Pablo Fornet : « Dix ans de plus et Habana Vieja ne sera plus la même »


Calle Obispo, à La Havane

propos recueillis par : Ángel Marqués Dolz

source : Radio Progreso en ligne

traduit de l’espagnol par Marc Harpon pour Changement de Société

Il faut sauver à tout prix quatorze hectares.

Dans cette zone se répare le passé d’une ville splendide- 3500 bâtiments d’une très haute valeur patrimoniale et plus de 70 000 habitants- croisée des Amériques, nombril de l’Empire Espagnol, et joie de la République qui chassait la pauvreté vers le reste du territoire, tandis que proliférait le faste des bâtiments luxueux et des architectures modernes.

C’était la Havane des touristes étasuniens, qui causait aussi l’admiration de voyageurs moins condamnables et dont jouissent aujourd’hui des millions de personnes, cubaines et étrangères.

En dépit des avatars de l’histoire et des défis du présent, une partie du centre historique de La Havane survit dans un espace hors du temps et de ses aléas : la crise économique, l’irresponsabilité citoyenne, la rivalité entre les priorités de l’Etat.

Pablo Fronet, un géographe qui travaille au plan général du Bureau de l’Historien de la ville, a bien voulu répondre aux questions de Radio Progreso en ligne lors d’une pause durant la Rencontre sur la Construction et la Gestion des Centres Historiques qui vient de s’achever et qui s’est tenue dans l’une des demeures coloniales ventilées de la Plaza Vieja.

Radio Progreso : Rétrospectivement, quels ont été les résultats les plus significatifs du plan général?

Pablo Fornet : L’institution du plan général a vu le jour en 1994 au moment où s’opérait un changement dans le modèle de gestion du centre historique, subordonné au Bureau de l’Historien. Il est né d’abord comme une espace de concertation où allaient se concentrer tous les travaux et les efforts des spécialistes qui intervenaient dans cette zone depuis la fin des années 70 du siècle dernier.

Plus de quinze ans se sont écoulés depuis et le plan général a incorporé de nouveaux outils qui sont aujourd’hui en vogue au niveau national et international et qui servent à rendre la planification beaucoup plus flexible, adéquate aux besoins de la ville contemporaine.

Cela fait un an que le plan général a mis en marche de nouvelles régulations urbaines pour le centre historique, qui je crois modernisent toutes les manières anciennes de mettre en place des régulations. Elles sont beaucoup plus intelligibles pour les gens, plus proches du citoyen et on est en ce moment même en train de terminer le plan spécial de développement qui va être en application durant les cinq années à venir. Ce plan est accompagné d’un large processus de consultation publique, avec les riverains et avec les institutions installés dans le centre historique. Je pense que nous en sortirons tous plus forts.

RP : Je comprends que la reconstruction de La Havane coloniale prenne en compte la population et ne l’exclut pas. Comment se processus a-t-il été mené à dans le temps?

PF : Des grands défis auxquels fait face le plan spécial pour le centre historique, le plus important est de réaliser une chose très difficile dans la plupart des villes dotées d’un centre historique comme le notre : faire en sorte que la réhabilitation soit compatible avec le maintien de la population vivant traditionnellement dans cet espace. Pour cela, on a créé toute une série de mécanismes institutionnels et participatifs qui font que ces choses puissent être atteintes, comme faire en sorte, pour les vieux immeubles, de restaurer les locaux, leur valeur patrimoniale, tout en permettant le maintien de familles qui y vivent depuis longtemps. C’est quelque chose de très juste et qui renvoie à la philosophie du Bureau de l’Historien et du plan général de la zone centrale de la ville.

RP : Dans des statistiques d’il y a quelques années il était affirmé qu’il y avait à La Havane plus de deux démolitions par jour. A quel point le plan général a-t-il améliorer le rythme des démolitions de même que celui des reconstructions?

PF : Ce chiffre est exagéré. On dit souvent que le rythme des démolitions est d’une quelconque par jour. Heureusement, les démolitions sont de plus en plus partielles, mais c’est un problème. En dépit de tout ce qui s’est fait ces quinze dernières années, le tiers du bâti est encore en mauvais état et un peu moins de la moitié des familles du centre historique continuent à vivre dans des conditions inadéquates. Le processus de restauration a fait des progrès. Il concerne une quarantaine de pâtés de maisons, qui vont de la place de la Cathédrale à la Plaza Vieja, mais il y a déjà une grande quantité de zones qui ne font encore l’objet d’aucune intervenetion. Une des mesures que nous sommes en train de prendre et que nous considérons comme stratégique consiste à stimuler les processus de consolidation, que nous appelons plans d’urgence urbanistique, c’est-à-dire maintenir les bâtiments en bon état par l’amélioration de la structure, des installations, des éléments, dont on sait qu’ils manquent souvent aux immeubles, liés aux infiltrations à travers les toits, et intervenir de cette manière pour ralentir le processus de détérioration accélérée et de démolition.

RP : Le schéma de financement de la reconstruction de La Havane dépend toujours du tourisme étranger ou cherche-t-on des formules fondées sur le marché interne…

PF : Il y a une sorte de myhte qui veut que le tourisme étranger soit ce qui finance le processus et ce n’est pas le cas. 75% ou 80% de tous les revenus du Bureau de l’Historien proviennent ces dernières années d’une entreprise de gestion touristique, Habaguanex, qui tire ses ressources d’un réseau hôtelier, d’une vingtaine d’établissements, mais surtout d’un réseau commercial de plus de 150 établissements- boutiques, cafeterias, restaurants- qui génèrent le plus gros des revenus. C’est la population cubaine, en particulier celle de la capitale, qui apporte les ressources financières qui nourrissent les plans d’investissements dans le territoire.

RP : Comment sera Habana Vieja dans dix ans? Sera-t-elle différente de ce que nous voyons aujourd’hui?

PF : Je pense que oui, elle sera très différente du présent. Nous avons un plan à long terme et un plan d’investissement à plus court terme qui a comporte déjà des points bien définis concernant le centre historique. Une fois restaurées les quatre places principales- celle de la Cathédrale, la Place d’Armes, San Francisco de Asis et la Plaza Vieja- qui forment la zone la plus ancienne et monumentale de la ville, le plan plan de développement s’ouvre vers de nouveaux fronts d’action. Un de ceux-là est celui de ce qu’on appelle la cinquième place- la place du Christ- qui ne fait actuellement l’objet d’aucune intervention, mais qui pèse beaucoup dans l’intérêt de cette zone, du fait de l’importance de sa population et de la vie civile qui s’y déroule et qui, de plus, est située dans une position intermédiaire entre la zone restaurée, La Plaza Vieja et le Capitole, c’est-à-dire dans l’axe Teniente Rey. Il y a un lieu intermédiaire en pleine restauration, la petite Place Santa Teresa et le pâté de maison n° 148, qui fait l’objet d’une intervention très lourde.

Une autre des zones qui doivent capter la majeure partie des investissements sera le front de mer. Il fera partie des grandes transformations des dix prochaines années, profitant du déplacement par décision gouvernementale de l’activité de transport de marchandises vers le port de Mariel, ce front de mer de La Havane deviendra un port plutôt dédié au loisir, à l’amusement et à la culture.

Et le troisième front, qui je crois sera très important, est celui de la promenade du Prado, la zone de Parc Central, du Capitole National, du parc de la Fraternité, qui est une zone de très haute valeur, du point de vue urbanistique et fonctionnel, et qui commence à connaître une accélération quant aux investissements et qui sera une des zones les plus remarquables dans dix ans.

La Havane, le 23 Mai 2011


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