La revanche de la Nature, par Karina Durant et Ana Margarita Gonzalez

Zone côtière de Batabano à Cuba - Playa Mabayaque : période 1956-1997

source : Trabajadores, lundi 30 Mai 2011

traduit de l’espagnol par Marc Harpon pour Changement de Société

Comme d’autres États insulaires, Cuba fait face au grave problème de l’élévation du niveau de la mer. L’article ci-dessous présente le problème ainsi que les solutions que l’île socialiste s’efforce de mettre en œuvre. Les efforts faits pour palier aux conséquences du changement climatique sont complémentaires de ceux réalisés pour combattre le phénomène, provoqué par l’activité humaine. Cet article peut donc être lu avec celui-ci, sur les résultats de la Révolution énergétique, lancée en 2006 par le Commandant Fidel (Note de Marc Harpon).

L’augmentation du niveau de la mer est la principale menace environnementale qui pèse sur Cuba. Le pays dispose d’un personnel qualifié pour la recherche sur des thèmes liés au Changement Climatique.

« Cajio est triste, les choses ne seront jamais plus comme avant ». Felicita Valdés Ferro, une vieille pêcheuse, a la mer près de ses pieds, non pas précisément parce qu’elle est en train de pêcher les crevettes qui, autrefois, étaient cachées dans la boue. L’eau est arrivée jusqu’aux murs, elle a privé la mer de son sable, et envahi queleques unes des installations qui servaient à la récréation des villageois et des visiteurs.

Elle regarde l’horizon et montre du doigt l’autre pointe, à Majahuevos, où il y avait des parasols, des quais et des cafétérias, détruites par des ouragans et par l’invasion de la mer. « Beaucoup d’arbres ont été déracinés, seuls les oiseaux sont revenus.  »

Néanmoins, pour Lorenzo Ferro Andarsio, 85 ans, le pire n’est pas là, mais plutôt dans le fait que la Digue de La Havane, construite dans les années 1970, a vu sa partie Nord s’enfoncer dans une lagune et les bois sont morts avec l’eau stagnante. Il y avait des méganos sur la plage, les gens ont retiré le sable et, après, la mer a pris cet espace.

Une autre chose bien distincte est arrivée du côté de la vieille plage : les mangroves ont proliféré après que le cyclone Alma (le 6 juin 1966) a emporté le hameau des pêcheurs. Il n’y a plus aujourd’hui que quelques bâtiments en souvenir de ce qu’il y avait là, a raconté Lorenzo.

Depuis l’est, dans un lieu connu sous le nom de Juan de la Cruz, appartenant à la municipalité de San Nicolas de Bari, à environ 20 mètres du littoral, on aperçoit la partie supérieure d’un pont de fer qui servait sans doute autrefois au passage de véhicules et de piétons.

Le silence laisse des traces

Lentement, silencieusement, la mer gagne du terrain sur notre île. Les traces sont partout, bien qu’il y ait des zones où elles sont plus visibles. Durant les quarante dernières années, dans notre pays, le niveau moyen de la mer a augmenté de 2,04 millimètres par an, tandis que la côte occidentale s’enfonçait à un rythme de 4 mm par an. Les précipitations annuelles totales ont aussi diminué de 300 mm et la température ambiante moyenne augmenté de 0,6°C et l’intensité moyenne des ouragans est passée de 3 à 4.

Les études de sur les dangers, les points de vulnérabilité et les risquent indentifient l’augmentation du niveau de la mer comme la principale menace environnementale pour les petits Etats insulaires, parmi lesquels se trouve Cuba. Et les seuls barrières physiques pour aténuer ou en retarder l’effet sont les récifs coraliens et les forêts cotières.

Si le coraux meurent…

Le coraux vivent sur une barrière entre la côte et l’océan, formant la majeure partie d’un écosystème d’une grande biodiversité. Ils sont agréables au regard de par leurs formes et leurs couleurs, mais ils ont pour ennemis potentiels l’intensité des ouragans et la main de l’homme, liées à un phénomène connu sous le nom d’extinction ou de mort de l’espèce.

Le Dr Pedro Manuel Alcolado Menédez, chercheur titulaire de l’Institut d’Océanographie, a déclaré que « quand la concentration de dioxyde de carbone (CO2) augmente dans l’atmosphère, il passe dans l’eau, qui devient plus acide. L’équilibre des carbonates se trouve altéré et engourdit la croissance du corail »

« A cela s’ajoute que le passage des ouragans- favorisant la fragmentation et la reproduction du corail- quand il est répété, empêche les morceaux décrochés par leur action de se fixer à nouveau au fond de la mer et accélère la prolifération des algues, qui prennent l’avantage sur les coraux »

« Des situations similaires se reproduisent en différents lieux de la planète, mais dans la zone occidentale de Cuba ils sont récurrents ces dernières années, avec un impact négatif sur le tourisme, la pêche d’espèces de haute valeur comme la langouste, le mérou, la dorade et l’obtention de substances importantes pour la biochimie et la médecine. »

« L’augmentation du niveau de la mer n’affectera pas tant que ça les écosystèmes mais diminuera leur fonction protectrice : quand auront disparu les crêtes des récifs, la poussée des eaux contre les côtes et la dévastation des mangroves seront redoublées.

