Pourquoi un nouveau blog de danielle bleitrach ? La République, le nom-du-père et le pas grand chose…par Danielle Bleitrach

Notre amie Danielle Bleitrach, qui a fondé Changement de Société, lance son nouveau blog ici.

A la rentrée universitaire de 2011-2012, nous avons prévu de fonder un blog cinéma, nous c’est-à-dire une groupe d’étudiants de cinéma de l’Université de Provence. En attendant que ce blog existe, j’ai ouvert celui-ci dans lequel je pourrais approfondir  ce choix de…  déposer mes valises. Déposer mes valises cela signifie m’installer j’espère pour la dernière fois mais aussi abandonner ce qui est trop lourd.

Lundi, je recommence une analyse.  Je me donne pour objectif universitaire de cette année un approfondissement de la relation entre Histoire et fiction, à partir d’un film Les Bourreaux meurent aussi qui raconte l’assassinat d’Heydrich à Prague, un film de Fritz Lang avec la collaboration de Bertolt Brecht. Un livre est en train de prendre forme, son titre : le nazisme n’a jamais été éradiqué. J’en suis convaincue.

je vais tenter de vous faire partager mes plaisirs cinématographiques mais aussi mes lectures, les expositions que j’aime, la musique, les voyages et de temps en temps des réflexions politiques… Si ça me paraît utile, on verra… Un jour j’ai dit à un dirigeant communiste: vous qui voulez faire le bonheur de l’humanité comment pouvez-vous négliger à ce point tout ce que la dite humanité considère depuis l’aube des siècles comme le meilleur d’elle-même, ces silouettes animales, ces mains appliquées sur les parois de la caravane, cet essentiel que le politique a toujours manipulé avec un certain mépris, trop naif, hors sujet… Et pourtant…

D’abord dire un état d’esprit, celui d’une vieille dame de 73 ans qui hume le dernier été, c’est une image mais elle exprime ces bonheurs de la fin d’un été où les goûts, les senteurs arrivent à foison avec un léger parfum d’herbes coupées et humides, des éclats de rire d’enfant. On est enfin rassassié parce que l’on sait que bientôt tout cela va s’achever et qu’on a vécu et bien vécu. Je me souviens de cette phrase de Diderot expliquant que la mort était un sommeil dans lequel il partirait repu d’avoir aimé, vécu, senti. Je commence à comprendre les épicuriens qui prétendaient que n’attendre rien d’autre après apportait la sérénité, je suis en train de vivre une belle fin d’été avec à chaque moment l’épanouissement d’imaginer que ce sera peut-être le dernier.

Autre chose, j’ai toujours regardé  entre deux focales, deux champs de persception, c’est le regard mais c’est plus, c’est un positionnement, un rêve éveillé parfois proche de l’hypnose qui a rendu ma vie si pleine…  L’histoire et sa longue durée, l’espace planétaire d’un côté et d’un autre les bouleversements, l’indignation de l’actualité. Je pense tout à coup à ce magnifique texte de Marc Bloch sur la défaite dans les années quarante, un texte lucide par l’auteur de la société féodale… Je me revois non sans sourire en train de surveiller la route de la légion à Puyloubier, au volant d’une vieille quatre chevaux, je lisais la société féodale de Marc Bloch et je notais les numéros de voiture pour savoir si un ennemi de l’OAS ne passait pas par là…

J’ai vécu comme ça et aujourd’hui je retrouve cette manière d’être dans plusieurs temps dans mon approche d’un film, du cinéma… Une archéologie mais j’y reviendrais…

Pourquoi avoir abandonné Changement de société?   Je suis devenue communiste à cause de ce qui s’est passé durant la Seconde Guerre mondiale, l’extermination nazie. Le choix d’être communiste avait deux fondements essentiels, le premier était de remercier ceux qui avaient donné leur vie pour nous libérer du nazisme, les communistes. Le second était que personnellement je refusais d’aller dans la chambre à gaz comme une victime parce que juive; si les racistes, les nazis me mettaient en camp de concentration ce serait en tant que combattante. Depuis plusieurs décennies le sort s’est acharné sur cet engagement, on dirait que tout a été fait pour m’en désespérer…  Mais le coup de grâce a été  le négationnisme dans le camp de l’anti-impérialisme.  Et pourtant le paradoxe est là, je reste communiste, déjà sans parti, désormais dans le no man’s land d’une histoire que je continue à défendre parce que la mémoire m’est essentielle pour survivre, pour comprendre. A propos de mémoire historique, j’ai failli réécrire dans Changement de Société, pour dire à quel point je trouvais indécent et grotesque les faux débats autour du défilé du 14 juillet. Quelque jours auparavant toute cette bande de faux culs avait voté sans état d’âme les crédits à la sinistre expédition otanesque en  Libye, et là il nous la jouaient Vive la mère patrie et son héroïque armée républicaine.

