Ce que l’affaire Strauss- Kahn m’apprend sur….le cas Luis Posada Carriles, par Marc Harpon

Luis Posada Carriles s'est confié à une journaliste du New York Times et a publié une autobiographie faisant le récit de ses méfaits.


Je ne prétends pas qu’il y ait une parenté quelconque entre les deux affaires. Posada Carriles est un assassin et un terroriste, et Dominique Strauss-Kahn un personnage dont je n’apprécie pas la ligne politique mais qui, s’il est effectivement coupable des crimes qui lui sont reprochés, n’a quand même pas à son actif l’exécution sommaire de 73 personnes. Pourtant, certains détails de l’affaire Strauss-Kahn me rappellent un peu le cas Luis Posada Carriles. Les mensonges sur les formulaires d’immigration n’ont pas la même gravité suivant qu’on est femme de chambre ou boucher de la CIA.

La Farce d’El Paso

Le public français ignore tout de Luis Posada Carriles. Il s’agit d’un ancien agent de la police du dictateur Fulgencio Batista, qui s’est reconverti ans l’action terroriste et ensuite dans la stratégie anti-insurrectionnelle déployée par les Etats-Unis en Amérique Latine. Connu sous le pseudonyme de Commissaire Basilio, il a dirigé en personne la torture de nombreux militants de gauche, au Venezuela notamment. Un exemple : Brenda Esquivel, qui fait partie d’une association de victimes vénézuéliannes de la torture, raconte comment, alors qu’elle était enceinte de 8 mois, elle a perdu son bébé quand Posada, avant de la libérer, à ordonné à ses hommes : « « Finissez-en avec cette mauvaise graine avant qu’elle ne naisse ».

Mais Poasada Carriles est aussi l’auteur de l’attentat de la Barbade. Vous ne savez pas de quoi je parle ? Soit vous êtes français soit vous êtes con, un peu comme ces touristes qui s’autoproclament spécialiste des « dictatures d’Amérique Latine » après avoir passé trois jours à se chercher un jinetero ou une jinetera à ramener à l’étranger. Le 6 octobre 1976, un avion cubain, avec 73 personnes à son bord, dont l’intégralité de l’équipe d’escrime junior de l’île révolutionnaire, décolle de l’île de la Barabde, avant…d’exploser en plein vol.

L’attentat est très vite reconnu comme un coup des anticastristes, aussi bien par les autorités de la Barbade que par les autorités cubaines et vénézuéliennes. L’avion faisait escale à la Barbade avant de se diriger vers le Vénézuéla. Pendant l’escale, deux hommes descendent de l’avion après y avoir laissé des explosifs : des employés d’une entreprise vénézuélienne dirigée par Posada Carriles et servant de couverture à son sale boulot. Ils témoigneront par la suite que Posada Carriles a planifié personnellement l’opération.

Et ce n’est pas la seule affaire. Sans vouloir trop vous assommer, je vous conseille de chercher sur Internet le nom de Fabio DiCelmo, un touriste italien tué dans l’explosion d’une bombe à La Havane en 1997, une bombe dont les français n’ont pas entendu parler, puisque la joyeuse troupe d’idiots que nous sommes ne veut pas savoir ce qu’est l’anticastrisme. Derrière la mort du jeune Fabio, une fois n’est pas coutume, il y a Luis Posada Carriles.

Posada Carriles vit aujourd’hui librement parmi les cubains « exilés » à Miami, protégé par les secteurs d’extrême droite qui imposent leur point de vue à de larges secteurs de la communauté cubaine-américaine à coups de millions investis dans la presse. Il est entré illégalement sur le territoire étasunien, et, le formulaire d’immigration qu’il a rempli comportait de fausses déclarations. Face aux demandes d’extraditions concernant cet homme recherché par toutes les polices d’Amérique Latine, les Etats-Unis ont été forcés d’agir et d’arrêter de le protéger. Ils ont décidé de le poursuivre pour…avoir menti sur son formulaire d’immigration ! Le procès a commencé le premier janvier 2011 à El Paso, au Texas, dans le silence des médias.

Monsieur Posada Carriles personne ne vous reproche d’être un terroriste et un tortionnaire, ce qu’on vous reproche, c’est de ne pas l’avoir indiqué dans votre formulaire d’immigration. Vous comprenez, nous connaissons bien vos activités. Quand même, quand vous avez été arrêté (avant votre évasion) au Vénézuéla, vous aviez sur vous le numéro personnel du père Bush. Mais, voyez-vous, les formalités administratives, sont obligatoires, même pour nos amis terroristes, et il faut s’en acquitter avec soin.

