Les accords au Honduras : peuvent-ils satisfaire la droite et la gauche ? Par Saul Landau et Nelson P. Valdés

Mel Zelaya

source : Progreso Semanal

traduit de l’anglais par Marc Harpon pour Changement de Société

Quítate tu pa ponerme yo
-Chanson de Marc Anthony

Sufragio efectivo, no reelección
-Slogan politique o de Francisco I. Madero, México, 1910

Vous vous souvenez des putschistes qui ont kidnappé et exilé le Président Manuel (« Mel ») Zelaya et ceux qui ont aidé à fournir la façade de légitimité du coup d’État militaire du 28 Juin 2009 ? Presque deux ans après, ce groupe de propriétaires terriens, d’hommes d’affaires et de chefs militaires se sont joints à la majorité de l’Amérique Latine pour saluer le retour de Mel au Honduras.

Même la Secrétaire d’État Hillary Clinton et les sténographes médiatiques ont parlé du retour de Mel en 2011 comme s’il avait été l’entraîneur de footballeurs honduriens revenus victorieux de la Coupe du Monde. Pour les quelques uns qui s’en souviennent, en 2009, Mel « menaçait la démocratie » en demandant aux citoyens de voter : pour ou contre le changement de la Constitution. Washington, maintenant,t exulte- comme si cette ancienne république bannière était revenue à la place servile qui lui revient parmi les nations « démocratiques » de l’OEA.

En 2009, la même Hillary Clinton qui est aujourd’hui convertie à la célébration, a essayé de légitimer le coup d’État Hondurien. Le Département d’État s’était aligné sur les néoconservateurs, Chiquita Banana [plus connue sous le nom aux sinistres connotations de United Fruit Company, ndt], les magnats des affaires du Honduras et les fanfares militaires pour condamner Zelaya d’être passé outre la Constitution sacrée.

Hillary a oublié les condamnations vertueuses et soutient l’arrangement obtenu par son ennemi juré le président vénézuélien Hugo Chávez (socialiste) et l’allié de Washington le président colombien Juan Manuel Santos (conservateur), et le président fantoche récemment acquis par Washington, Porfirio Lobo (conservateur) et célèbre le retour de Zelaya comme un progrès.

Les putschistes n’avaient pas prévu la collaboration des gouvernements latinos-américians- progressistes et conservateurs- en dehors de l’OEA et du Giron des Etats-Unis, Mais ils aiment bien ce qui en sort. En surface, les accords ont montré que les Latinos-Américains avaient atteint le degré de maturité où, dans l’intérêt de leur région du monde, la droite et la gauche (excepté en Équateur) pouvaient s’unir en excluant les États-Unis et le Canada, afin de résoudre leurs propres problèmes. Mais derrière cette façade toute rose, se cache la même vieille alliance entre l’oligarchie locale et la Doctrine Monroe.

Comment ce miracle a-t-il eu lieu ?

Le 9 Avril 2011, en Colombie, les Présidents Santos et Chavez ont fait Lobo et Zelaya tomber d’accord- ce à quoi ni le département d’État ni l’OEA n’étaient parvenus. (L’Équateur a refusé de soutenir la suppression des sanctions de l’OEA parce que l’accord n’appelaient pas à juger ceux qui avaient mené le coup d’État et assassiné et ensuite tué et torturé des centaines de personnes).

Le 22 Mai, Lobo et Zelaya, la victime kidnappée, ont signé les Accords de Cartagena. Santos et Chavez étaient présentsé. Les deux honduriens ont accepté de respecter la constitution, de garantir le retour et la sécurité de Zelaya, avec la reconnaissance explicite de son droit à participer pleinement à la vie politique. De la même manière, ces conditions s’appliqueront aux anciens ministres de Zelaya vivant actuellement en exil.

