Les pourparlers de guerre n’ont pas cessé, par Barbara Slavin


source : Asia Times, vendredi 10 Juin 2011

traduit de l’anglais par Marc Harpon pour Changement de Société

Changement de Société ne partage pas l’optimisme de l’auteure concernant les intentions étasuniennes. L’analyse est par ailleurs centrée sur les relations des Etats-Unis et de la République Islamique, et, mise à part la mention d’Israël, occulte totalement la question du contrôle de la région, dont dépend l’Oncle Sam pour ce qui est de l’approvisionnement en pétrole. Il n’est par ailleurs fait aucune mention de la crise économique mondiale, et des risques de guerre dont elle est porteuse, risques en partie déjà réalisés. L’article montre cependant bien comment la menace d’une guerre avec l’Iran, annoncée depuis un an par le Commandant Fidel Castro, est loin d’être écartée. (Note de Marc Harpon).

La possibilité d’une attaque militaire étasunienne ou israélienne contre les installations nucléaires iraniennes semble minuscule dans les derniers mois du premier mandat de Barack Obama.

Les États-Unis sont concentrés sur les questions de politique intérieure, la réduction des opérations en Irak, en Afghanistan et en Libye, la stabilisation de démocraties naissantes en Égypte et en Tunisie. Israël est préoccupé par les soulèvements arabes et les nouvelles manifestations de pouvoir populaire des palestiniens, à l’intérieur et à l’extérieur de la Cisjordanie et de Gaza.

Pourtant, la guerre ne peut pas être exclue, d’après des spécialistes de la région, qui disent que l’invocation persistante de « l’option militaire » par certains fonctionnaires étasuniens et israéliens pourrait inhiber les initiatives d’ordre diplomatique.

L’amiral à la retraite William « Fox » Fallon, qui a démissionné de son poste de chef du Commandement Central étasunien en 2008, après qu’un portait dressé par le magazine Esquire l’a décrit comme opposé à une frappe militaire en Iran, a dit à un auditoire de Washington mardi que, bien qu’il y ait peu de chance qu’ait lieu une « frappe préventive », « j’ignore totalement » si une telle frappe arrivera ou non.

« Le problème était et est encore l’attention incessante portée au conflit, au conflit par-ci, au conflit par-là » a-t-il dit au Symposium de l’American Iranian Council, un groupe qui défend la guerre contre l’Iran. « Nous devrions travailler dur pour porter notre attention sur autre chose, sur des choses qui nous conduiraient autre part » dans notre relation avec l’Iran, a-t-il affirmé.

Une étincelle susceptible de mettre le feu aux poudres serait constituée par des échanges de tir dans les eaux proches de l’Iran du Golfe Persique.

Fallon a dit que durant les nombreuses années où il a été stationné dans la région comme pilote de la marine et comme commandant, les interactions étasuniennes avec la marine classique iranienne étaient « d’après l’expérience que j’en ai, très professionnelles. Le problème pour nous ces derniers temps est que les CGIR [Corps de Garde Islamique Révolutionnaires] se sont invités de plus en plus souvent et qu’ils ne se comportent pas comme on le souhaiterait. Ils ont été irrespectueux à certains égards »

« A plusieurs occasions, quand j’étais le commandant, nous avons eu des échanges de tirs qui n’étaient pas absolument nécessaires » a ajouté Fallon. « Ces possibilités ne sont pas encourageantes ».

Fallon et son prédécesseur, le Général d’Armée John Abizaid, ont cherché mais ont, selon toute vraisemblance essuyé un refus, à ce que l’administration George W. Bush négocie un accord sur les « incidents en mer » qui aurait établi des procédures pour éviter que les altercations ne se changent en un conflit majeur.

« Le général Abizaid avait de très bonnes idées mais elles n’ont pas été acceptées par l’administration Bush » a déclaré le Colonel David Crist, un conseiller spécial de l’actuel chef du Commandement Central, le Général de Marine James Mattis, et l’auteur d’un livre à venir sur l’histoire des altercations militaires étasuniennes avec l’Iran.

S’exprimant mardi au même Symposium à Washington que Fallon, Crist a affirmé qu’ « il y a toujours possibilité de conséquences involontaires dans le Golfe ». Il a noté le manque de compréhension mutuel sur la façon dont sont prises les décision concernant la sécurité nationale et évoqué des exemples de « survols à la Tom Cruise » de navires étasuniens par des avions iraniens.

« Cela fait-il partie d’un plan iranien pour harceler systématiquement les États-Unis ou simplement des [actions de ] pilotes indisciplinés ? » a demandé Crist. Les Etats-Unis sont dans une « guerre froide régionale mais les moyens d’une détente ne sont pas là ».