Une possibilité est, d’après Alcolado Menendez, de sauvegarder les formations de coraux dont l’état est le meilleur pour qu’elles servent d’origine à la régénération naturelle. On doit appliquer des techniques de plongée respectueuses, freiner la surpêche, préserver l’équilibre biologique, contenir la contamination, construire sur pilotis ou loin de la mer et protéger la végétation côtière.

Donner, et non pas prendre

Le secteur forestier est le seul dont les émissions de gaz à effet de serre sont négatives. Cuba a enlevé  183 millions de tonnes deCO2 de l’atmosphère en douze ans (le CO2 est passé de l’atmosphère aux arbres). C’est la contribution du pays à la mitigation face au changement climatique.

Pour le spécialiste de l’Institut Agroforestier Arnaldo Alvarez Brito, il est urgent de trouver une solution : il faut achever la reforestation des zones protectrices du littoral, essentiellement dans les provinces de Ciego de Avila et de Guantanmo, seules provinces où la couverture est en-dessous de 90% ; dans la plus à l’Est, le chiffre est de 59,3%. Cela signifie qu’il manque 19 000 hectares pour repeupler le patrimoine forestier, dont une grande partie inclut les mangroves. Celles qui existent aujourd’hui occupent 26% de la superficie du pays et protègent 70% des côtes cubaines.

Semer des mangroves est un dur labeur. Le personnel pour l’accomplir n’abonde pas ; sous le soleil, fatigués par les moustiques et les jejenes et installés dans un canot, les hommes collectent manuellement les semences et ils les enfouissent dans la boue pour qu’une partie voie le jour. De plus, c’est la façon naturelle dont se fait la reproduction. D’autres espèces sont produites dans des pépinières et ensuite amenées au littoral, a commenté l’expert. La reforestation est une mesure d’adaptation au changement climatique, pour retarder et atténuer l’effet de l’augmentation du niveau de la mer.

S’adapter aux changements

Cuba est le seul pays du bassin insulaire de la Caraïbe qui dispose d’un programme gouvernemental pour affronter le changement climatique. Pour cela, l’Agence de l’Environnement [Agencia del Medio Ambiante, ndt] du CIT-MA a élaboré un macroprojet (incluant 13 projets) qui propose des priorités, des mesures d’adaptation et de responsabilité de chaque secteur économique et social dans son exécution.

Pour la seconde communication- qui est en train de s’achever- de Cuba à la Convention internationale a surgi l’idée d’intégrer une étude de cas, une nouveauté pour les pays qui la constituent, a précisé Alvarez Brito. Le scénario choisi est celui de la zone Sud de La Havane.

On a évalué les résultats et tous les secteurs ont proposé des mesures et se sont réunis pour concilier leurs propositions, afin de formuler une stratégie qui sera suggérée aux instances gouvernementales.

Les évaluations ont été débattues avec les parties impliquées, surtout, pour parvenir à ce qu’on prenne conscience de la gravité du phénomène qui nous menace, parce que pour entreprendre des actions il faut informer et convaincre. Dans l’agriculture, il a fallu en premier lieu créer des compétences scientifiques pour comprendre et gérer les problèmes qui découlent de la situation. Aujourd’hui, les 20 instituts qui font de la recherche dans le secteur agraire ont du personnel formé sur les thèmes multpiples liés au changement climatique.

Les mesures d’adaptation incluent la suspension de tout le travail d’exploitation forestière dans une zone d’une profondeur de 15 kilomètres, à partir des lignes côtières du Sud des provinces d’Artemisa et de Mayabecque, et de reclasser le patrimoine dans la zone comprise entre l’Est de Nueva Paz et la limite Ouest de la municipalité d’Artemisa, pour les graves dangers de l’augmentation du niveau de la mer et l’enfoncement de ses côtes , a-t-on assuré.

Dans les petits Etats insulaires, la priorité absolue est à l’adaptation aux effets prévisibles du changement climatique, parce qu’il peut aller jusqu’à provoquer la disparition physique de certains d’entre eux. Les pays du Sud sont vulnérables, mais leur capacité à affronter le problème est limitée. Le danger à Cuba, n’est pas imminent, il ne viendra pas demain, mais il viendra.

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