Réalismes à géométrie variable, par Marc Harpon

On en entend parfois de belles. Il paraîtrait que Fidel- qui, on l’oublie, ne dirige plus Cuba- serait responsable des difficultés économiques actuelles de son pays. Fidel, croit-on, pêche au mieux par idéalisme, au pire par dogmatisme et ce, depuis cinquante ans que l’île est sous blocus étasunien. Il faudrait accepter la réalité et reconnaître que, dans une économie mondialisée, on ne peut exister dans l’isolement. Comme si les cubains ne le savaient pas ! Durant les trois premières décennies de la révolution, ils ont tissé des liens avec le Bloc Socialiste et, depuis l’effondrement de l’URSS, ils ont su développer de nouveaux partenariats. N’avez-vous pas remarqué récemment la nouvelle campagne publicitaire pour Habana Club en Ile-de-France ? Eh bien, Habana Club est précisément un de ces partenariats, dans lequel les cubains font affaire avec la firme française Pernod Ricard. Pas plus tard que la semaine dernière, au Sénat, Ubifrance réunissait, en présence de l’Ambassadeur de Cuba en France, Orlando Requiejo Gual, une trentaine de grandes entreprises françaises autour des opportunités offertes par Cuba, en matière d’investissements ou d’exportations.

Ce que refusent les cubains, ce n’est pas l’ouverture, c’est une dictature sanguinaire et séculaire dont le dernier avatar est le blocus le plus long et le plus dur de l’histoire de l’humanité. Mais qu’on ne s’y trompe pas, la tyrannie étasunienne sur Cuba est une histoire beaucoup plus vieille que cela. A peine sortie des griffes de l’Empire Espagnol, l’île était déjà la proie de l’Oncle Sam et elle l’est restée jusqu’au premier Janvier 1959. La question du blocus n’est pas celle de l’ouverture mais celle de la démocratie face à la dictature impériale. Refuser les projets des Etats-UNis à Cuba, ce n’est pas refuser de s’ouvrir au monde mais défendre la souveraineté nationale, sans laquelle aucune démocratie n’est possible.

Le principal problème des pays socialistes, c’est que, quoi qu’ils fassent, on les critiquera. Voyez par exemple le Venezuela. Il n’est pas du tout impossible que les Etats-Unis finissent par se comporter envers le peuple vénézuélien comme envers le peuple cubain et tentent de l’affamer pour mettre un terme à sa révolution. Si ça devait arriver, on entendrait le même genre d’âneriesque sur Cuba : Chavez deviendrait responsable des difficultés économiques provoquées dans le seul et unique but d’agir contre cet esprit bolivarien dont il est l’incarnation charismatique. Si ça devait arriver, prenez soin de relire les articles anciens de tous les spécialistes es-Venezuela qui s’exprimeront alors dans les pays du Nord et préparez-vous à une surprise : les mêmes qui accuseront Chavez de ne pas vouloir s’ouvrir à l’extérieur, les mêmes qui exigeront le réalisme, qui donneront des leçons sur le fait qu’on ne puisse faire abstraction de la mondialisation, qui expliqueront qu’on n’a pas le choix, qu’il faut entrer dans le jeu des échanges internationaux, les mêmes auront aussi à leur actif des articles reprochant au Venezuela révolutionnaire de commercer avec…l’Iran.

Le régime iranien se résume plus ou moins à l’alliance d’une bande d’illuminés avec un consortium d’ordures. Mais, à suivre la logique des donneurs de leçons, on n’a pas le choix, il faut se faire une place dans les échanges internationaux si on veut pouvoir nourrir son peuple. Alors pourquoi diable se déchaîne-t-on aujourd’hui, notamment Outre-Atlantique, contre la société pétrolière vénézuélienne PDVSA, coupable de faire affaire avec Téhéran ?

Un commentaire

  1. Bien vu en cet article ! Bien sûr il ne faudrait pas contrarier les visées impérialistes Etats-Uniennes et de ses alliés des pays capitalistes industrialisés. Tout ce qui va à contre-courant de leur dictature est mauvais et pire ciblé comme pays ennemis ! Hélas! ce dictat du capitalisme semble maintenir un monde unipolaire ! On ne voit pas encore bien paraître une bi-polarisation qui arrêterait les mains sanglantes de l’impérialisme yankee !!!


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