Certains partisans de la ligne dure en Iran pourraient réellement se réjouir du conflit avec les États-Unis ou Israël, pour unifier une nation politiquement divisée.

En même temps, l’Iran continue ses progrès nucléaires provocateurs. Mardi, le Vice Président Iranien et dirigeant du projet nucléaire iranien Fereydoum Abbasi a annoncé que l’Iran installerait des centrifugeuses avancées pour produire de l’uranium enrichi à 19,75% à Fordow, une installation située à l’extérieur du centre religieux de Qom et construite sur un versant montagneux qui a été révélée par les États-Unis en Septembre 2009. Abbasi a également affirmé que l’Iran voulait tripler sa production d’uranium enrichi à 19,75% d’ici à la fin de l’année.

Tandis que l’uranium vise explicitement à alimenter le réacteur de Téhéran qui produit des isotopes médicaux, l’Institut pour la Science et la Sécurité Internationale, un groupe de recherche de Washington qui concentre son attention sur la prolifération nucléaire, a averti qu’un tel pas rendrait l’Iran capable « d’opérer plus rapidement la fission et de produire assez d’uranium de qualité militaire pour une arme nucléaire, s’il veut le faire ».

Des fonctionnaires du renseignement des Etats-Unis ont dit qu’il ne croient pas que les fonctionnaires iraniens aient pris la décision de produire une arme nucléaire. Les États-Unis n’ont pas publié la moindre preuve concluante que l’Iran ait repris la recherche militaire qui, d’après une estimation des renseignements étasuniens, s’est arrêtée en 2003.

Toutefois, Yukiya Amano, le chef de l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique, qui surveille l’industrie nucléaire mondiale, a dit lundi au conseil de l’AIEA qu’il avait reçu de nouvelles « informations liées à de possible activités nucléaires secrètes passées ou présentes qui indiquent l’existence d’une possible dimension militaire du programme nucléaire iranien ».

Le président Barack Obama, après un effort bref et sans succès pour un engagement militaire en Iran, s’est concentré sur les sanctions pour essayer de convaincre Téhéran de suspendre l’enrichissement d’uranium. La politique a échoué à atteindre son but en partie à cause des prix élevés du pétrole et de l’implication croissante de la Chine dans l’économie iranienne.

Obama a affirmé à maintes reprises qu’un Iran doté d’armes nucléaires était « inacceptable ».

Greg Thierlmann, un membre de la direction de l’Association pour le Contrôle des Armes et un expert nucléaire chevronné du Département d’Etat, a dit à Inter Press Service que, tandis qu’il pensait que les chances pour une attaque étasunienne non précédée de provocations iraniennes était « très faibles » dans les deux ans à venir, certains fonctionnaires israéliens continuent à faire pression pour une action militaire américaine.

« Certains en Israël veulent nous pousser à une attaque tandis que d’autres agitent le sabre de façon à ce que les États-Unis obtiennent plus de sanctions et ne considèrent pas la possibilité d’un dialogue avec l’Iran » a dit Thielmann.

Toute attaque contre les installations nucléaires iraniennes échouera probablement à les détruire intégralement, n’éliminera aucunement le savoir-faire nucléaire iranien et pourrait provoquer une réponse contre Israël par des partenaires de l’Iran comme le Hezbollah au Liban et contre les troupes étasuniennes en Afghanistan et en Irak.

Meir Dagan, l’ancien chef de l’agence de renseignements israélienne, le Mossad, a récemment dit qu’une frappe israélienne contre les installations nucléaires iraniennes serait « la chose la plus stupide que j’aie entendue ». Cela a provoqué une critique violente de la part du Premier Ministre Israélien Benjamin Netanyahu et du Ministre de la Défense Ehud Barak.

« Ils ne débattent pas contre la logique de son propos, a dit Thielmann. Ils débattent de son droit à parler de cela publiquement. »

Fallon a dit que la meilleure solution serait de négocier avec l’Iran mais « il faut être deux pour danser le tango ».

« On répondra mieux aux intérêts des deux peuples par le dialogue et la coopération plutôt que par l’antagonisme et l’hostilité [mais] il n’y a, dans un futur proche, aucun chemin clairement balisé vers cette possibilité souhaitable » a-t-il affirmé.

Un commentaire

  1. Les élites états-uniennses ont établi leur pouvoir par la force, le mensonge, l’intimidation et l’escroquerie….Comment pourraient-elles changer à présent ?


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