Le prêt-à-porter a encore recours aux Sweatshops, par Madeleine Bunting

Le rapport de l'IGTWF confirme ce que Naomi Klein expliquait dans son livre de 2000.

source : Poverty Matters/ The Guardian

traduit de l’anglais par Marc Harpon pour Changement de Société

Mais que fait Robert Ménard ? 2012 sera l’année des Jeux Olympiques de Londres et pas un mot de l’empêcheur d’opprimer en rond contre les « fabricants d’articles de sport » qui vont se tailler la part du lion dans l’espace publicitaire ouvert par les jeux. Pourtant, nos marques chéries sont une calamité planétaire tout autre que la Chine dans sa province tibétaine. Les Reporters sans frontières sont peut-être trop mobilisés par leur opération marketing cynique récupérant la figure du Che au profit de leur organisation officielle de journalistes affiliés à la NED : si vous n’avez pas encore vu leurs affiches dans Paris, préparez-vous à gerber. (Note-coup-de-gueule de Marc Harpon)

Marks & Spencer, Next, Ralph Lauren, DKNY, GAP, Converse, Banana Republic, Land’s End, Levi’s. Et la liste des marques est encore longue. Qu’ont-elles en commun ? D’après un rapport profondément déprimant de la Fédération Internationale des Travailleurs du Textile, de l’Habillement et du Cuir (ITGLWF), les usines en Asie engagées pour fabriquer leurs produits sont toujours responsables de pratiques choquantes au travail.

Plus d’une décennie après que le travail dans les sweatshops pour les marques de prêt-à-porter soit devenue un problème connu du grand public, et après que de nombreuses compagnies aient mis en place un contrôle de leurs chaînes d’approvisionnement, le problème semble toujours endémique dans le secteur des chaussures et de l’habillement.

De nombreuses usines approvisionnant les marques susceptibles de dominer les Jeux Olympiques de 2012, telles que Adidas, Nike, Slazenger, Speedo et Puma, « violent de façon routinière toutes les règles concernant les droits des travailleurs », d’après la ITGLWF.

La liste de marques dont le premier fournisseur est l’une des 83 usines étudiées dans le rapport est si large qu’elle semble tourner en dérision l’idée même que le prêt-à-porter ait balayé ces pratiques.

Des usines de trois pays- les Philippines, l’Indonésie et le Sri Lanka- ont fait l’objet d’une enquête, et pas une seule d’entre elles ne payait un salaire suffisant pour vivre à leur main d’œuvre cumulée de 100 000 travailleurs. Nombre d’entre elles ne payaient même pas le salaire minimum. Ce que le rapport montre aussi clairement, c’est que c’est une question de genre : 76% de la main-d’œuvre étudiée sont des femmes. Les chaînes d’approvisionnement mondialisées exploitent en premier lieu du travail féminin. C’est une ironie qui échappe à la plupart des femmes qui consomment massivement du prêt-à-porter en Occident. Des femmes achetant des produits faits par d’autres femmes, sous-payées, exploitées.

Il y a plus, les choses semblent empirer, plutôt que de s’améliorer. L’emploi devient plus précaire puisque plus de travailleurs ont des emplois temporaires, sont payés à la journée, ou appelés en cas de besoin plutôt qu’embauchés de façon permanente. Cela permet aux employeurs d’échapper aux congés payés, aux arrêts maladie et aux contrats écrits.

Sur ces contrats de court-terme, les employeurs imposent aussi des heures supplémentaires obligatoires, des salaires plus bas et des objectifs de productions plus élevés.

Un emploi si précaire rend le recrutement et l’organisation syndicaux plus difficiles parce que les contrats ne sot pas renouvelés si le travailleur a été impliqué dans des activités syndicales. En moyenne, 25% des travailleurs en Indonésie étaient employés à court terme ou temporairement, tandis qu’aux Philippines cela montait à 85% dans une usine et 50% dans une autre.

Au Sri Lanka, les salaires étaient payés en fonction des objectifs de productivité- en dépit du caractère illégal de cette pratique. Dans une usine à Girigara, le salaire de base était diminué si les objectifs fixés par la direction n’étaient pas atteints. Dans une autre usine appartenant à la même compagnie, Katunayake, les travailleurs ne recevaient pas une paye motivante, à moins que leur quota soit atteint intégralement. Mais les travailleurs ont rapporté que les objectifs étaient impossibles à atteindre et que, par conséquent, ils n’avaient jamais de bonus, et ce même s’ils renonçaient aux pauses pour aller aux toilettes ou aux périodes de repos pour essayer de les réaliser. Dans d’autres usines, les travailleurs étaient forcés de faire des heures supplémentaires pour atteindre les objectifs de productivité.

Le rapport établit que les heures supplémentaires excessives étaient la « norme » dans les usines d’articles de sport et de prêt-à-porter en Indonésie ; les travailleurs dans toutes les usines faisaient de dix à quarante heures supplémentaires par semaine. Il y a eu des cas d’abus physique et psychologique quand les travailleurs échouaient à atteindre les objectifs- dans une usine, en guise de punition, 40 travailleurs ont été enfermés dans une pièce sans ventilation sans accès aux toilettes, à l’eau ni à la nourriture pour plus de trois heures.

Au Sri Lanka, les travailleurs étaient forcés de travailler jusqu’à 130 heures supplémentaires par mois, et quiconque demandant à s’en aller a été verbalement harcelé. Aux Philippines, 24% des travailleurs ont dit qu’ils ne recevaient pas d’argent supplémentaire pour leurs heures supplémentaires. Les horaires typiques imposent de travailler de 6 heures à 20 heures.

De nombreux travailleurs de ces usines au Sri Lanka sont des jeunes femmes des zones rurales. On leur dit quand on les recrute que les usines préfèrent qu’elles ne se marient pas, et certaines compagnies organisent même des tests de grossesse pour se débarrasser des femmes enceintes. L’intimidation et l’abus sexuels étaient fréquents.

Dans de nombreux cas, la conduite des employeurs était illégale, mais le rapport- qui a tiré au sort des usines- signale que seul un système d’inspection correctement doté en moyens peut rendre la loi efficace. Sans inspection, la législation est dépourvue de sens.

Il est utile d’ajouter, après ce catalogue d’abus, que le Département pour le Développement International du Royaume-Uni vient juste de supprimer les fonds qu’il versait à l’Organisation Internationale du Travail, un des plus anciens corps internationaux au monde à essayer d’améliorer les conditions de travail. L’OIT publie vendredi un Rapport en collaboration avec la Banque de Développement Asiatique sur les formes de l’emploi féminin en Asie et les inégalités.

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