Une part du gâteau de l’âme du PCC par Wu Zhong

 


Source : Asia Times Online, 22 Juillet 2011

traduit et présenté par Marc Harpon pour Changement de Société.

Il n’y a, paraît-il, pas de pluralisme politique en Chine. Pourtant, contrairement à la légende tenace, le Parti Communiste n’est pas un « parti unique ». Reconnues légalement, les organisations membres de la « Conférence Consultative du Peuple Chinois ». Le drapeau chinois lui-même porte la marque de ce pluralisme, puisque les quatre petites étoiles du symbole national représentent respectivement les travailleurs, les paysans, la petite-bourgeoisie » et les « capitalistes patriotes » : les paysans et les ouvriers, que tout parti marxiste-léniniste représente ou prétend représenter, ne sont pas les seuls à avoir voix au chapitre. Mais le pluralisme existe aussi et surtout à l’intérieur du Parti Communiste : la discipline de fer dans l’application de la ligne n’interdit pas le libre-débat dans son élaboration. C’est ce que montre l’article ci-dessous, qui, malgré son titre, parvient assez largement (mais pas complètement) à éviter les stéréotypes et les simplifications.

La course au pouvoir bat son plein alors que se prépare le Dix-Huitième Congrès National du Parti Communiste Chinois (PCC), programmé pour la fin de l’année prochaine.

A moins que le PCC ne change ses règles, sept des neuf membres de la direction du Bureau Politique, y compris le Président Hu Jintao et le Premier ministre Wen Jiabao, devront se retirer. Les deux membres qui doivent rester sont le Vice Président Xi Jinping et le Vice Premier Ministre Li Keqiang, qui sont censés succéder respectivement à Hu et Wen. Cela laisse sept postes vacants.

La plupart des postes vacants seront pourvus avec des membres jeunes et prometteurs de l’actuel Bureau Politique ( qui comptait 25 membres au total, y compris les neuf membres du Comité Permanent). Les observateurs étrangers ont déjà commencé à essayer de deviner qui ce sera.

Les candidats les plus en vue sont le Secrétaire du Parti ànGuangdong, Wang Yang et le secrétaire municipal du Parti à Chongqing, Bo Xilai.

Bo, 61 ans, est brillant et, à ce qu’on dit, est proche de Xi Jinping. Wang, 56 ans, a été cadre de la Ligue des Jeunes Communistes, dans la province de Anhui, de 1981 à 1984, et, en tant que tel, est considéré comme membre de la faction des Jeunes Communistes. Il a aussi travaillé comme secrétaire général adjoint du Conseil d’État en 2003-2005 et est considéré comme un protégé de Wen.

Les deux appartiennent à deux écoles de pensées opposées au sein du parti. Wang- prédécesseur de Bo à Chongqing- a la réputation d’être plus libéral alors que Bo a rejoint la « nouvelle gauche », une faction qui défend une rupture avec les politiques orientées vers le marché de la période des réformes et de l’ouverture.

La querelle entre les deux est bien connue et, récemment, ils ont fait connaître leurs divergences. Si Bo et Wang atteignent le sommet de l’échelle bureaucratique chinoise, cela pourrait donner lieu à un combat intéressant.

Lors de la session de l’an dernier du Congrès National du Peuple, Wen a dit : «  Nous devons non seulement rendre plus gros le gâteau social par le développement économique, mais aussi chercher à mieux partager le gâteau à travers un système de distribution plus rationnel et raisonnable ». Depuis lors, un débat a fait rage sur la question des priorités : rendre « le gâteau » plus gros ou le partager de façon plus juste. Wang et Bo ont adopté des positions opposées.

Le 3 Juillet, Bo a dit à un invité de Hong Kong que Chongqing avait pris sous sa direction une route différente de celle des autres provinces. Chongqing a donné la priorité à un meilleur partage du « gâteau » plutôt qu’à son grossissement. Citant le propos de Deng Xiaoping affirmant que «  dans un premier temps, certains doivent avoir l’autorisation de prospérer mais le but ultime est la prospérité commune », Bo a affirmé que « certains en Chine sont devenus riches dans un premier temps, donc nous devons chercher à réaliser la prospérité commune ».

Une semaine plus tard, le 10 Juillet, à un forum sur l’économie rurale organisé à Chongqing, Bo a répété que Chongqing n’attendrait pas d’être « développée » pour étudier la question d’une répartition raisonnable des richesses et de la prospérité commune.

Le jour suivant, durant une réunion du Comité Provincial du Parti à Guagzhou, Wang a publiquement exprimé l’opinion contraire. « Pour rendre la gâteau plus gros nous devons encore nous concentrer sur le développement économique. En d’autres termes, le partage du gâteau n’est pas une priorité pour l’instant. La priorité est de le rendre plus gros […]. Ce n’est pas une idée nouvelle mais elle acquiert un sens nouveau quand nous insistons dessus ».

