Etats-Unis : la Sécurité Sociale est en danger, par Marty Hart-Landsberg

source : Reports from the economic front

traduit de l’anglais et présenté par Marc Harpon pour Changement de Société

La crise n’est pas finie. Elle se contente, comme on l’a déjà expliqué ici de changer de lieu et d’aspect. Partie du crédit à la consommation, elle s’est étendue à toute la sphère de la finance, puis, par les décisions politiques que l’on sait, elle s’est transformée en crise de la dette publique. Sous cette forme, on la croyait circonscrite à l’Europe du Sud. Et voilà que patatras, elle revient au bercail, à Washington, capitale du capitalisme mondial. L’économiste étasunien Marty Hart-Landsberg ( Gyeongsang National University, Corée du Sud et Lewis and Clark College, Portland, Orego) explique le danger que représente la solution, applaudie par les républicains, que l’administration Obama envisage en ce moment même : la diminution des pensions, un air bien connu en France. Après les grèves massives qui ont secoué cette année le Wisconsin et l’Ohio, ne peut-on pas s’attendre à ce que la crise, d’économique devienne sociale ?

La Sécurité Sociale est en danger. Le plan de réduction du déficit récemment approuvé inclut l’établissement d’une super Commission du Congrès censée proposer des moyens de réaliser une réduction du déficit de 1,2-1,5 billions de dollars sur les dix prochaines années. Tout est négociable, y compris la Sécurité Sociale. La Commission doit achever son travail d’ici au 23 novembre 2013.

Bien que la Commission puisse décider d’épargner la Sécurité Sociale, les chances sont élevées que sa proposition finale comprenne des coupes significatives dans les prestations. La plupart des républicains cherchent depuis longtemps à démanteler les programmes sociaux et le Président Obama veut bien accepter une réduction des prestations sociales au nom de la réduction des déficits. La diminution de la note de bonne gestion de la dette attribuée au gouvernement fédéral par Stnadard and Poor ne fait qu’augmenter la pression. L’agence de notation a expliqué sa décision en ces termes :

« Nous avons diminué notre note de long terme pour les Etats-Unis parce que nous croyons que la controverse prolongée sur l’élévation du plafond de la dette et le débat subséquent sur la politique fiscale indiquent que la poursuite à moyen terme des progrès dans la maîtitrse de la hausse des dépenses publiques, liée en particulier au rachat de créances ou aux risques d’accord augmentant le revenu, est moins probable que ce qu’on avait supposé et demeurera un processus houleux et controversé. »

De manière significative, il y a eu peu de discussion dans les médias sur l’importance de la Sécurité Sociale pour les plus de 65 ans. D’après l’Economic Policy Institute :

« La pension annuelle moyenne en 2009 était de 13 406,40 dollars, légèrement au-dessus du seuil fédéral de pauvreté pour les individus de plus de 65 ans, seuil fixé à 10 289 dollars, mais en-dessous du salaire minimum. Bien que modestes, les prestations de Sécurité Sociale constituent une partie substantielle du revenu des ménages pour les bénéficiaires les plus âgés»

Le graphique ci-dessous montre que les 40% de ménages les plus pauvres avec un chef de famille de plus de 65 ans dépendent de la Sécurité Sociale pour plus de 80% de leur revenu. Même les 20% des déciles centraux dépendent de la Sécurité Sociale pour plus de 60% de leur revenu. En somme, des coupe dans les prestations de sécurité sociale frapperont durement la majorité des seniors.

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Si la Super Commission décide de s’attaquer à la Sécurité Sociale, il est probable qu’elle le fasse en proposant que les prestations soient ajustées suivant une nouvelle façon de mesurer l’inflation. Pour l’instant les prestations sont indexées à l’indice CPI-W, qui mesure le changement des prix des biens et services communément consommés par les travailleurs des villes et les petits employés. La nouvelle mesure est appelée Chained Consumer Price Index for all Urban Consumers.

