Une lutte cubaine contre le choléra, par Elsy Fors

source : Cuba International, n° 379

traduit de l’espagnol par Marc Harpon pour Changement de Société

L’expérience des médecins cubains en Haïti et leur lutte contre le choléra ont aidé à enrichir la pratique mondiale non seulement contre ce mal, mais aussi contre d’autres infections contagieuses, ont admis en République Dominicaine diverses organisations.

Ce fait a été reconnu par des représentants de l’Organisation Panaméricaine de la Santé (OPS), du Fond des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF) et les autorités sanitaires d’Haïti et de la République Dominicaine.

Présents à un atelier organisé dans la capitale dominicaine pour l’échange d’expériences entre les autorités sanitaires de la République Dominicaine, d’Haïti et de Cuba, des représentants de l’OPS et de l’UNICEF ont salué les résultats obtenus par la stratégie cubaine dans le traitement du choléra, maladie grave d’origine bactérienne qui provoque des épidémies.

Les docteurs Lorenzo Somarriba, chef de la Brigade médicale cubaine en Haïti, et Félix Ponce, membre de cette brigade, ont expliqué à Prensa Latina la raison de leurs avancées dans le pays le plus pauvre d’Amérique, frappé la même année par un séisme dévastateur et l’épidémie de chloéra contre laquelle il se bat encore.

La recherche active

Une nouvelle expression s’est ajoutée au vocabulaire médical haïtien, « la recherche active », concept inventé par les toubibs cubains et qui recommande de ne pas attendre que les malades viennent dans les centres d’assistance médicale, mais plutôt que les médecins sortent en quête de patients potentiels.

Somarriba a révélé qu’un jour, alors qu’il rendait compte de l’état de la campagne contre le choléra en Haïti, le leader historique de la Révolution cubain, Fidel Castro, a proposé à la Brigade médicale de sortir à la recherche des malades, de détecter le mal à son origine.

Par cette stratégie seulement, 5342 patients qui ne s’étaient pas rendus dans les centres d’assistance médicale ont été sauvés et sans cela ils auraient contribué à propager la maladie, a signalé Somarriba.

Il a ajouté que dans le cadre de ce travail, 292 875 logements ont été visitées et 1,4 millions de personnes ont été contactées dans 471 communes et 4654 sous-municiplaités de tout le territoire haïtien.

Durant les visites des différentes régions d’Haïti, 159 000 rencontres avec la population ont été organisées, et 264 000 consultations en tête à tête, avec une participation totale de plus de 3 millions de personnes, qui ont reçu des conseils sur la prévention et le traitement de la maladie, a-t-il expliqué.

Evaluation sur le terrain

La prestigieuse revue The Lancet, des Etats-Unis, a publié récemment une évaluation sur l’évolution de l’épidémie de choléra en Haïti.

Dans cette édition, les docteurs Jason R. Andrews et Sanjay Basu ont proposé l’hypothèse que la prévalence du choléra en Haïti fait partie du « cours naturel de l’épidémie » et non d’une « intervention réussie » pour la contrôler.

Ces médecins se sont basés sur des modèles mathématiques soi-disant nourris de données officielles sur la maladie dans diverses régions d’Haïti pour affirmer que les cas de choléra seraient « substantiellement plus nombreux que les estimations officielles » de cette année.

Selon les auteurs de l’article, seule la combinaison de l’eau propre, de l’évacuation et de l’accès étendu aux antibiotiques peut éviter des milliers de morts.

Les experts sur le terrain, a répondu Somarriba, tant ceux de l’OPS que ceux du Ministère Cubain de la Santé Publique, ont estimé qu’il y avait 200 000 cas au premier trimestre de l’année et la même quantité durant les neuf mois suivants, pour un total de 400 000 infectés en 2011.

Les chercheurs de l’Université John Hopkins, cependant, doublent quasiment ce chiffre, proposant en supplément un traitement par les vaccins et les antibiotiques, thérapie très chère pour un pays aussi pauvre qu’Haïti et guère plus efficace que l’assainissement de l’eau avec des pastilles aquatablets avec 40% de chlore et des sels minéraux. Les antibiotiques, a-t-il dit, sont trop coûteux et font que la bactérie du Vibrio cholerae, nom scientifique de la maladie, développe une résistance.

D’autre part, The Lancet a été une des publications qui a le plus apporté d’arguments dans ce sens, a ajouté Somarriba.

Chaque tablette coûte un peu moins de deux cents de dollars et elles sont efficaces pour rendre l’eau potable, surtout dans les zones rurales d’Haïti.

Les pays pauvres doivent aspirer à l’eau potable, non à acheter des antibiotiques hors de prix qui créent une résistance de la maladie, a affirmé Somarriba.

L’intelligence permettra de gagner la guerre

Les coopérants cubains sont arrivés en Haïti il y a douze ans, dans le cadre d’un projet de coopération pour aider et structurer un système national de santé.

Ce programme a du être refondu après le séisme du 12 janvier 2010, pour inclure les soins aux 1,5 millions de victimes et la reconstruction des centres de santé.

Dans cet effort, la participation et les ressources du Venezuela comme d’autres pays parmi lesquels la Norvège, le Brésil et la Namibie, ont joué une rôle important.

Ce programme inclut la construction d’hôpitaux communautaires de référence, de centres de santé de divers types et la création d’un système de vigilance épidémiologique et de contrôle environnemental en Haïti.

Le système de vigilance utilisera le réseau de Cuba et du Venezuela, comptera 28 sites sentinelles qui surveilleront le comportement des maladies, surtout infectieuses.

Une des unités du HCR à Mirebalais, est celle qui a tiré la sonnette d’alarme au moment de l’apparition de cas de choléra, parce que c’est là qu’on a découvert les premiers malades.

La brigade comptait au départ 510 membres du contingent de médecins spécialisés en situations de désastres et de graves épidémies « Henry Reeve » et elle a finit par compter un total de 1300 collaborateurs sous une direction unique.

Cette force, a expliqué le docteur Somarriba, a permis d’apporter une assistance dans 67 installations, presque toutes mises en place sous des tentes, mais avec tous les équipements nécessaires.

Dans cette stratégie contre le choléra, ont été formés 50 groupes de recherche active.

Une juste reconnaissance

1200 médecins cubains travaillent de manière solidaire dans les communautés les plus éloignées d’Haïti pour éradiquer le choléra, a dit Lilian Reneau-Vernon, représentante de l’OPS en République Dominicaine.

Ils ont d’abord soigné les victimes de tremblement de terre, et pour sa lutte contre le choléra, la brigade médicale a été décorée de la plus haute distinction qu’octroie l’Etat haïtien, par l’ex-président René Préval, a souligné Reneau-Vernon.

Le Minsitre de la Santé de la République Dominicaine, Bautista Rojas Gomez, a appelé de ses vœux une augmentation de la coopération et des échanges d’expériences, citant comme un exemple le travail solidaire de Cuba en Haïti.

Il a également rappelé que grâce à la détection précoce de la maladie, cela a permis à la République Dominicaine de mieux s’informer sur ses caractéristiques et de prendre des mesures avant que ne soit découvert le premier cas de choléra dans ce pays.

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