Se mettre à l’école du Royaume-Uni par Martin Hart-Landsberg

source : Reports from the Economic Front

traduit de l’anglais par Marc Harpon pour Changement de Société

Martin Hart-Landsberg est Professeur d’Economie et Directeur du Programme d’Economie Politique de Lewis Clark Colleg, Portland, Oregon et chercheur associé à l’INstitut pour les Sciences Sociales à Gyeongsang National Université, en Corée du Sud. Il est également membre du Workers’s Rights Board (Portland Oregon).Cet article compare l’actuelle situation du Royaume-Uni avec les pronostics faits en Octobre 2010 par Paul Krugman pour inviter les américains à ne pas céder aux mêmes sirènes conservatrices.

L’économie étasunienne n’est pas la seule à subir la crise. Cela signifie qu’il y a des choses qu’on peut apprendre d’autres pays. Prenez le Royaume-Uni par exemple.

Le Royaume-Uni fait face à beaucoup des problèmes que nous avons. Et le gouvernement britannique a décidé de répondre à ces problèmes avec beaucoup de politiques aussi défendues par nos dirigeants politiques conservateurs : réduction des dépenses publiques et diminution de l’emploi et des salaires du secteur public. En fait, les plans britanniques appellent à six années consécutives de diminution des dépenses. Comme l’explique Paul Krugman :

La Grande-Bretagne, comme l’Amérique, souffre des conséquences de la bulle immobilière. Ces problèmes sont décuplés par le fait que Londres soit un centre financier international : la Grande-Bretagne en est venue à trop dépendre des profits issus du maquignonnage pour faire marcher son économie- et sur les impôts sur l’industrie financière pour financer les programmes gouvernementaux.

La dépendance excessive vis-à-vis de l’industrie financière explique largement pourquoi la Grande Bretagne, qui est entrée dans la crise avec une dette publique relativement faible, a vu son déficit budgétaire monter en flèche jusqu’à 11% du PIB- légèrement pire que le déficit étasunien. Et il n’y a pas de doute que la Grande-Bretagne devra finir par équilibrer ses comptes par des coupes dans les dépenses et des hausses d’impôts.

Le terme essentiel ici, devrait toutefois être « finir  par ». L’austérité fiscale plongera l’économie plus profondément dans la dépression à moins qu’elle ne soit compensée par une baisse des taux d’intérêts. A l’heure actuelle, les taux d’intérêts en Grande-Bretagne, comme en Amérique, sont déjà très bas, avec peu de marge de manœuvre pour des baisses ultérieures. La chose raisonnable, donc, est de concevoir un plan pour remettre de l’ordre dans la maison fiscale nationale, tout en attendant une solide reprise économique avant d’agiter la menace du couperet.

Mais les tendances à la mode, presque par définition, ne sont pas raisonnables- et le gouvernement britannique semble prêt à oublier les leçons de l’histoire.

Le nouveau budget annoncé mercredi [le 20 Octobre 2010] tout comme la rhétorique qui a accompagné l’annonce aurait pu venir tout droit du bureau d’Andrew Mellon, le Secrétaire d’Etat au Trésor qui avait dit au Président Herbert Hoover de combattre la Dépression en liquidant les fermiers, liquidant les ouvriers, et en baissant les salaires. Ou si vous préférez des précédents plus britanniques, la situation fait écho au budget Snowden de 1931, qui a essayé de restaurer la confiance mais a fini par approfondir la crise économique..

Le plan du gouvernement britannique est courageux, disent les experts- et il l’est. Mais il va courageusement dans la mauvaise direction. Il diminuera l’emploi public de 490 000 postes- l’équivalent de presque 3 millions de licenciements aux États-Unis- à un moment où le secteur privé n’est aucunement en position de fournir des emplois de substitution. Cela coupera les dépenses à un moment où la demande du secteur privé n’est pas du tout mobilisée.

