La prospection pétrolière cubaine pose un dilemne aux Etats-Unis, par Emile Schepers

source : People’s World

traduit de l’anglais par Marc Harpon pour Changement de Société

Le 12 Mai, à Trinidad et Tobago, le gouvernement cubain a profité d’une rencontre internationale sur la sécurité du forage pétrolier , pour annoncer que le forage est sur le point de commencer pour des puits en haute mer au large de la côte nord de Cuba. Les quantités qui pourraient être produites sont substantielles, la qualité potentiellement élevée et cela pourrait radicalement améliorer les perspectives économiques pour l’île socialiste. Aux États-Unis, cela a provoqué des réactions variées, depuis des appels à agir pour empêcher le forage, à des appels à l’arrêt du blocus économique imposé depuis 50 ans à Cuba.

Cuba a produit du pétrole par le passé, mais dans des quantités relativement faibles et d’une qualité à l’usage limité. Avant l’effondrement de l’Union Soviétique, celle-ci était le principal fournisseur de pétrole de Cuba, dans un accord gagnant-gagnant entre les États socialistes. Après 1991, l’accès de Cuba au pétrole et à ses sous-produits raffinés a drastiquement diminué ( il y a eu une chute de 19% en 1991 et une autre de 22% en 1992, avec des chutes encore plus grandes les années suivantes).

La réaction de Cuba a été de diminuer l’utilisation intérieure de pétrole, tout en cherchant des sources alternatives d’approvisionnement. Bien que la diminution cubaine ait inspiré des approches innovantes en matière d’efficacité énergétique, elle a aussi eu un impact négatif sur le niveau de vie de la population cubaine, affectant la production d’électricité, le transport public et privé et bien d’autres choses. Le pétrole importé est aussi devenu plus cher pour Cuba. Le blocus économique étasunien, à cause duquel les compagnies étrangères qui commercent avec Cuba paient des amendes et sont parfois exclues du marché étasunien, a également augmenté le prix des importations cubaines.

Après l’élection du Président Hugo Chavez au Venezuela, et surtout après un coup d’État avorté contre lui soutenu par les États-Unis, le Venezuela est finalement venu au secours de Cuba. A travers l’organisation PETROCARIBE, dans le cadre de laquelle le Venezuela fournit du pétrole à la plupart des pays de la Caraïbe avec des conditions de crédit très favorables, Cuba a été capable d’augmenter ses importations de pétrole. Les importations de pétrole vénézuélien ont augmenté énormément, de 32% en 2008 seulement. Cuba a payé une partie de ce pétrole vénézuélien en envoyant des médecins, des enseignants et d’autres spécialistes pour aider le Venezuela.

En 2004, les exportateurs européens de pétrole ont découvert les grosses réserves sous-marines de pétrole au large de la côte Nord de Cuba. La U.S. Geological Survey estime la quantité entre 5 et dix millions de barils, mais les cubains eux-mêmes disent qu’elles pourraient atteindre les 20 millions de barils. Quel que soit le chiffre retenu, elles sont une découverte très significative.

Actuellement, Cuba produit 60 000 barils par jour de pétrole local et importe plus du double, environ 150 000 barils. Une fois les sources sous-marines cubains en mesure d’alimenter l’économie, le ratio risque de changer radicalement, changeant Cuba d’importateur de pétrole en exportateur majeur. Cela créerait des milliers d’emplois, tout en résolvant les problèmes de transport, de production électrique et industrielle. 

De plus, on estime que les réserves en mer sont de haute qualité, avec une faible teneur en sulfures. Toutefois, elles sont situées très profond, environ 5000 pieds sous la surface, ce qui exige un technologie de forage coûteuse et compliquée. Dans la mesure où le niveau est à peu près le même que celui de Deepwater Horizon, dont la défaillance a conduit à un désastre écologique l’an dernier, l’exploitation pose aussi des questions de sécurité.

Le forage préliminaire de cinq puits-tests sera mené par la compagnie espagnole Repsol YPF, qui amène avec elle une plate-forme de fabrication chinoise et appartenant à des italiens, avec le projet de lancer les opérations à l’automne prochain. Le Brésil aide à financer la conversion du port de Mariel, à environ 50 miles [80 kilomètres, ndt]de La Havane, en une installation pétrolière, et le Venezuela aide Cuba à restaurer une raffinerie de fabrication soviétique à Cienfuegos, à environ 150 miles [240 kilomètres, ndt] au Sud-Est de Mariel.

D’un autre côté, les experts de l’industrie pétrolière disent que les États-Unis perdent une bonne affaire potentielle : les cubains ont déclaré qu’ils sont d’accords pour laisser la porte ouverte aux compagnies américaines dans la possible ruée vers l’or noir, mais l’actuelle loi étasunienne punit les citoyens et les entreprises qui commercent avec Cuba. De plus, la prohibition de la coopération avec Cuba aggraverait les problèmes liés à la sécurité, puisque les entités étasuniennes expertes en sécurité des forages se verraient interdire de conseiller les cubains, même si une véritable urgence devait survenir.

National Public Radio cite John McAuliffe du fond pour la Réconciliation et le développement : « Il n’y a qu’une façon de minimiser le risque, et c’est d’avoir avec Cuba la même sorte de collaboration que nous avons avec le Mexique et les Bahamas et tout autre pays qui prospecte dans le secteur pétrolier » près des côtes étasuniennes.

2 commentaires

  1. C’est bon pour Cuba et éventuellement l’hystérie des États Unis par rapport à cette ile va en diminuant. Une détente politique est toujours bienvenue, vu l’instabilité depuis 9/11.

    • j’ose espérer qu’un jour, les États-Unis auront assez d’humilité pour demander pardon et ce qu’ils ignorent, en maintenant un peuple dans des conditions de vie précaires, vous en faites un peuple débrouillard! Cuba en est la preuve vivante!


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