Les sanctions contre le Venezuela : une histoire connue, par Jesús Arboleya Cervera

  

source : Progreso Weekly

traduit de l’anglais par Marc Harpon pour Changement de Société

L’Assistant de la Secrétaire d’Etat Hilary Clinton, James Steinberg, a annoncé la décision prise par cette dernière d’imposer des sanctions à sept compagnies étrangères, y compris Peotroleos de Venezuela (PDVSA) pour « coopération avec l’industrie énergétique iranienne », qui, d’après ce qu’a déclaré la Secrétaire d’Etat, viole l’Iran Sanction Act, promulgué par le Congrès étasunien en 1996.

Au début, cette loi concernait aussi la Libye, mais en 2006, ce pays en a été exclu grâce au certificat de bonne conduite délivré par le Président George W. Bush durant sa lune de miel avec Mouammar Kadhafi.

Jusqu’à présent cette possibilité n’avait pas été utilisée compte tenu de sa nature extra-territoriale. Son adoption coïncidait avec la loi Helms-Burton, qui met en place des sanctions similaires pour les compagnies étrangères qui investissent à Cuba, de telle sorte que les deux lois ont été critiquées par l’essentiel de la communauté internationale et même l’Union Européenne a porté plainte devant l’Organisation Mondiale du Commerce en 1997, obligeant les États-Unis à promettre un moratoire complet sur l’Iran et la Libye et partiel sur Cuba.

Alors que les mesures de 1996 ont été forcées de se maintenir dans certaines limites, en partie par les intérêts des milieux d’affaires étasuniens, qui avaient encore des liens avec l’Iran, avec des entreprises aussi puissantes qu’Haliburton et General Electric, en 2010, le Président Obama a fait voter des amendements durcissant encore ce que stipulaient les textes sur les sanctions.

Même l’administration George W. Bush n’avait pas osé approuver ces amendements quand le Congrès les a présentés pour la première fois en 2006. Et même après leur ratification l’administration Obama a empêché leur application. Il y a à peine quelques mois, répondant à des pressions venues de la droite, la Secrétaire d’État elle-même a été forcée à dire que, en dépit des relations diplomatiques entre le Venezuela et l’Iran, il n’y avait aucune preuve que le pays se rendait coupable de violations justifiant l’application de la loi.

C’est donc une question pertinente que celle de savoir ce qui a provoqué ce changement de la part d’un président dont les discours de campagne défendaient la négociation et le multilatéralisme pour la résolution des conflits internationaux.

Je pense qu’un facteur à considérer est qu’après l’invasion de la Libye par l’OTAN, l’Europe ne sera pas en position de s’opposer à une quelconque action unilatérale des États-Unis et le président Obama non plus ne pourra résister à la tentation impériale d’exploiter l’occasion pour marquer son territoire.

Un autre élément est que, alors qu’il s’efforce de préparer sa réélection, Obama fait tout son possible pour priver ses opposants républicains de munitions en tirant lui-même les premiers coups de feu. Peu importe qu’il oublie le pouvoir soft tant vanté qui caractérise son mandat et lui a rapporté une Prix Nobel de la Paix- dont plus personne ne se souvient. Pour l’heure, ce qui compte c’est d’enfiler le costume de cow-boy que l’électorat américain aime tant.

La réalité est que le président étasunien, peu importe sa couleur de peau, son origine de classe et ses rêves réformistes, n’est rien d’autre que le « gérant » d’un système qui implique qu’il agisse d’après une logique hégémonique qui, bien qu’usée, se reproduit. Les politiciens américains n’ont pas besoin d’être imaginatifs pour être efficaces. Dernièrement, ils se sont plutôt appuyés sur l’impuissance ou la complicité du reste du monde.

Dès qu’on trouve un régime qui ne se soumet pas au bon vouloir des États-Unis, il est diabolisé et des conditions sont ensuite créées pour une intervention armée. Pendant ce temps, au moyen de lois multilatérales, on empêche les concurrents des entreprises étasuniennes de tirer parti de la situation. En conséquence, le Congrès, encouragé par les efforts du lobby des multinationales, vote joyeusement en faveur de ces mesures, peu importe leurs effets internationaux.

Le cas de l’Iran continue d’être tenu pour emblématique de cette logique, bien qu’on puisse prouver que les cubains sont une exemple encore meilleur. Alors même que le pays est riche en pétrole, l’industrie iranienne a besoin de se moderniser, et, par-dessus tout, est incapable de produire les produits raffinés dont l’économie a besoin, ce qui explique l’intérêt du pays pour la production nucléaire, utilisée maintenant comme excuse pour l’attaquer.

L’escalade des sanctions contre le Venezuela fait partie de ces mesures. Les sanctions ont été annoncées pour empêcher PDVSA de répondre aux appels d’offre pour des contrats gouvernementaux étasuniens, d’accéder à des financements publics à travers la Banque d’Import-Export et d’obtenir des licences d’exportations à de la part des États-Unis, ce qui est peu de chose en termes pratiques, parce que cela fait des années que la compagnie vénézuélienne n’a pas jouit de ces avantages.

De plus, le gouvernement étasunien a rapidement expliqué que les pénalités ne s’appliquaient pas aux filiales de PDVSA, ce qui renvoie plus précisément à CITIGO, qui possède des raffineries et une chaîne de stations szervice aux Etats-Unis. Cela n’a pas non plus affecté les exportations de pétrole du Venezuela vers les Etats-Unis. Il ne pouvait en être autrement, puisque l’économie étasunienne a besoin des barils fournis par le Venezuela, 1,4 millions par jour, et aucun président ne peut se payer le luxe d’autoirser les américains à faire la queue pour du pétrole. Si vous en doutez, demandez à Jimmy Carter.

Toutefois, le gouvernement du Venezuela sait que ces types ont des antécédents, et cela explique sa réaction aux mesures. A juste titre, le vénézuéliens ont interprétat la décision comme une violation de leur droit souverain d’établir des relations politiques et commerciales avec qui ils l’estiment pertinent. Ils ont utilisé l’occasion pour mobiliser la population, en particulier les travailleurs de PDVSA, pour le rejet de l’ingérance étasunienne, forçant l’opposition à manifester, une fois de plus, sa nature antipatriotique.

C’est pourquoi, Rafael Ramírez, le Ministre de l’Énergie et du pétrole, alors qu’il déclarait que le pays était prêt à toute éventualité, a également réaffirmé qu’il répondrait avec prudence et intelligence, évoquant le problème de ce qu’il a appelé une offensive étasunienne contre les pays de l’OPEC, un élément certes évident mais rarement pris en compte dans l’analyse de la situation internationale actuelle.

Le Président Hugo Chávez- toujours si loquace et déterminé à affronter les États-Unis à la moindre provocation- s’est aussi conduit avec la même modération. Jusqu’ici, et probablement pour peu de temps encore, il a autorisé son Ministre des Affaires Étrangères, Nicolas Maduro, et Ramírez lui-même, à assumer le rôle principal dans ce conflit, et devinant peut-être qu’Obama aime beaucoup la modération, a limité ses déclarations à un bref commentaire sur Twitter, dans lequel il dit, en référence aux mesures : « Bienvenue, Obama, n’oublie jamais que nous sommes les enfants de Bolivar. »

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