Pourquoi le gouvernement britannique fait-il cela ? La vraie question a beaucoup à voir avec l’idéologie : les Tories utilisent le déficit comme une excuse pour réduire l’Etat providence. Mais la rationalisation officielle dit qu’il n’y a pas le choix […]

Que va-t-il se passer maintenant ? Peut-être que la Grande-Bretagne aura de la chance, et que quelque chose viendra sauver l’économie. Mais la meilleure hypothèse est que la Grande-Bretagne en 2011 ressemblera à la Grande-Bretagne en 1931, ou aux États-Unis en 1937, ou au Japon en 1997. C’est-à-dire que l’austérité financière prématurée conduira à un nouvel effondrement économique. Comme toujours, ceux qui refusent de tirer les leçons du passé sont condamnés à le reproduire.

Sans surprise, le résultat de ce plan d’austérité a été un nouveau déclin économique. Comme le montre le graphique ci-dessous, l’économie britannique est en fait retombée dans la récession durant les trois derniers mois de 2010, souffrant d’une contraction de 0,5%.

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En dépit de ce résultat, le gouvernement, d’après la BBC, reste déterminé à mener sa politique d’austérité :

Le chancelier George Osborne, a dit que les chiffres étaient décevants.

Mais il a ajouté que le gouvernement ne « dévierait » pas de son programme d’austérité.

Les chiffres poussent à l’inquiétude concernant les perspectives de l’économie, avec de larges coupes dans les dépenses publiques attendues plus tard cette année.

La rédactrice en chef chargée de l’économie à la BBC a dit que les gens avaient raison de s’inquiéter de savoir d’où viendrait la croissance du Royaume-Uni en 2011, en particulier dans la mesure où une inflation plus élevée que prévue a porté un coup supplémentaire au budget des ménages.

Michael Roberts fournit la synthèse mise à jour ci-dessous des tendances économiques :

L’ économie de la Grande-Bretagne a du mal à se remettre de la Grande Récession de 2008-2009. Tandis que la profitabilité n’est pas rétablie, les ténors des affaires britanniques refusent toujours d’investir. Au cours du premier trimestre 2011, l’investissement brut en capital fixe s’est effondré à 4,4% par rapport au dernier trimestre de 2010, tandis que la consommation des ménages est tombée de 0,6 %. Plus significatif encore, l’investissement des entreprises, en dehors des biens immobiliers, est tombé à 7,1% (l’investissement industriel est tombé à de 1,1%). Pour en rajouter, elles préfèrent investir à l’étranger ou spéculer sur les marchés des titres plutôt que d’investir pour augmenter la production ou l’emploi au Royaume-Uni. Et pendant que cela continue, les ménages britanniques continueront à souffrir de baisses significatives de leur niveau de vie moyen.

Les dépenses des ménages sont sur le point de faire l’expérience de leur plus lente reprise après récession depuis 1830, d’après les économistes. Les consommateurs britanniques dépenseront à peine plus en 2015 qu’avant la crise financière de 2008. Dans les 18 récessions majeures subies par le Royaume Unie depuis 1830, moment où on commença à enregistrer les crises, les données de la Banque d’Angleterre montrent que les dépenses des consommateurs ont en moyenne atteint 12% de leur pic antérieur à la crise dans les sept années qui ont suivi celle-ci. Mais les prévision du Bureau pour la Responsabilité Budgétaire du Royaume-Uni placent les dépenses en 2015 à seulement 5,4% au-dessus du pic de 2008, la plus lente reprise de toutes les périodes post-récession de ce type. Après les récessions du début des années 1980 et des années 1990 les dépenses des ménages étaient respectivement de 20% et de 15% supérieures.

