Venezuela. « PEREZ BECERRA ET LA NÉGOCIATION », par Mario Sanoja Obediente

Traduction : Thierry Deronne, pour La revolucion Vive

Beaucoup de camarades qui se définissent comme révolutionnaires ne semblent pas s’être encore rendus compte que la Révolution Bolivarienne se trouve au milieu d’une guerre déclarée par l’impérialisme, guerre à laquelle participent tous les sbires de gibet et de couteaux, tous les complices de l’empire par action ou par omission qui, ne pouvant assassiner physiquement le Président Chavez, veulent au moins le liquider politiquement dans le cadre de la contre-offensive déclenchée par l’empire pour liquider ses ennemis…

Le cas de Pérez Becerra, auquel nous allons nous référer, a été comparé par certains vénézuéliens qui se disent de gauche (sic !) avec la remise de Miranda aux autorités espagnoles, avec l’exécution de Piar, avec la trahison d’un camarade révolutionnaire et autres perles du même style. Il faut se méfier de camarades européens comme ceux qui il y a quelques semaines déliraient sur les rebelles libyens et montraient du doigt l’assassin Kadhafi qui tirait sur des civils sans défenses – maintenant bien armés et dotés d’argent et de munitions par les mêmes puissances colonialistes qui justifient à présent le bombardement humanitaire perpétré par l’OTAN et les États-Unis contre la population civile libyenne qui défend sa patrie, de même que les attaques à coup de bombes intelligentes pour assassiner Kadhafi : rien de plus éloigné de la résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU appuyée entre autres, par le représentant de la Colombie, qui avait pour seul but naïf de protéger (sic !) les civils innocents.Depuis le XIXème siècle, les relations politiques du Venezuela avec l’oligarchie qui gouverne la Colombie depuis le XVIème siècle, ont été tumultueuses et marquées par la perfidie de ces gouvernants oligarchiques. Comme nous l’avons écrit dans de nombreux articles et chapitres de livre que nous avons publiés à ce sujet, cette oligarchie ne se résigne pas à “perdre” son contrôle sur le territoire vénézuélien et sur les richesses multiples qu’il abrite. Pour atteindre cet objectif, elle a utilisé toute sorte de procédés, dont le chantage militaire. Rappelons le vol de notre Guajira en 1941 sous le gouvernement du Président Eduardo Santos, la tentative de s’approprier l’ilot de los Monjes aux temps de Pérez Jiménez, la manoeuvre navale de la frégate Caldas du temps de Lusinchi pour s’approprier le pétrole du Golfe du Venezuela et les récentes agressions furieuses d’Uribe. Sans parler de tout ce qui s’est produit au cours du XIXème siècle de la part de l’oligarchie de Colombie par rapport aux grandes extensions territoriales qui appartenaient légalement à la Capitainerie Générale de Venezuela depuis le XVIIIème siècle.

L’actuel gouvernement colombien de même que ses prédécesseurs du XIXème siècle, reste un agent délégué d’importance exceptionnelle pour le succès des plans d’expansion de l’Empire Usaméricain en Amérique Latine, qui visent à récupérer l’hégémonie perdue sur notre continent. C’est à cela qu’obéit la stratégie conjointe des gouvernements néocoloniaux du Mexique, de la Colombie, du Pérou, et du Chili pour créer une aire d’Intégration Commerciale du Pacifique, basée sur la politique néolibérale promue par les États-Unis pour imposer la politique de libre marché des Traités de Libre Commerce et faire échouer la politique intégrationniste promue par le Venezuela, le Brésil et l’Argentine. Est notoire l’intention de créer un bloc économico-antagonique au Mercosur et à l’ALBA pour – ainsi que l’a bien souligné le Président du Mexique Felipe Calderón- favoriser la récupération économique des USA.

Pour donner une possibilité de succès réel à cette initiative du Traité de Libre Commerce de l’aire du Pacifique à laquelle s’uniront certainement le Panama, le Salvador, le Honduras et le Guatemala, il était nécessaire de saboter la réunion de Caracas où allait être signé l’acte de naissance de la Communauté des États-Unis Latino-américains et des Caraïbes, sans la présence des Etats-Unis ni du Canada, fait qui constitue une défaite politique pour l’hégémonie impériale.