En 2009, Zelaya a essayé d’éliminer des traits antidémocratiques institutionnalisés par la constitution en offrant aux électeurs une occasion de décider, par un référendum, s’ils voulaient changer certaines parties de cette constitution- comme la limitation dans le temps des mandats (article 234). Une telle action, craignaient Washington et l’oligarchie hondurienne, aurait permis à Zelaya d’utiliser le soutien de l’ALBA (soutenue par le président vénézuélien Hugo Chavez, l’ALBA vise à établir une alternative latino-américaine au « libre-échange ») pour obtenir des ressources capitales, qu’il aurait pu alors mobiliser directement pour améliorer le sort des pauvres du Honduras, un pas de plus vers sa possible réélection. La formule avait marché au Nicaragua, en Équateur et en Bolivie. En chassant Zelaya et en sortant le Honduras de l’ALBA, l’oligarchie Hondurienne et Washington pouvaient garder le Honduras dans les limites de l’ordre ancien.

En Janvier 2011, toutefois, les forces anti-Zelaya ont eu l’air de changer leur fusil d’épaule. Avec le soutien de Washington, le législateur a approuvé la légalité d’un référendum pour mettre un terme aux limitations des mandats, la raison même pour laquelle on avait kidnappé et exilé Zelaya. Les plébiscites et les référendum ont été déclarés kascher seulement quelques mois avant l’accord de Cartagena.

Des journalistes curieux pourraient demander : Pourquoi diable l’oligarchie qui, avec la bénédiction tacite de Washington, a détenu et exilé Zelaya pour avoir voulu un référendum afin de déterminer si le peuple hondurien voulait ou non une assemblée constitutionnelle pour ré-écrire la constitution, change maintenant d’avis et approuve des idées si entachées de péché ?

Même la Cour Suprême, qui en 2009 avait déclaré inconstitutionnelles les intentions de Zelaya, a décidé, en 2011, que ces changement étaient miraculeusement devenus légaux et carrément bons pour la r réalisation des « aspirations du peuple ». Les mécènes étasuniens déverseront des dizaines de millions dans les poches du candidat sélectionné par l’oligarchie, mais Zelaya, qui n’est plus chef d’État, n’est plus en position de recevoir les fonds de l’ALBA. Zelaya, avec la scission de son Parti Libéral, a moins de leviers d’action. Les dirigeants des structures militantes qui se sont battues pour le gouvernement Zelaya et son président de 2009 ont été sévèrement touchés par la répression et les assassinats politiques. Ils veulent que les coupables soient amenés devant la justice. Leurs demandes iront contre la « réconciliation ».

Sous les accords de Cartagena, le Honduras peut revenir dans l’OEA. Les « lourdes » accusations contre Zelaya et le n’importe quoi de juriste utilisé pour justifier le coup d’État ont disparu. (Wikileaks a révélé que l’Ambassade étasunienne à Tegucigalpa a prévenu Washington en 2009 que les soi-disant arguments légaux étaient montés de toute pièce). Le Honduras a donc souffert d’une brève interruption dans le développement autrement harmonieux de la « démocratie latino-américaine ».

Le coup d’Etat a enchanté l’oligarchie hondurienne et ses mécènes de Washington, mais le reste du monde a désapprouvé. Les insitutions financières internationales, par exemple, ont retiré ou repoussé des rpêts au Honduras. En 2010, Lobo et compagnie ont compris que les investissements n’arriveraient pas sans une « reconnaissance » officieuse et officielle.

Par le passé, les honduriens ont, on s’en doute, joué au jeu des chaises musicales ; les oligarques (le pouvoir économique) détenaient aussi le pouvoir politique au moyen des rotations électorales. Derrières les réjouissances initiales concernant les Accords de Cartagena, se cache un scénario possiblement sinistre. Les honduriens risque de faire face à nouveau au pouvoir oligarchique, mais maintenant, avec le sceau de l’approbation de l’Amérique Latine ; à moins, bien sûr, que ceux qui ont résisté au coup d’Etat puissent travailler avec Zelaya et gagner les élections avec une véritable alternative populaire. La justice pour les victimes du coup d’Etat -les morts et les victimes de tortures, toutefois, devra attendre.

Un commentaire

  1. Je pense qu’il faudra surtout voir où en est l’Union du Peuple Hondurien pour exiger les réformes par une nouvelle Constituante? Il semblerait que cette dernière reste la Revendication première exigée par les formations progressistes.Sont elles assez puissantes pour faire une forte majorité? La question est posée pour pouvoir faire face aux complots en cours des Pouvoirs Economiques et Politiques. !!!


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