Que les ménages dépensent si difficilement n’est pas surprenant, étant donné que le ménage britannique moyen fait face à la plus grosse chute de revenus en 30 ans. Le revenu moyen pourrait baisser de 3% cette année, la baisse la plus abrupte depuis 1981, ramenant les ménages aux niveaux de 2004-2005. L’Institut pour les Études Fiscales a affirmé que le revenu net moyen a en réalité augmenté durant la récession, du fait d’une inflation basse et d’avantages sociaux plus nombreux. Mais l’analyse de l’Institut suggère que les effets de long terme de la récession et une inflation plus élevée vont bientôt comprimer les revenus. Les bas salaires se multiplient et l’effet corrosif d’une inflation en hausse signifie qu’il est « entièrement possible » que le revenu revienne cette année aux niveaux d’il y a six ans. Même la Banque d’Angleterre a prévenu que les ménages britanniques faisaient face à une coupe significative dans leur pouvoir d’achat, alors que l’inflation va vers un taux annuel de 5%.

Donc, une leçon qu’on peut tirer de l’étude du Royaume-Uni est de ne pas adopter des politiques budgétaires conservatrices. Une autre est qu’il y a des alternatives à l’autre solution politique convenue, qui consiste à simplement maintenir le niveau des dépenses, et espérer une résurrection magique de la chance économique.

Par exemple, les militants écologistes britanniques et plusieurs syndicats nationaux font la promotion d’une campagne franche et effective pour créer un million d’emplois verts pour le climat. Comme le dit l’alliance :

Pour trouver des solutions à la crise du climat et à la récession, nous avons besoin de plus de dépenses publiques, à l’opposé de la politique de l’actuel gouvernement. Nous avons des gens qui cherchent du travail et du travail à faire. Un million d’emplois pour le climat au Royaume-Uni ne résoudront pas les problèmes économiques. Mais cela tirera un million d’être humains du chômage et les mettra au travail pour sauver l’avenir.

Leur plan distingue attentivement les emplois pour le climat (qui réduisent les gaz à effet de serre) et les emplois verts (qui peuvent désigner presque n’importe quoi). Plus spécifiquement, il appelle à la création d’un million de nouveaux emplois publics et d’un Service National pour le Climat pour les employer, souligne le type de travail qu’il faudrait faire, et présente un plan pour financer tout cela qui ne repose pas sur l’augmentation du déficit national.

Dans les termes de l’alliance :

Nous voulons un million de nouveaux emplois, pas ceux que des gens exercent déjà. Nous ne voulons pas ajouter les emplois existant et les nouveaux et affirmer que maintenant nous avons un million d’emplois pour le climat. Nous ne voulons pas d’emplois avec un label climatique, ou un aspect climatique. Nous ne voulons pas d’anciens emplois avec de nouveaux noms, ou avec « durable » inséré dans l’intitulé du poste. Et nous ne voulons pas des emplois de la « finance du carbone ».

Nous voulons de nouveaux emplois maintenant. Nous voulons que le gouvernement commence par employer 83 300 travailleurs par mois dans des emplois pour le climat. Puis, en douze mois, nous aurons créé un million d’emplois.

Nous voulons des emplois publics. C’est une nouvelle idée. Jusqu’à maintenant la politique de l’Etat, avec le Labour comme avec les Conservateurs, a été d’utiliser les subventions et les allègements fiscaux pour encourager l’industrie privée à investir dans les énergies renouvelables. L’approche traditionnelle est d’encourager le marché. Cela est trop lent et inefficace. Nous voulons quelque chose de plus, à la façon dont l’Etat gérait le Service National de Santé. En effet, le gouvernement met en place un Service National du Climat et emploie du personnel pour faire le travail qui doit être fait. La politique de l’État a aussi été d’accorder des aides et des prêts aux gens pour isoler et rénover leurs maisons. Au lieu de cela, nous voulons envoyer des équipes de travailleurs du BTP pour rénover la maison de chacun, rue après rue, nous voulons que l’État construise des fermes éoliennes, des chemins de fer, et mette des bus dans les rues.

L’emploi direct par l’État signifie des emplois permanents, flexibles et sûrs. Les travailleurs ayant un nouvel emploi pour le climat ne resteront pas toujours à faire ça, mais ils seront formés à nouveau quand le besoin se fera sentir d’un nouveau genre de travail.

Je recommande vivement de lire leur plan.

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