Les démolitions de maisons par Israël agravent le nettoyage ethnique, par Rachel Busbridge

Le quartier palestinien de Silwan, à Jérusalem-Est.

 

source : Green Left Weekly

traduit de l’anglais par Marc Harpon pour Changement de Société

 Vivant à Jérusalem, l’auteure est membre du Israeli Committee Against House Demolitions, le Comité ISraélien contre les Démolitions de Maisons. (note de MH)

Perchés sur les murs de la Vieille Ville (Jérusalem), deux policiers israéliens observent avec des jumelles militaires.

Je suis leur regard vers Silwan (ou la Cité de David, suivant vos opinions politiques), un village palestinien qui s’étend , presque du temple jusqu’à la montagne, le long de la Vieille Ville dans Jérusalem-Est occupée.

Je vois le centre de leur attention : une petite maison, située près de la colonie israélienne de Beit Yonatan dans une zone vendue pour être mise en valeur par l’organisation colonialiste israélienne d’extrême droite Elad.

La route a été élargie pour l’arrivée des bulldozers. Ils ne sont pas encore là, mais pourraient arriver aujourd’hui, demain ou peut-être l’an prochain.

Mais le fait simple, brutal, est que cette maison ne survivra pas. Elle ne résistera pas au glaive Caterpillar.

C’est inéluctable, de par sa position. Ou peut-être serait-il plus précis de dire que c’est la position respective des deux villages qui condamne cette maison à devenir un jour un tas de débris.

Démolir ainsi des maisons fait partie intégrante de l’appareil d’occupation israélien. La démolition agit comme un outil essentiel et efficace pour la dépossession des territoires palestiniens situés dans les zones occupées ou à l’intérieur même d’Israël.

Depuis l’occupation en 1967 de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza, et l’annexion de Jérusalem-Est à Israël, plus de 24 000 maisons ont été démolies. Dans Jérusalem-Est uniquement, environ 20 000 foyers ont fait l’objet d’ordres de démolition.

Le statut de Jérusalem-Est est unique dans le contexte de l’occupation.

Elle a été considérée comme faisant partie de la capitale « éternelle et indivisible » de Eretz Yisrael (la Terre d’Israël) depuis 1980 et intégrée au territoire national israélien à partir de 1982. Mais pour le reste du monde, Jérusalem-Est demeure un territoire occupé.

Avec la détermination de la municipalité de Jérusalem de maintenir un équilibre démographique de 70%-30% entre les juifs et les arabes, les habitants arabes de Jérusalem sont pris dans une toile légale et politique complexe, insidieuse et protéiforme conçue pour les séparer de la ville.

Un des effets les plus dommageables de l’annexion de Jérusalem a été l’inclusion de résidents palestiniens sous la loi de planification et de construction israélienne. Celle-ci stipule que tout bâtiment n’obtenant pas de permission immédiate de la municipalité locale est illégale et doit être démolie.

Pour construire, il faut fournir un permis des autorités locales.

Les permis sont durs à obtenir pour les palestiniens. Non seulement ils sont extraordinairement chers et prennent des années à être octroyés, mais de nombreuses administrations exigent que la propriété du terrain et des bâtiments soit prouvée. C’est quelque chose que la plupart des familles ne peuvent faire, compte tenu de l’ancienneté des titres et des déplacements endurés.

De nombreuses familles vivant dans leurs maisons depuis des générations vivent ainsi dans des constructions « illégales » d’après la loi israélienne. Il suffit que la municipalité le décide pour que les maisons puissent être « légalement » démolies.

Compte tenu du coût, de l’attente et de l’incertitude des démarches pour obtenir une permission d’une municipalité peut conciliante, les palestiniens de Jérusalem sont souvent forcés de construire ou d’agrandir leurs maisons sans permis.

De nombreux facteurs entrelacés forcent les palestiniens à construire sans autorisation, y compris la raréfaction de l’espace urbain disponible et la gestion administrative de l’identité des résidents.

