L’anti-effet d’aura d’Hugo Chavez, par Jonathan Glennie

source : Venzuelanalysis/ Poverty Matters/The Guardian

traduit de l’anglais par Marc Harpon pour Changement de Société

C’est encore arrivé à Madrid il y a quelques semaines. J’étais à un colloque de fonctionnaires et de chercheurs spécialisés dans les questions de développement et le Venezuela est arrivé dans la conversation. Scandale. Est-il possible de mentionner Hugo Chavez sans se faire entraîner dans l’attribution d’épithètes, les exagérations et, assez souvent, les mensonges éhontés ?

Bien qu’il soit absolument normal que la politique devienne rapidement partisane (regardez les Etats-Unis en ce moment), le rôle des professionnels du développement est de sortir une minute de la posture partisane pour examiner, tenez-vous bien, les faits. Je ne prétends pas que cela soit facile parce que les faits peuvent être faussés par ceux qui les fournissent (souvent, en développement international, le gouvernement du pays en question). Mais c’est l’objectif.

Je suis constamment surpris de la façon dont de nombreux professionnels du développement se sentent en position difficile quand le Venezuela est mentionné, ou Cuba, ou la Bolivie. C’est comme si les faits et l’analyse équilibrée étaient appropriés pour certains gouvernements mais pas pour d’autres.

Si vous dites, « les inégalités semblent avoir considérablement diminué au Venezuela », vous risquez d’être accusés d’être un chavista. Mais si vous dites, « les inégalités semblent avoir diminué en Ethiopie », personne ne se mettra à vous accuser d’être un supporter zélé de Meles Zenawi.

Le même problème existe aussi de l’autre côté. Quand j’étais en Colombie, certains militants des droits de l’homme étaient incapables de dire quoi que ce soit de positif à propos de l’administration du Président Alvaro Uribe, parce qu’ils accusaient son gouvernement de passer des accords véreux les paramilitaires.

J’appellerais ça l « l’effet de fourche » (connu techniquement comme « l’ anti-effet d’aura »), où un dirigeant est si diabolisé dans certains pays ou populations qu’il n’est plus possible de rendre compte de ses succès et de ses échecs de façon équilibrée. Plus un dirigeant est diabolisé, plus ses partisans exagéreront en expliquant combien il est merveilleux.

C’est l’inverse de « l’effet d’aura » plus connu, dont le bénéficiaire le plus célèbre dans la période récente est Nelson Mandela, politicien jusqu’au bout des doigts, entraîné dans beaucoup de choses dans lesquelles sont entraînés les politiciens, et responsable d’autant de bonnes que de mauvaises décisions en matière de politique économique en Afrique du Sud. Mais critiquez-le et vous critiquez la liberté qu’il personnifie. C’est utile d’avoir un tel effet.

Il y a des dirigeants si vils que faire un bilan équilibré de leur politique est de mauvais goût. Les juntes meurtrières en Argentine et au Chili dans les années 1970 et 1980 viennent à l’esprit. Mais même Augusto Pinochet, un homme qui a supervisé des meurtres barbares et des actes de torture, semble gratifié par beaucoup d’un bilan équilibré de l’époque où il était au pouvoir. Et c’est probablement conforme à la vérité. Ce n’est pas cautionner ses actions que de faire le bilan des effets de son pouvoir sur la situation économique du Chili.

Alors pourquoi pas Hugo Chavez ? Un mot souvent utilisé pour le décrire est « dangereux », et c’est peut-être la clé pour comprendre la rage qu’il engendre. Il est difficile de le considérer comme une menace militaire, en dépit de la fausse guerre bizarroïde avec le voisin colombien. Non, c’est le danger qu’il pose à la normalité que les gens qui s’opposent à lui trouvent si inquiétant. Ses attaques rhétoriques contre le capitalisme moderne sont si fermes que s’il réalisait des progrès au Venezuela avec son vague « socialisme du vingt-et-unième siècle », la sagesse conventionnelle et sa préférence pour le marché libre et un Etat aux prérogatives limitées serait menacée. C’est la raison pour laquelle les Etats-Unis sont obsédés par Cuba- le danger pour le capitalisme est d’autoriser un autre modèle à réussir.

Je dis tout cela parce que le premier pas que nous devions faire en analysant les réalisations et les échecs de la nouvelle gauche en Amérique latine est de faire de notre mieux pour être équilibrés, pour prendre les faits tels que nous les trouvons, et essayer d’incorporer de nouveaux faits dans notre analyse, même s’il ne s’accordent pas avec nos suppositions.

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