Le destin du socialisme dépend de la cutlure, par Omar Valiño

L'auteur est vice-président de l'UNEAC, l'Union Nationale des Ercivains et des Artistes de Cuba

source : Trabajadores, 01/06/2011

traduit de l’espagnol par Marc Harpon pour Changement de Société

Ce jeudi 30 Juiller, la Bibliothèque Nationale José Martí, comme cela s’est passé cinquante ans plus tôt, s’est remplie d’artistes et d’écrivains concoqués pour, entre autres, trouver les meilleures façons de mettre la culture au service de la Révolution. Aujourd’hui les circonstances sont différentes, mais les hommes et les femmes, entre les mains desquelles se trouve le futur d’un projet qui a lui aussi évolué, réaffirment leur appui à la Révolution. Trabajadores se fait écho de l’Intervention d’Omar Valiño (né à Santa Clara en 1968), écrivian, professeur et critique de théâtre prestigieux parmi les intellectuels cubains, dont nous reproduisons les paroles ci-dessous.

A mes enfants, José Julián et Nicolás

Ma génération n’était pas encore mûre. Tous ceux qui la composent n’étaient même pas encore nés, mais nous avons eu le privilège de bénéficier, depuis que nous sommes enfants et adolescents, de la rectification et de l’enrichissement profonds d’une politique culturelle, non pas formée, mais bien ébauchée dans ce salon il y a 50 ans.

Réduit à des mots célèbres, Palabras a los Intelectuales– le discours fait par Fidel en conclusion de ses trois rencontres de juin 1961, dont nous célébrons aujourd’hui l’anniversaire- se lit un demi-siècle après comme un instrument riche en enseignements sur la politique Culturelle de la Révolution ; un document dont la richesse dépasse de beaucoup les limites précises indiquées dans le titre. Ils sont une mine qui dispense des leçons jusqu’à aujourd’hui.

Fidel a fait preuve des vertus appropriées à l’ouverture d’un dialogue : sensibilité, justice, critique, vérité, bon sens politique, fermeté des principes et transparence. Aujourd’hui, partout où surgit un différend quelconque, cette façon de dialoguer et de convaincre, la formation et l’absence de préjugé doivent primer sur la force. Désaliéner toutes les relations est la meilleure façon d’assurer la continuité, sur la base de la liberté, de la démocratie, des rapports horizontaux, et des échanges participatifs.

Fidel propose la Révolution comme un processus, en dernière instance, de construction culturelle qui doit permettre, d’un côté, d’améliorer les conditions des vie et de travail des écrivains et des artistes, et de l’autre, élargir la diffusion de la culture au-delà des secteurs réduits de la population qui profitent de l’art et de la littérature. Aujourd’hui nous pouvons reconnaître facilement que la production tant en quantité qu’en qualité de la culture cubaine actuelle est le résultat d’une accumulation historique favorisée par la Révolution, alors que se développe une demande sociale croissante d’une culture conçue comme un droit acquis.

Le prestige de la création artistique au sein de la nation atteint des sommets extrêmement élevés. Le mouvement culturel est le centre de la vie sociale et politique.

Les choses sont ainsi. Il est question d’un être humain différent de la nouvelle aliénation capitaliste- dont le sceau s’imprime précisément non seulement à travers des relations de production, mais aussi de l’hégémonie d’une asservissante superstrucutre pseudo-culturelle ; d’un être pensant dont le discernement intègre jusqu’à la dimension esthétique, pour la compréhension la plus profonde et la plus complexe du monde. Nous devons rendre inséparables l’éthique et l’esthétique. Nous ne pourrons gagner sur ce terrain qu’en tant que nous contribuerons à une qualité de vie qui soit aussi « qualité des émotions ».