Que deux membres du Bureau Politique espérant accéder au cœur du pouvoir chinois puissent prendre des positions diamétralement opposées a surpris les observateurs. Tandis que certains disent que la différence peut être réduite à des motivations locales, d’autres cherchent du côté de la formation politique des deux candidats.

Le Guangdong de Wang est la province la plus riche de Chine avec un produit intérieur brut (PIB) par habitant de 43 720 yuan (6 768 dollars) en 2010, et une population de plus de 100 millions d’âmes. Chongqing, d’où vient Bo, est une grande ville moins développée du Sud-Ouest de la Chine, avec un PIB par tête de 27 366 yuan et une population de 30 millions d’habitants.

Toutefois, ces trente dernières années, le succès économique du Guangdong a reposé lourdement sur l’investissement étranger dans des industries low-cost de basse technologie, à tel point que le Delta de la Rivière des Perles est connu internationalement comme « l’atelier du monde ». Ces dernières années, l’activité a été frappée par l’augmentation du coût du travail, de la terre et des autres ressources.

La crise financière mondiale a aussi lourdement pesé sur l’économie. Un certain nombre d’usines contrôlées par des investisseurs de Hong Kong, de Taiwan et de Corée du Sud ont fait faillite alors que d’autres luttent pour survivre. En conséquence, la croissance de Guangdong a ralenti. Par exemple, son Produit Intérieur Brut a augmenté de 9,5% et de 12,2% en 2009 et en 2010, moins que Chogqing, dont les résultats respectifs sont de 14,9% et 17,1%.

Parce qu’il est le plus haut dirigeant du Guangdong, Wang doit démontrer sa capacité à dynamiser l’économie locale et à maintenir le rôle moteur de la province dans l’économie nationale. Les positions de Wang suivent également l’actuelle humeur de la direction. Hu, dans son discours à la grande cérémonie pour célébrer le quatre-vingt-dixième anniversaire du PCC, le premier Juillet, a affirmé : « Dans les années à venir, nous devons continuer à adhérer fermement à l’idée stratégique de Deng que « le développement est d’une importance capitale » ».

En comparaison, Bo, peut adopter une approche plus distanciée du développement de Chongqing. Alors que Chongqing est une municipalité, 95% des terres environnantes sont rurales. Son économie est beaucoup moins développée en comparaison des zones côtières du Guangdong. C’est pourquoi, les coûts de production restent relativement beaucoup plus bas, ce qui permet d’attirer des investissements de l’étranger et de régions plus développées de la Chine, y compris du Guangdong.

Toutefois, le contraste pourrait s’expliquer par des croyances politiques différentes. Quand Bo a été nommé chef du parti à Chongqing, à la fin de l’année 2007, pour remplacer Wang, il a rapidement lancé une campagne « ferme et déterminée » pour écraser les gangs. Des dignitaires ayant travaillé sous Wang ont été épurés pour corruption et « collusion » avec les gangsters, ce qui a été interprété comme une provocation à l’encontre de Wang.

En même temps, Bo a lancé un « mouvement rouge » dans toute la ville, exigeant des habitants qu’ils chantent des chants « rouges » (révolutionnaires) et étudient et récitent des classiques marxistes et maoïstes, dans le but de restaurer certaines croyances et valeurs de l’ère du Président Mao. Il est ainsi logique pour lui de chercher l’égalité et la redistribution des richesses.

Bo a mis ses croyances en pratique. L’exécutif de Chongqing a octroyé ces dernières années300 milliards de yuans pour financer l’éducation, les soins médicaux, et le logement dans les zones rurales. Il a aussi fixé l’objectif de faire passer le coefficient Gini, qui mesure l’écart de richesse, du chiffre actuel de 0,42 à celui de 0,35. A Chongqing, le parti a une commission chargée d’élaborer des principes d’action pour réduire l’écart de richesse.

En contraste, quand Wang est devenu le chef du parti, à la fin de 2007, il a appelé à une plus grande « émancipation de la pensée » et à un approfondissement des réformes et de l’ouverture. « L’émancipation de la pensée » est un slogan lancé par Deng [Xiaoping] pour encourager les idées libérales et paver la route pour sa politique de réforme et d’ouverture.

Récemment, dans une conversation en ligne avec les internautes , Wang a affirmé « Nous [cadres communistes] devrions autoriser les gens ordinaires à nous vilipender si nous ne faisons pas correctement notre travail ».

Dans la Chine d’aujourd’hui, où l’écart de richesses est de plus en plus grand, il n’est pas difficile de constater que les positions de Bo sont mieux accueillies par le public. Les internautes mécontents disent qu’aujourd’hui le « gâteau » est déjà plutôt gros et que le problème est que seule une petite minorité qui « a prospéré dans un premier temps » peut mordre dedans.

Mais les batailles politiques en Chine sont menées silencieusement à l’intérieur du PCC. Personne d’extérieur au parti ne peut prédire quelles positions tomberont en disgrâce d’ici au dix-huitième Congrès de l’an prochain.

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