Il n’y a plus d’armée Républicaine. Ceux qui défilent ne sont plus les soldats de l’an II, les gueux de la République qui la défendaient face aux rois conjurés ? Non! C’est une armée mercenaire qui va porter le feu et le sang dans une démarche colonialiste, impérialiste… Oui on peut pleurer les soldats morts en Afghanistan, mais comme de pauvres chômeurs à qui il ne restait pas grand chose d’autre à faire que de vendre leur vie… Quant à la République, Machiavel, ici d’accord avec Spinoza et Marx, en définit l’essence: « Dans toute république, il y a deux partis ; celui des grands et celui du peuple ; et toutes les lois favorables à la liberté ne naissent que de leur opposition (…)On ne peut pas davantage qualifier de désordonnée une république où l’on voit briller tant de vertus : c’est la bonne éducation qui les fait éclore et celle-ci n’est due qu’à de bonnes lois ; les bonnes lois à leur tour sont le fruit de l’agitation que la plupart condamnent si inconsidérément. Quiconque examinera avec soin l’issue de ces mouvements ne trouvera pas qu’ils aient été la cause d’aucune violence qui ait tourné au préjudice du bien public ; il se convaincra même qu’ils ont fait naître des règlements à l’avantage de la liberté »  N.Machiavel, « Discours sur la première décade de Tite-Live» dans Œuvres Complètes, Paris, Gallimard,1952, livre I, chapitre IV, pp 390-391 .

Le problème n’est-il pas justement qu’il n’y a plus de République  quand il n’y a plus d’affrontement entre le parti des Grands et celui du peuple, donc pas de possibilité de faire de la politique la conquête de l’émancipation, de la liberté…

A la République il manque un peuple.

Avez-vous vu le film de Cavalier et Lindon, Pater? Alain Cavalier est un des cinéastes français qui a encore  quelque chose à dire et qui a une véritable écriture, un désir de liberté qui aurait dû lui faire retrouver la politique, il revient au fondamental, au fait qu’il devrait y avoir un point de jonction  entre la nature et la culture, la culture au sens large, ce que l’on mange, les habits qui s’entassent dans le dressing et que Lindon ne jette pas, les siens, ceux du père, la culture ainsi conçue qui foit le système d’alliance et de parenté qui tient l’individu comme une parole, comme cette cravate qui passe de main en main. Si le politique était cette appartenance à la même famille que le père, à la même communauté, à la même espèce humaine… Est-ce l’important?

Mon humeur varie.  Cette relation fusionnelle entre un acteur et un metteur en scène, un président et son premier ministre tout à coup me paraît vaine, c’est la politique vue par Mitterrand, une corruption permanente, une faisanderie.  Et en disant celà je me trouve injuste parce que j’aime tellement la manière dont Cavalier frôle avec sa caméra la cuisine, les plats dont on croit sentir les odeurs… Les papilles salivent on imagine ce que pourrait être ce partage, ce lien social politique mais aussi paternel et filial entre un président et son premier ministre, on touche au pouvoir, la représentation qui nous donne le sentiment d’exister. Cavalier a vielli, il est devenu son propre père et il veut offrir à Lindon tout ce qu’il a mais en fait c’est de Lindon qu’il se nourrit, son univers qu’il exhibe. dans cette cuisine politique on partage le pain  dans un acte de parole ininterrompu:  « Car l’homme qui, dans l’acte de parole, brise avec son semblable le pain de vérité, partage le mensonge » dit Lacan dans un texte énigmatique -sans doute pour préserver l’indicible- texte intitulé la Prosopée de la vérité. Un texte énigmatique mais très beau  revendiquant entre l’analyste et l’analysant une mise en scène qui cherche la vérité.

Oui le mensonge et c’est la poursuite de l’ère Mitterrand,   la tactique comme une école des passions et la menace d’être abandonné vaincu par son propre fils, le successeur haï résultat le vieux se débrouille de  faire perdre le fils adoptif, « Tu quoque papa! » dit Brutus en s’effondrant sous la traîtrise du coup… Qui a entendu le vieux Chirac appeler à voter Hollande sait ce qu’il en est aujourd’hui  des affrontements républicains… La fin de Volpone ce vieux filou…

Pas de femme, Cavalier a expliqué au cours du débat que c’était un film qui était fait pour les femmes puisque les hommes y étaient offerts en spectacle. Et si le pouvoir c’était justement le fait que les hommes s’amusent entre eux en feignant de ne pas s’intéresser aux femmes pour qu’elles croient qu’ils mentent alors que c’est vrai que ces hommes là ne s’intéressent pas à elles, simplement ils sont la proie d’une frustration narcissique, une faim qui ne peut pas s’assouvir.

Danielle Bleitrach

3 commentaires

  1. A bientôt

  2. A te revoir dans ton nouveau blog
    Fraternellement,
    John V.

  3. Merci encore pour ton excellent et riche travail qui nous aide à affronter cette haineuse société capitaliste . Je dirai même que tu nous es indispensable ! Fraternalmente .


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