Il y a de bonnes choses chez les tuis (les « intellectuels »médiatiques) par danielle Bleitrach

Lorsque qu’un homme assiste sans broncher à une injustice, les étoiles déraillent. [Bertolt Brecht]

          Il ya un mec qui se répand sur toutes les chaînes de télé pour venir dire son admiration et son accord avec l’opération menée par les Etats-Unis, hier il sévissait dans C dans l’air avec l’inénarable Alexandre Adler. Par parenthèse  ne croyez pas que ce dernier  soit ma tête de turc, j’éprouve pour lui quelque chose comme de la tendresse et j’explique pourquoi…  Mais intellectuel pour intellectuel ma préférence va plutôt à Brecht dont le cynisme n’était pas vanité mais tentative pour contenir sa « chétive » compassion pour être le révolutionnaire qu’exigeaient des temps impitoyables.

          Mais revenons à cette émission : Calvi dans le rôle du meneur et du candide, tout un programme, a joué l’avocat du diable : est-ce qu’il est vraiment juste de se conduire contre ceux que l’on combat pour leur non respect des droits de l’homme selon les mêmes méthodes » Et après cet effort d’impartialité comme il avait pris soin de n’inviter aucun individu susceptible de défendre  ce genre d’opinion, il s’est laissé enfoncer par le plateau avec des ronrons de chattemitte… « vous n’y pensez pas, faut faire de la politique mon brave Calvi« …

             Le mec,  qui est partout,  le genre vieux baroudeur, honorable correspondant de la CIA, expliquait avec quelque rudesse de bon aloi que les Etats-Unis avaient fait ce qu’il fallait, pas question d’offrir la tribune d’un procès à tous ces loqueteux du Tiers monde. D’ailleurs ajoutait-il, quand la CIA a exécuté le Che Guevara, ils ne lui ont pas laissé la moindre chance de survie et ils se sont débrouillé de faire disparaître ses restes pour que ni sa famille, ni Cuba n’en conserve la moindre trace… Outre le fait que comparer le Che Guevara à ce criminel, stipendié de la CIA qu’était Ben Laden prouvait que le problème n’était pas ce que l’on avait à  reprocher sur le fond à l’exécuté mais le fait d’être désigné comme ennemi par les USA,  cet homme aurait du actualiser ses informations et savoir qu’il existait un mausolé à Cuba, à Santa Clara. personne n’a relevé.

             Alexandre Adler, toujours dans les coulisses de l’exploit, a lui aussi multiplié les références aux communistes en expliquant que les staliniens qui l’avaient formé avaient la même vision du monde, pas de trace, pas de procès. Extraordinaire cet appel du pied au stalinisme, double confusion , le Che guevara avec Ben Laden et les Etats-Unis avec « le rude mais lucide Staline« .  Il n’a l’air de rien Adler mais c’est un repenti du KGB, la grande armée rouge défile en contrepoint. Un plus de crédibilité et en même temps un appel au croquemintaine, une garantie d’inhumanité… Quel cirque…   Et pourtant j’éprouve pour Adler et pour ses nostalgies, sa vanité enfantine, quelque chose de l’ordre de ma sympathie pour Chirac: il est tellement humain, aucun défaut de l’humaine condition ne paraît lui avoir été épargné en particulier une sorte de vanité gourmande, un flot ininterrompu et joyeux de noms, de citations, qui  de temps en temps laisse échapper…

               Il y a une pièce de théâtre de Brecht « Turandot ou le congrès des blanchisseuses » où les tuis, les intellectuels médiatiques de l’époque,  sont invités à un concours d’éloquence, dont le prix est la main de la fille de l’empereur de Chine,  pour démontrer l’indémontrable (c’est parce qu’il y a eu une très bonne récolte que la famine règne dans la paysannerie), ils se prennent au jeu , bavardent, bavardent, jusqu’au moment où il leur échappe une part de vérité. Il en a été ainsi de ces vaniteux à C dans l’air. Ils voulaient tellement démontrer qu’ils savaient qu’ils ont fini par lâcher que l’histoire des étasuniens n’était pas crédible, en l’occurrence la révélation du gars emprisonné à Guantanamo, mais ont-ils dit cela sauve la face d’Obama qui avait promis de fermer la prison sans loi et autres lieux de tortures et qui ne l’avait pas fait. Autre preuve, Le bunker de Ben Laden se trouvait dans une zone résidentielle de l’armée pakistanaise, à côté d’un commissariat de police. Bref tout cela prouvait qu’il était placé là « au chaud » sous la protection de… Ils ont dit en prime  que le principal danger nucléaire vient des « alliés » des Etats-unis, en l’occurrence  le Pakistan dont il semble que les Etats-unis ne cessent de les retenir au bord de la catastrophe. Ils auraient pu y  ajouter Israël.

