Partir des méchantes choses nouvelles par Danielle Bleitrach

Boston Tea party 1773, des colons déguisés en Indien jettent le thé anglais par dessus bord…

Comment juge-t-on d’une époque comme la notre?  Prenons trois faits du jour qui tous trois témoignent de l’absurdité des solutions apportées par l’histoire récente, l’enlissement du grotesque conflit libyen, la fuite en avant du rackett du dollar sur l’économie mondiale avec les jeux politiciens aux Etats-Unis et la Russie qui tente de ravauder les marches d’un territoire que ses dirigeants (en l’occurence Elstine) ont eux mêmes fait éclater. Le tout ne peut avoir lieu que dans un contexte non pas de démocratie mais de manipulation électorale dans lequel nous Français acceptons gaiement d’aller perdre 6 millions d’euros par jour dieu et monsieur Dassault seuls savent  pourquoi, un contexte dans lequel les Etasuniens auront si peur du socialisme qu’ils jugeront plus démocratique de faire des coupes sombres dans la santé et l’éducation que de taxer les grosses fortunes qui les ont pourtant mis dans la situation où ils sont, enfin le contexte à défaut de retrouver les avantages sociaux de l’ex-URSS, Poutine en propose la reconstitution territoriale toujours dans le cadre d’une proche élection.

Comment juger de telles inepties ? Je propose comme le disait Bertolt Brecht à son ami Walter Benjamin: « nous ne devons pas partir des bonnes choses passées mais des méchantes choses nouvelles« (1).

Partir des bonnes choses passées c’est justement par là qu’on enchaîne les peuples parce que plus la crise est forte, plus le futur paraît sans grand avenir, plus le peuple se rejette en arrière… Regardez la polémique stupide du 14 juillet sur l’armée républicaine ou comment nous faire avaler à nous Français des guerres complétement criminelles, absurdes, d’agression injustifiée, en faisant appel  à un passé glorieux, l’armée républicaine, les soldats de l’an II, la prise de la Bastille. « la méchante chose nouvelle » était entre autres que l’ armée était mercenaire, otanesque pratiquant une politique colonialiste et que l’Assemblée Nationale venait sans grandes protestations populaires de voter les crédits et la poursuite de l’expédition alors même que l’on pratique les mêmes coupes sombres dans la santé et l’éducation…

Partir des bonnes choses passées c’est comme le fait l’extrême-droite nord-américaine brosser l’Amérique des pères fondateurs, celle qui a conquis son indépendance en refusant l’impôt de l’Angleterre, un phénomène qui précède de peu notre Révolution française cité pré-dessus.pour l’intelligence de mon propos, il faut se souvenir de comment débute ce qu’on a appelé la Révolution nord-américaine en fait l’indépendance face à l’Angleterre et en quoi l’extrême-droite américaine actuelle le Tea party s’y réfère. Après la guerre de sept ans, les caisses de la Grande bretagne étaient vides et elle voulut plus profiter de ses colonies. Non seulement s’en atttribuer les matières premières mais imposer des taxes aux colons.   Les Townshend Acts, votés par le Parlement en 1767, instituaient une taxe sur les matières premières importées dans les colonies américaines. L’objectif était de gagner 40 000 livres chaque année pour financer l’administration coloniale. Les troupes britanniques reçurent des renforts pour maintenir le calme à Boston. Londres dut faire marche arrière devant le boycott des marchandises et les lois furent abrogées, même si la taxe sur le thé fut maintenue.Le Tea Act est voté en mai 1773 afin de permettre à la Compagnie anglaise des Indes orientales de vendre son thé aux colonies de l’Amérique du Nord sans acquitter de taxes. Elle avait pour but de rétablir les finances de la compagnie en renforçant son monopole.Le 16 décembre 1773, des colons déguisés en Indiens jettent plus de 300 caisses de thé par dessus les quais : c’est la Boston Tea Party. En représailles, la Grande-Bretagne décide de fermer le port de Boston en mars 1774, d’étendre le Quartering Act, d’imposer une lourde indemnité aux Bostoniens et de réformer la procédure judiciaire. Ces quatre mesures sont appelées Intolerable Acts par les Américains et Coercive Acts ou Punitive Acts par les Britanniques.C’est le début de la Révolution moins anti-monarchique (il a été question un moment de faire de G.Washington un roi) qu’anti-féodale, on admirera le lien entre la droite la plus conservatrice actuelle et la Révolution. le parallélisme avec l’appropriation de la Révolution française est frappant.

Là aussi au lieu de considérer qu’effectivement ceux qui aujourd’hui payent le plus d’impôt sont les couches moyennes tandis que les cadeaux faits aux banques et au complexe industrialo-militaire ont été dévorés sans le moindre scrupule, de surcroît en occultant  le rôle de prédateur de l’économie mondiale de la dette dont ces richissimes se nourrissent on s’érige en citoyens modèles autour de leurs intérêts au nom de l’indépendance fantasmée des Etats-Unis.

