Les changements à Cuba sont profonds, par José Alejandro Rodriguez


source : Progreso Semanal/ Progreso Weekly, 17 Août 2011

traduit de l’anglais  par Marc Harpon pour Changement de Société.

A quelques exceptions près, la puissante presse internationale a occulté une récente loi du Parlement Cubain qui doit approfondir la démocratie dans l’île. La raison en est évidente : la nouvelle ne les arrange pas. L’initiative est lancée à l’intérieur des institutions socialistes, et non pas dans le cadre de la « transition » dont la venue est très attendue et soutenue par certains intérêts hégémoniques dans le monde.

L’idée est de donner le feu vert à une expérimentation dans les nouvelles provinces de Mayabeque et d’Artemisa, expérimentation qui, si elle réussit, sera étendue à tout le pays par une réforme constitutionnelle : la séparation des responsabilités de président de l’Assemblée Locale du Pouvoir Populaire et celles du Conseil d’Administration Territorial et de les attribuer à des personnes distinctes.

Cela peut sembler une minutie procédurière, mais il y a beaucoup plus en jeu. En fait, c’est une reconsidération radicale de l’article 177, qui a été incorporé à la Constitution Cubaine après la Réforme Constitutionnelle de 1992. Il donnait à une personne la présidence et de l’assemblée locale et de ses organes d’administration publique.

L’accord fait partie de la révision que fait aujourd’hui Cuba des insuffisances de ses organes dirigeants et de son système institutionnel, pour la libérer de nombreux fardeaux, formalités, tendances unanimistes et routines qui ont sapé la mise en œuvre du Pouvoir Populaire, en tant que gardien des intérêts du peuple et de la nation. Car tu ne peux pas décider adéquatement si tu es fait à la fois juge et partie par la dualité de fonctions mentionnée plus haut.

Les Assemblées municipales du Pouvoir Populaire, formées par les délégués de chaque district, des hommes ordinaires nominés et élus par leurs voisins, par un vote direct et secret, sont un bon exemple. Leurs membres ne sont pas des professionnels comme dans d’autres sociétés et ne reçoivent pas un centime pour leurs services, qui sont accomplis volontairement. Et, en effet, ils se retrouvent avec de beaucoup de problèmes et de maux de tête, en traitant les propositions des citoyens face à l’indolence et au silence bureaucratiques fréquents.

Ici, à l’Assemblée municipale, le président est aussi Président du Conseil d’Administration (qui est un peu comme le maire dans d’autres sociétés). Jusqu’à présent c’est la personne qui dirige les réunions de l’Assemblée et formule les plaintes des citoyens qui doit aussi répondre à ces plaintes par des mesures publiques et administratives. Conflit d’intérêt.

Malheureusement, cette organisation a renforcé la direction verticale et centralisée à Cuba. Aujourd’hui, au milieu d’énormes changements économiques et sociaux, notre système devrait avancer vers une démocratie socialiste plus participative, décentralisée et horizontale.

Dans un document publique intitulé « Sur l’expérience à développer dans les provinces d’Artemisa et de Mayabeque » (chacun peut le consulter sur Internet), l’Assemblée Nationale signale que cette étape est le fruit d’une analyse consciencieuse menée par une Commission mixte, comprenant des membres de l’Assemblée, du Gouvernement et du Parti. Dans ce même document, elle reconnaît qu’ont été prises en compte, entre autres, les déficiences et insuffisances dans l’activité des organes locaux du Pouvoir Populaire, en particulier dans la gestion des Conseils d’Administration et entités subordonnées, les insuffisances relativement à l’attention accordée aux propositions des électeurs, de même que le manque de relation des dirigeants de l’administration avec la base ».

Le document précise aussi qu’ ont été pris en compte les problèmes dans le fonctionnement des organes locaux du Pouvoir Populaire, l’insuffisance des relations de travail entre les directions des Assemblées Municipales et les délégués, le faible niveau d’exigence concernant les directives administratives, de même que l’attribution aux délégués de tâches qui ne sont pas les leurs ».

Parmi les obstacles qui limitent le plein exercice des droits démocratiques, la commission a énuméré : «  l’implication des présidents et vice-présidents dans les résultats de la gestion économique et administrative, produit de la dualité de responsabilités, qui les pousse, en général, à ne pas maintenir le niveau d’exigence requis dans les décisions, et à faire preuve de partialité et de pointillisme administratif. »

Il porte le coup de grâce à la dualité de fonctions en question en signalant qu’elle « empêche les assemblées d’exercer pleinement leurs fonctions, puisque le Président se trouve absorbé par les problèmes administratifs, du fait de leur complexité ; et, par conséquent, il ne peut accorder le temps et l’attention nécessaires aux assemblées, à leurs commissions de travail, aux délégués, et surtout à la population, ce qui est chaque jour exigé avec plus d’insistance »

En même temps, Cuba veut renforcer le pouvoir des municipalités tout en les préservant des approches globales et centralisées mises en avant depuis des années, en stimulant l’expérimentation sur le développement local, dans différentes provinces du pays, expérimentation qui, une fois généralisée, permettra les rapports horizontaux si nécessaires aux communautés diverses et éclectiques qui constituent la nation.

Ces expériences, qui portent déjà leurs fruits dans des lieux comme Caibarien, Yaguajay, Marti et d’autres encore, vont favoriser l’autosuffisance des municipalités, en dynamisant les initiatives locales, qui se transformeront en sources de revenus de la région pour la région. Cela permettra aux exécutifs locaux d’atteindre un certain niveau d’autonomie financière et décisionnelle pour répondre aux demandes communautaires les plus urgentes, au lieu d’attendre toujours les subventions de l’État, en tendant la main, avec l’angoisse de l’impuissance.

Évidemment, cela générera une nouvelle dynamique de gouvernance, devant des électeurs beaucoup plus informés et exigeants quant à l’utilisation des ressources locales.

Cuba change pour le meilleur et pour plus de socialisme, et non seulement sur plan «économique, bien que certains analystes dotés de grilles préétablies ne le voient pas. Personne, jusqu’au Parlement- si populaire et si divers, mais si marqué par l’unanimisme par « cette harmonie parfaite qui vieillit les cœurs »- ne peut ignorer que le plus grand défi est d’accueillir, de promouvoir, et d’unir le meilleur et l’essentiel de notre diversité autour du projet de notre unique Parti. En fin de compte, la formule pour Jacques ne doit pas être celle qu’on applique à Paul, mais les deux doivent nous sauver de l’inertie.

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