Violence symbolique : la femme de chambre face aux enquêteurs

Après cette parodie de procès, où Posada a fini, bien entendu, par être acquitté, Monsieur Posada s’est vu remettre les clés de la ville de Hialeah, dont le maire a décrété que le Jour du Drapeau des Etats-Unis, le 14 Juin, serait officiellement célébré dans sa ville comme le Jour de Luis Posada Carriles. Ce n’est donc pas si grave de mentir sur un formulaire d immigration quand on a du sang cubain sur les mains. En revanche, quand on est une femme de chambre immigrée africaine, c’est tout autre chose. Là, le mensonge devient grave. On perd toute crédibilité. On a désormais officiellement le droit de violer une femme de chambre africaine, si on s’est assuré au préalable qu’elle avait menti aux services de l’immigration.

Je m’égare un peu, là. Je ne prétends pas condamner monsieur Strauss-Kahn avant qu’il ne soit jugé. Mais je m’interroge : qu’est-ce qui m’empêche de mentir un jour et de dire la vérité le lendemain ? Par ailleurs, on sait très bien que les gens mentent quand il s’agit de remplir des documents officiels. Combien d’entre vous n’ont jamais falsifié de documents pour obtenir un logement social ou contourner le principe d’égalité républicaine que défend la carte scolaire ? Imaginez que des parents aient produit de faux documents et rassemblé tout le mensonge dont ils sont capables pour qu’une Commission d’appel envoie leur enfant dans le collège le moins populaire possible. Direz-vous qu’ils perdent toute crédibilité si, suite à une faute grave de leur enfant, ils souhaitent s’exprimer en sa faveur devant un Conseil de discipline ?

Personnellement, je pense que oui. Mais ce n’est pas ce que vous pensez, si du moins vous avez la longueur de vue du français moyen. Alors pourquoi diable accepteriez-vous ce qu’on nous sort, à savoir que les mensonges passés de l’employée du Sofitel lui font perdre sa crédibilité présente? Elle s’est inventé un viol collectif en Guinée comme vous vous inventez des origines chinoises pour justifier une demande de langue rare, dont l’objectif secret est de permettre à votre enfant d’entrer à l’école des bourgeois de centre-ville- dans mon langage, l’école des salauds.

Eh quoi ? Que la victime présumée ait dit à son copain qu’elle comptait gagner de l’argent grâce à cette affaire, prouve que c’est un coup monté par une semi-délinquante de bas étage ? Ah bon ? Alors pour vous, une femme de chambre violée doit chérir sa misère et pleurer dans son coin, et surtout ne pas sauter sur l’occasion et d’obtenir que justice soit faite tout en améliorant sa condition ? Je ne crois pas que ce soit très moral de mêler ce type de considération, et le droit américain, si je ne me trompe pas, est d’accord avec moi sur ce point. Mais que cela ne soit pas moral n’implique pas que cela ne soit pas compréhensible.

Et là, vous allez mentionner les différentes versions données par la plaignante. Très bien, faisons ça. Elle s’est ravisée sur certains points. Et alors ? Vous pensez que c’est facile ? Elle a bien dit qu’elle avait oublié de dire certaines choses. Pourquoi ne pas prendre en compte cette version. L’oubli rend-t-il suspect ? Vous savez très bien ce que parler veut dire : vous avez tous déjà remarqué la différence de ton du bon policier blanc quand il s’adresse au jeune noir un peu mal dégrossi. Vous avez tous pu constater la façon dont un journaliste s’adresse à un expert en costard, et l’attitude qu’il a sur la même question, quand il interroge un syndicaliste ouvrier qui n’a pas la langue châtiée des universitaires. Vous savez très bien que le rapport entre le dominant et le dominé est un rapport de violence symbolique, où l’intimidation fait que le dominé perd une partie de ses moyens. Pensez à vous -même quand, tout à coup, vous avez la langue pâteuse, quand vous vous mettez à bégayer, ou quand vous avez des sueurs froides parce que vous êtes face à un examinateur ou à un recruteur dont les décisions vont altérer radicalement votre existence. Vous êtes sûr que vous n’oublieriez pas de dire ou de faire quelque chose ?

S’il s’avérait que les accusations portées contre DSK sont fausses, attendez-vous à un procès sans pitié pour parjure ! Et à une condamnation exemplaire. Normal, non ?Si vous êtes une femme noire africaine salariées le moindre détail vous prive de crédibilité. On aura envie de faire abstraction de tout ce qui pourrait vous donner raison. Et si vous avez tort, on vous fera payer votre mensonge un bon million de fois. Si en revanche vous êtes un terroriste anticastriste, préparez-vous à finir paisiblement vos jours sous le soleil de la Floride, comme l’a fait Orlando Bosch, complice et ami de Posada Carriles. On risque de vous reprocher vos mensonges pour la forme, mais on vous promet de vous acquitter. C’est cela, le rêve américain.

source : Changement de Société

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