Enfin si l’on considère que le démantélement de l’URSS a été une fort mauvaise affaire non seulement pour les peuples concernés mais pour l’ensemble de l’humanité, s’y référer peut être un argument électoral pour Poutine (appuyé par la réalité du prix du gaz russe) mais nous ne pouvons pas non plus penser cette situation en fonction du passé et y lire ce qui a été la force des communistes, l’existence d’un camp puissant qui a favorisé les luttes ouvrières autant que les mouvements de libération, mais aussi leur faiblesse, l’esprit de délégation et l’absence de réflexion sur leur propre issue. Poutine est souvent l’écho de ces temps comme d’ailleurs de l’existence encore aujourd’hui d’un influent parti communiste, ce qu’il dit est souvent frappé du coin du bon sens mais les intérêts qu’il représente risquent de ne pas mener très loin nos espérances d’émancipation.

Vous remarquerez que dans la période de crise où nous sommes la tentation permanente est de se référer à une révolution passée pour maintenir et amplifier les rapports de classe à l’origine de la crise, cela se joue partout, dans l’économie, dans la politique, dans la culture, dans les moeurs partout on fait appel à la mémoire révolutionnaire des peuples pour mieux le conduire vers le conservatisme et si besoin la haine du bouc émissaire, on a déjà vécu ça…

Puisque nous avons cité Walter benjamin comment faut-il analyser cette appropriation de l’histoire révolutionnaire par les forces les plus conservatrices: il s’agit en fait de transformer la Révolution en légitimation des vainqueurs pour mieux justifier l’oppression des vaincus et à ce titre vous  remarquerez que cette opération exclut ce qui reste à réaliser, cette charge utopique qui a nom justice et égalité… Que tous ceux qui ont voulu avancer sur ce chemin là sont exclus du consensus conservateur… Et que les méchantes choses nouvelles sont en général liées à ce qui n’est pas encore advenu et exige l’intervention populaire. Et c’est pourquoi l’appel à partir des méchantes choses nouvelles loin d’être un renoncement à l’utopie est un retour à ce principe espérance dont la force soulève les peuples.

Nous devons donc partir des méchantes choses nouvelles et tenter d’y apporter des solutions, c’est-à-dire pas des provocations qui ne sont que des simulacres révolutionnaires mais bien des solutions concrètes susceptibles de rassembler parce qu’elles touchent à l’essentiel, le pain et la dignité faits de la même pâte. Comment aborder ces choses nouvelles, d’abord pour résoudre les problèmes il faut un peuple, sans cette intervention populaire il y a peu de chance de voir une évolution nécessaire, mêmes les dirigeants de génie ne peuvent naître que d’un peuple rebelle. Donc il faut voir où en sont les peuples et pour cela je citerais le cinéaste Poudovkine quand il propose de filmer une manifestation :

« Pour parvenir à une impression claire et précise d’une manifestation, l’observateur doit (…) d’abord grimper sur le toit d’une maison pour avoir une vue d’en haut du cortège dans son ensemble et apprécier sa dimension; puis il doit descendre et regarder par la fenêtre du premier étage les banderoles des manifestants; enfin il doit se mêler à la foule pour se faire une idée de l’apparence extérieure des participants. »(2)

Partir des méchantes choses nouvelles et contempler à trois niveaux les mouvements sociaux, voilà ce que je laisse à votre sagacité moi j’ai décidé vous le savez d’attendre d’avoir de nouveau confiance en mes compagnons de lutte, que je les regarde du toît, du premier étage ou de la rue n’est pas plus engageant. Pour tout dire j’ai même parfois l’impression d’être dans le non sens intégral. Et en matière de Tea party celle de lewis Caroll n’est pas la moins appropriée pour décrire la période politique… Vous savez celle qui se termine par Alice disant à la reine de coeur qui menace tout le monde: « Et puis dans le fond vous n’êtes qu’un stupide jeu de carte! »

Danielle Bleitrach

(1)Walter Benjamin Essais sur bertolt brecht, Paris, 1969, p.149

(2) cité par Kracauer, histoire…

Un commentaire

  1. Oui, ce monde uni-polaire est ce que nous savions et ne pouvait être que funeste car il n’est pas vrai pour ceux qui le prônaient que l’avenir appartient à un soi-disant capitalisme humaniste ? Ce vieux régime se meurt et suffoque encore car le neuf tarde à naître en tant que force attractive même s’il pointe déjà son existence par l’apparition de Révolutionnares portés au pouvoir par leur Peuple, allant vers le progrès social par la démocratie réelle et comblés d’Humanisme !


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