              Enfin ils ont même été jusqu’à entrevoir l’idée qu’il ne fallait surtout pas que Ben Laden parle, il avait fait son temps.

             Alexandre Adler a même ouvert une perspective non seulement c’était fini les mamours entre les Etats-Unis et l’Inde on allait assister à de nouvelles relations entre Pakistan et Etats-Unis (Voilà qui allait rendre le Bric plus efficace: ça c’est de moi…). On allait ressortir le mollah Omar des tiroirs pour négocier, pour le moment chacun semblait savoir où il faisait de la moto  du côté de Khandara.. Et le bon Alexandre qui a toujours été un optimiste devant l’éternel a affirmé que tout le monde allait quitter l’Afghanistan. De ta bouche dans l’oreille de dieu comme disait mon rabbin d’arrière grand père… Mais mon pauvre Alexandre tu sais bien qu’il faut toujours imaginer le pire, ton bon coeur te perdra… Comme quand tu expliquais que l’iranien n’en avait plus pour longtemps…  Si on reprenait toutes tes prévisions « optimistes » on aurait peut-être des doutes sur celle-ci … mais tu n’es pas là pour être exact mais pour remuer du vent quand ça pue trop… comme tous les gens qui passent chez calvi, ils aérent…  ils étaient seulement venu pour expliquer que les USA avaient fait ce qu’il fallait…

                Ce qu’ils n’ont pas dit et que je pense c’est que, comme l’intervention en Libye, l’assaut de Barhein par les saoudiens, cette opération fait partie d’une tentative de reprise en main du « printemps des peuples », pour cela on recompose les alliances en particulier on est prêt à lancer des alliances avec la bourgeoisie pour maintenir les privilèges et l’exploitation des ressources. Ils racontaient qu’ on avait exécuté Ben laden comme un symbole, pour mieux s’entendre avec les pseudo-ennemis. En Egypte on négocie avec les frères musulmans, on entretient de nouvelles relations avec une partie d’Al Qaida comme à Benghazi et on se prépare avec le Pakistan à laisser faire le bordel afghan, tout en ménageant au sein du chaos l’accès aux ressources et pour cela il faudra bien maintenir des formes d’occupation dont continuer à entretenir le chaos avec ou sans Ben Laden. Bref il faut bien changer un petit quelque chose pour que tout perdure comme avant…

            Dans cet objectif  on fait des actions pour « l’exemple » pour prouver que le sheriff tire toujours plus vite que son ombre et en sous main on recrée des « bandes » avec les anciens stipendiés, un temps ennemi, entre prédateurs on peut toujours négocier, le tout c’est d’empêcher les peuples de bouger.

                    Quand on a réussi à détruire l’esprit public on peut faire ce que l’on veut  et le cynisme n’a même plus à masquer le fait que la seule réalité est la loi du plus fort. Dans la pièce de théâtre de bertolt Brecht « Turandot ou le congrès des blanchisseuses », comme chaque intellectuel finit par dire la vérité  celui qui obtient la main de la princesse est celui qui tire son revolver en criant « assez de discours obéissez ». Un paysan qui est venu à la ville et a écouté les discours des Tuis déclare qu’il y a effectivement de bonnes choses chez les tuis, et qu’il part rejoindre l’un d’entre eux qui a commencé la longue marche.

l’ennui est qu’il n’y a pas grand monde de lancé réellement dans cette marche aujourd’hui et qu’on se sent un peu seuls…  Et l’Histoire paraît toujours plus une histoire pleine de bruit et de fureur racontée par un idiot et qui ne veut rien dire…

Danielle Bleitrach

4 commentaires

  1. Décidément, j’adore tes interventions sur ce site. Elles nous rendent un peu plus intelligents a chaque fois… Au plaisir de te (re)lire😉

  2. merci, pour l’enseignante que je suis il n’y a pas de compliment plus gratifiant: rendre un peu plus intelligent non pas dans l’abstrait mais pour agir et transformer… Ebn ce moment je rédécouvre le plaisir de discuter et de travailler avec des jeunes, j’écoute une intelligence comme un moteur et je me dis « tiens il faudrait l’aider à changer les bougies » et après ça ira… Il faut partir de lui et non de vous même, mais quel bonheur de le sentir s’épanouir à sa manière, à partir de ce qu’il est… Merci donc…
    Danielle Bleitrach

  3. J’approuve « le Joker ». Et surtout, je savoure ton retour, Danielle, j’avais craint que ton absence soit beaucoup plus longue.

    Merci.
    Abrazo

  4. Je rejoins Joker et Pedrito, ça fait plaisir de vous relire!


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