Que signifiait le voyage de Joaquín Pérez Becerra à Caracas à la date même de la réunion ? Qui ou quel groupe l’ont invité, l’ont mis dans cette situation ? Tous nous savons qu’il est un survivant de la fatale « Danse rouge » à travers laquelle l’oligarchie colombienne a assassiné la quasi-totalité des maires et des militants communistes de l’Union Patriotique Colombienne. Nous savons aussi qu’il est journaliste, directeur de ANNCOL mais nous savons aussi qu’il a renoncé à sa nationalité colombienne pour devenir sujet de la Suède où il réside depuis 20 ans : que venait faire au Venezuela Pérez Becerra ? Qui l’a invité à venir à cette date précise ?

Venezuela est en train de négocier avec le gouvernement de Santos l’extradition du trafiquant de drogue Makled, dont l’opposition vénézuélienne a fait son héros et la victime de Chavez. Quelle meilleure occasion pour le président Santos de torpiller ou de faire échouer cette négociation avec le Président Chavez et de saboter la réunion de Caracas à la veille de sa tenue : demander l’extradition de Pérez Becerra dans l’espoir que le Président Chavez refuse et que la meute de médias impériaux le cloue aussitôt au pilori, l’accusant de complicité avec le terrorisme ?

Vu l’échec de ce coup fourré, le journaliste Pérez Becerra n’a sans doute plus aucune utilité pour le gouvernement de l’oligarchie colombienne. Avant tout il s’agit d’un sujet suédois, protégé par les lois suédoises ainsi que par la Communauté Européenne que le Président Santos n’a aucun intérêt d’affronter. Il est possible qu’une fois en Colombie, son importance perdue pour saboter la réunion de Caracas et de faire échouer le projet intégrationniste du Venezuela, de la Colombie, du Brésil, de l’Equateur, de la Bolivie, de Cuba et des gouvernements partisans de l’ALBA dans les Antilles Mineures, Pérez Becerra sera mis en liberté et remis aux autorités suédoises pour qu’il rentre au pays adoptif et à sa résidence familiale à Stockholm.

Quelle coïncidence : après l’échec de cette manœuvre pour saboter la création de la Communauté des États Latino-Américains et des Caraïbes, le bloc impérial délégué intégré par la Colombie, le Pérou, le Chili et le Mexique crée le Bloc Commercial du Pacifique destiné à combattre le Mercosur et l’ALBA. Coïncidence ? Dans la politique menée par ce club de caïds de l’Empire, il n’y a pas de coïncidences ni d’amis, seulement des intérêts.

Je ressens une profonde tristesse quand je vois une “gauche vénézuélienne” perdre tout sens critique et attaquer furieusement le président Chavez. Triste de voir comment des camarades que j’apprécie – et dont je pensais qu’ils étaient nourris par l’expérience – ont mordu sans esprit critique la pomme empoisonnée qui porte la marque de fabrication de la CIA-DAS.

Je suis profondément en colère à l’idée qu’un camarade bien placé dans la bureaucratie bolivarienne puisse avoir mis Joaquín Pérez Becerra dans cette situation, avant de comprendre finalement comment on l’a utilisé pour attaquer dans le dos la Révolution Bolivarienne. Je crois que le Président Chavez a très bien soupesé le pour et le contre de la situation, les risques et les avantages qu’impliquait cette décision politique et a pris sereinement la décision correcte pour le Venezuela, pour l’Amérique Latine et les Caraïbes : la création officielle de la CELAC qui aura lieu à Caracas le 5 juillet prochain. C’est de ce bois que sont faits les vrais leaders révolutionnaires !

Caracas, 29 avril 2011.

Mario Sanoja Obediente (Docteur en Anthropologie, membre de l’Académie Nationale d’Histoire, professeur titulaire de l’Université Centrale du Venezuela (UCV)

2 commentaires

  1. ouais… Pas très convaincant.

  2. Chavez sera toujours critiqué. Mais jamais on ne mettre les progrès sociaux qu’il a provoqué, les liens avec Cuba (au sein de l’ALBA) qui permettent des améliorations pour les deux pays et non l’exploitation d’un pays par un autre. Nos médias occidentaux, exceptions faites, sont parties prenantes dans ce genre de situation puisque aux mains de groupes économiques, souvent dépendant de multinationales et d’homme d’affaires. Les liens sont d’ailleurs très flou, ce n’est pas un hasard.
    C’est à l’homme moderne, guidé par la raison, de faire les recherches nécessaire à sa culture, ne pas attendre bouche béante, que des journalistes peux scrupuleux viennent y déposer leurs infos moisies.


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