Cela semble très technique, mais l’idée de fondamentale est simple. Le CPI-W mesure l’augmentation du coût d’un panier de biens et de services relativement fixes. Le Chained Consumer Price Index suppose que les consommateurs ajustent constamment leurs achats, abandonnant les biens et services coûteux pour des substituts moins chers. Le Chained Consumer Price Index donnerait un taux d’inflation plus faible parce que les biens et les services dont les prix montent le plus vite seraient exclus du calcul ou recevraient moins de poids. Le résultat serait un ajustement au coût de la vie plus réduit pour ceux qui touchent la Sécurité Sociale, ce qui diminuerait les dépenses de la Sécurité Sociale.

Ceux qui soutiennent le Chained Consumer Price Index avancent que c’est une mesure plus précise de l’inflation que le CPI-W. En réalité, cet indice masque simplement le fait que les gens sont en réalités incapables d’acheter les biens et services dont ils jouissaient auparavant. Si nous sommes vraiment inquiets de la précision, nous pouvons toujours utiliser le CPI-E, qui mesure le changement des prix des biens et services communément consommés par les seniors. Le CPI-E a augmenté beaucoup plus vite que le CPI-W, démontrant que les actuels ajustements au coût de la vie sont en réalité trop faibles, non trop élevés.

Le graphique suivant ne devrait laisser aucun doute concernant ce qui est en jeu dans cet ajustement « technique ». Un américain moyen prenant sa retraite cette année à l’âge de 65 ans reçoit 15 132 dollars. Le revenu réel du retraité (inflation déduite) resterait constant dans le temps dans l’hypothèse où l’indexation serait faite sur la base du CPI-W. Si les prestations étaient indexées suivant le Chained Consumer Price Index, comme on le propose, le revenu réel du retraité diminuerait progressivement, tombant à 13 740 dollars à l’âge de 95 ans. En comparaison, les pensions augmenteraient jusqu’à 16 131 si on utilisait le CPI-E.

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Bien entendu, il n’est question que de réduction des déficits, et les experts ont calculé qu’adopter le Chained Consumer Price Index diminuerait les dépenses fédérales de quelques 300 millions de dollars sur les dix prochaines années.

Le plus scandaleux c’est peut-être que la Sécurité Sociale ne devrait même pas faire partie d’une discussion sur la réduction des déficits. C’est un système autofinancé, doté d’un large surplus. D’après de nombreux analystes, le système n’aura pas les fonds nécessaires pour satisfaire à ses obligations en 2037. Les économistes ne peuvent pas prédire de façon fiable ce qui se passera durant l’année à venir et nous sommes néanmoins à deux doigts d’affaiblir un programme social vital parce que nous avons besoin maintenant d’une réduction du déficit et/ou parce que la Sécurité Sociale pourrait avoir des problèmes dans 25 ans.

En fait, la thèse que le système pourrait avoir des problèmpes en 2037 repose sur des hypothèses extrêmes et très improbables à propos de l’activité économique future. Même si nous acceptons ces hypothèses extrêmes nous ne ferons pas face à une crise grave. Actuellement les prélèvements de la Sécurité Sociale sont faits sur tous les revenus du travail jusqu’à 106 800 dollars. Les gains situés au-dessus ne sont pas taxés. Pourquoi est-ce important ? Comme l’expliquait le Wall Street Journal dans un article récent intitulé « Le revenu des mieux payés ronge la Sécurité Sociale » :

« L’administration de la Sécurité Sociale estime que supprimer le plafond des revenus soumis à cotisation pourrait éliminer le déficit pour 75 années complètes, ou presque l’éliminer si d’autres revenus imposables faisaient l’objet de prélèvements. »

En somme, ceux qui veulent réduire/privatiser la Sécurité Sociale essaient de tirer parti de notre prétendue crise de la dette. Bien sûr, ils diront que ce qu’ils font est un ajustement technique pour sauver aussi bien l’économie que la Sécurité Sociale. J’espère que personne ne les croira.

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