Jeunesse : la bataille pour le capital culturel, par Jesse Chacon Escamillo

 

source :  Informe21.com

traduitpar Marc Harpon pour Changement de Société  à partir de l’original espagnol et de la traduction anglaise faite par Tamara Pearson pour Venezuelanalysis.

Ingénieur de formation et ancien militaire, Jesse Chacon Escamillo a été Ministre de la Science et de la Technologie de la République Bolivarienne du Venezuela.

Le cycle révolutionnaire entamé dans la société vénézuélienne depuis 1989 équivaut à une profonde transformation du régime politique et des schémas de développement que les cercles influents copiaient des structures du capitalisme tardif.

Comme toute révolution, la Révolution Bolivarienne a impliqué un profond changement culturel. Elle a chassé ou repositionné les rôles et les significations sociales qui, lors des précédents cycles, étaient configurés d’une façon radicalement opposée. Un exemple de cela est l’émergence du peuple comme protagoniste avec une place sociale reconnue, de même que le haut niveau de disputes symboliques entre le peuple et les élites.

Dans le champ des querelles de genre, les femmes ont infligé une défaite substantielle au contrôle patriarcal et aujourd’hui, ont une présence déterminante dans divers domaines de l’éducation, tout en conquérant un espace considérable dans la direction des mouvements communautaires.

Dans cette première étude de sociologie du goût, nous avons pu établir l’importance de la jeunesse vénézuélienne dans le spectre social de même que le haut niveau de transmission des valeurs des générations antérieures vers les plus jeunes.

De même, nous constatons des tendances contradictoires chez les jeunes. D’un côté, nous voyons que les valeurs liées à une culture de consumérisme basée sur les structures esthétiques/culturelles du capitalisme tardif sont toujours présentes, et, d’un autre, apparaissent de nouveaux horizons éducatifs ainsi qu’une tendance en développement- la principale, tendance lourde : le renforcement du lien social.

Aujourd’hui, 84% de notre jeunesse se définit comme heureuse, et presque 30% d’entre elle obtient ce bonheur par la réussite académique. De plus, 96,9% étudieraient plus, s’ils pouvaient.

Ce désir se matérialise par une augmentation substantielle du capital culturel des jeunes. Dans le Venezuela révolutionnaire, la consolidation de l’éducation comme sphère d’inclusion est prouvée par les indicateurs d’inscription scolaire et universitaire. Autrement, le Venezuela n’aurait pas été reconnu par l’UNESCO comme le second pays d’Amérique Latine pour l’enrôlement universitaire, et le quatrième dans le monde.

De la même manière, la culture de l’action collective au sein de notre jeunesse a fait de grands progrès : 62,8% des jeunes voudraient prendre part à un projet communautaire et 67% croient que les gens participent aux activités communautaires pour améliorer le sort de la communauté.

Un autre élément frappant est l’image positive que les jeunes disent avoir d’eux-mêmes, comme par exemple quand on leur demande s’ils amélioreraient ou non un aspect de leur corps et qu’une majorité (58,5%) répond « non ».

Accordant une grande valeur à la culture politique, la jeunesse vénézuélienne n’a rien à voir avec l’image de désespoir, de détresse, et de dépolitisation que donnaient certains analystes de la jeunesse des années 90. Au contraire, toute la société prend une part active au débat politique, autant à gauche qu’à droite, et leur présence active dans la compétition électorale en est la preuve.

Les jeunes s’identifient avec l’option du changement représentée par le gouvernement bolivarien. La preuve en est que 56,2% des jeunes reconnaissent en approuvent la gestion du Président Chavez.

Toutefois, des aspects des structures culturelles et esthétiques du capitalisme tardif persistent dans notre jeunesse. 57,7% des jeunes aimeraient rencontrer une personne célèbre, 59,8% aimeraient porter des vêtements de marque. De même, en abordant deux thèmes capitaux du débat culturel et moral de toute la société concernant les droits civiques, on voit que les jeunes sont encore attachés à une restauration morale conservatrice : 67,4% désapprouvent les relations sexuelles entre personnes du même sexe et 90,4% désapprouvent la décision d’avorter pour une adolescente de 17 ans tombant enceinte.

La jeunesse, comme symbole de la société future, est le champ de bataille où les adultes se disputent l’hégémonie culturelle et la reproduction symbolique de leur projet de société.

Aujourd’hui, il est clair que le processus [révolutionnaire] s’est débrouillé pour gagner le soutien d’une large part de l’espace socio-politique de la jeunesse, mais dans ce domaine esthético-culturel les valeurs liées au capitalisme tardif subsistent encore.

Le grand défi pour ce projet révolutionnaire est de parvenir à faire des progrès matériels et des progrès en matière de participation sociale et politique, avec un effort qui permette de transcender les structures culturelles-esthtéitques et donne naissance à une nouvelle gamme de préférences sociales, de désirs, de valeurs, en accord avec la nouvelle société socialiste en construction.

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