Pour parvenir à cela, l’art joue un rôle fondamental. Nous ne pouvons voir l’économie et la culture qu’en tant qu’éléments complémentaires, à l’intérieur d’une économie plus productive et organisée, mais construite, à son tour, par des hommes et des femmes dignes et instruits. En définitive, nous sommes plus les enfants d’une forte hégémonie sociale et d’une éducation familiale que d’une économie solide qui, cependant a quand même la valeur -immense à mes yeux- d’exister suivant des politiques au service de cette hégémonie sociale et d’être créatrice de valeurs.

L’art peut ne rien produire parce qu’il déploie quelque chose d’incommensurable (comme l’est l’art lui-même) et qui ne provient d’aucun atelier, d’aucune boutique, d’aucune usine de cette foutue planète : il produit et réalise le bonheur. Il le fait quand il entrevoit la joie ou la tendresse.

La reconnaissance dans toute l’île de la nécessité de l’art pour l’être humain, est un luxe, un privilège que nous avons, non un malheur dont il faudrait s’occuper comme d’un mal, mais une grande conquête cubaine à laquelle nous ne pouvons pas renoncer. Parce que cela en dit long sur notre développement humain. C’est un élément de la complexité et de la plénitude à laquelle nous sommes parvenus, justement, par ce processus culturel révolutionnaire ininterrompu et dont la fibre la plus fine touche l’âme à travers l’art.

Rien ne doit nous réduire à de fausses dichotomies. Aucune velléité technocratique ou comptable ne doit nous faire perdre le Nord. Parce que la boussole doit toujours être cette plénitude de l’être humain, le culte sacré de la pleine dignité de l’homme.

La culture doit être régie, étant donné qu’elle se manifeste dans des directions variées, comme une exception du point de vue économique. Sans renoncer aux dividendes probables sur le plan pratique ( avec de nombreux créneaux encore à explorer), la culture est, et doit être, une sphère protégée par l’État. Cela seul garantit le niveau qualitatif de la tradition et de sa rénovation pour la construction de nouvelles identités.

Construire un pays meilleur, sur des piliers plus rationnels est extrêmement urgent, mais sans jamais renoncer aux rêves et aux « impossibles » qui sont le ciment de notre nation, de notre socialisme et de la pensée de Martí et de Fidel. C’est la quête des « impossibles » qui explique que nous soyons là et que nous soyons ce que nous sommes aujourd’hui.

Dans son travail indubitable pour l’unité, Fidel préfigure l’Union des Écrivains et Artistes de Cuba (UNEAC) dans le dernier moment des Palabras a los Intelectuales. Au nom de l’UNEAC, qui va bientôt célébrer ses 50 ans, nous voulons te remercier, Fidel, de nous avoir fait savoir combien valait le pays de nos pères et de nos mères, pour avoir défié le monde malgré notre petitesse, pour avoir fait primer l’esprit collectif sur l’individuel sans renoncer à être nous-même, pour nous avoir donné l’orgueil sans nous avoir rendus vaniteux, pour avoir donné à cette petite île pleine de grandeur une place sur le globe terrestre.

Le temps et l’histoire mesureront ton œuvre – comme tu l’as souhaité très tôt- parce que dans tout ce qui se fait de bien, dans tout rêve accompli, il y aura la dimension utopique que tu as imprimée dans nos corps.

Devant la muraille de tes années, déjà proches des 85, et sur la plaque posée en ce même lieu il y a un demi-siècle, les écrivains et les artistes révolutionnaires, nous te disons, ce que tu nous as dit une fois à Santiago, Merci, Fidel.

Un commentaire

  1. Quand une société est solidaire, que les besoins vitaux sont assurés pour tous, sans exception, il y a ensuite la place légitime qui revient à chacun : jouir de la vie, transcender celle-ci par l’art, un art populaire et surtout pas un art réservé à une élite insensible à la misère qui l’entoure. Quand le soucis premier n’est plus de se nourrir, se loger, de se reposer, de se soigner, alors l’esprit humain peut s’épanouir dans la création artistique et la joie de vivre, qualité reconnue du peuple cubain.


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