la volonté d’États individuels de mener des programmes d’austérité pour permette à leurs gouvernements de préférer les sauvetages de banques aux services publics, à l’emploi, aux pensions, à l’État providence, à la santé et à l’éducation.

Merkel sait qu’aggraffer le drapeau allemand à des obligations européennes ouvrirait la voie à court terme à ce que les contribuables allemands soient tenus de payer les pots cassés.

Ce serait un suicide électoral pour elle, avec les scrutins nationaux dans moins de deux ans.

Donc, Merkel et son actionnaire minoritaire français, feront miroiter les futures obligations européennes tout en insistant que les États de la zone euro se soumettent à leur expérimentation de « gouvernement économique ».

Il est impossible d’exagérer l’échelle de cette mutation des notions de mandat démocratique, si le projet est mené à son terme.

Cela signifierait un transfert de responsabilités pour les pouvoirs d’imposer, de dépenser et d’emprunter des gouvernements élus des États membres vers une bureaucratie économique non élue mais garantie par Berlin.

En bref, les électeurs, par exemple en Grèce en Irlande, en Espagne, au Portugal et même en Italie, peuvent choisir les politiciens qu’ils veulent, mais les pouvoirs de leur gouvernement n’iront pas plus loin que ceux d’un conseil des pairs, parce que toutes les questions liées à la levée de fonds et aux dépenses seront le droit exclusif du « gouvernement économique ».

Les allemands et leurs alliés centralistes européens peuvent bien pratiquer la gueule de bois, le « gouvernement économique » marque une étape décisive sur le chemin d’un Super État européen antidémocratique et centralisé.

Cela a toujours été la logique de l’euro. Il a toujours eu besoin d’une union fiscale pour étayer son existence à long terme.

Comme l’a suggéré le parlementaire travailliste Kelvin Hopkins, le choix réaliste actuel est à faire « entre une destruction contrôlée de l’Euro et une restauration des monnaies nationales d’une part et d’autre part un effondrement qui serait catastrophique pour tout le monde. »

Un commentaire

  1. Tempête sous des crânes pour les gérants du capitalisme : Comment résoudre la crise économique et eviter un nouveau cataclysme pour lui mais aussi pour les Peuples ! Car ils ne peuvent pas prévoir quand s’éveillera la prise de conscience des Peuples de mettre fin à leur règne de l’injustice !


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