Depuis 1967, 54% des terres appartenant aux palestiniens ont été classées « espace verts » réservés pour « l’utilisation publique » et de ce fait interdites à la construction. Comme par hasard, beaucoup de ces « espaces verts » encerclent les quartiers palestiniens déjà existants, étranglant la croissance et l’extension urbaines naturelles.

Avec le fait que 35% des terrains palestiniens ont été récupérés pour des colonies israéliennes, des routes et d’autres équipements, cela crée une situation dans laquelle beaucoup de familles palestiniennes vivent dans des maisons surpeuplées.

De plus, le d’identification administrative des résidents, sous lequel vivent les palestiniens de Jérusalem, a des conditions extrêmement dures et la carte peut être facilement retirée dans le cas où quelqu’un prendrait une autre nationalité ou résiderait hors des limites de la ville.

Les familles s’amassent donc dans un habitat inadéquat dans le but de garder le statut de résident et sont forcées d’agrandir leurs maisons sans permission.

A Jérusalem-Est il a y une pénurie artificielle estimée à 25 000 logements pour les palestiniens, et une mauvaise volonté d’une municipalité qui refuse de réagir à cette raréfaction de logement approprié.

De 1967 à 2003, 90 000 logements ont été construits à Jérusalem-Est pour des colonies juives, mais aucun n’a été construit pour les palestiniens. La municipalité n’accorde que 50 à 100 permis de construire par an pour les logements palestiniens.

Le Comité Israélien Contre la Démolition des Maisons a affirmé dans un rapport de 2007 : « La municipalité de Jérusalem exproprie des gens de leurs terres, empêche l’élaboration d’un plan d’occupation des sols pour les quartiers palestiniens, et refuse d’accorder des permis de construire, provoquant une sévère pénurie de logements, forçant les résidents à construire sans permis, après quoi le Ministère de l’Intérieur et la Municipalité démolissent les maisons, ce qui conduit les résidents à déménager vers des villages hors de la ville, et ensuite, le Ministère de l’Intérieur révoque leurs droits de résidents et les chasse de la ville pour toujours. »

La démolition de maisons est légale d’après la loi israélienne, mais cela ne signifie pas que la loi soit juste, ni même appliquée avec justice.

Le fait que 66% des constructions en infraction répertoriées le soient dans le secteur israélien tandis que 66-70% des démolitions ont lieu dans le secteur palestinien en dit long sur l’application inégale de ce qui demeure une loi inhumaine.

Par ailleurs, des bâtiments construits illégalement par des israéliens, qui devraient être détruits, ne sont, comme d’habitude, pas détruits. Par exemple, la colonie de Beit Yonatan a été construite sans permis mais en a reçu un rétro-activement.

Au niveau international, cependant, la démolition de propriété privée est absolument illégale d’après la Quatrième Convention de Genèse. Celle-ci déclare explicitement que les puissances occupantes ne doivent ni endommager ni détruire des biens privés ni chercher à changer l’aspect démographique du territoire occupé.

Officiellement, la municipalité soutient que la démolition de maisons vise à dissuader la construction illégale et promouvoir un plan urbain « adapté » pour la ville. Mais il est manifeste que la démographie figure en première place parmi les inquiétudes de la municipalité concernant les résidents palestiniens de Jérusalem-Est.

Maintenir une majorité juive significative est une motivation claire de la démolition de maisons. La démolition encourage les palestiniens au départ, leur accorde un faible espace urbain et rend leur vie quotidienne difficile traumatisante.

De m^ême que le fait de maintenir la proportion « idéale » de juifs et de palestiniens, la démolition de maisons joue un rôle capital dans le projet de judaïsation de la ville- un projet dans lequel les groupes de colons comme l’Elad sont à l’avant-garde.

Avec une municipalité de droite de plus en plus radicale dont les liens avec les organisations colonisatrices sont prouvés, la judaïsation de Jérusalem est devenue un projet national d’expulsion des zones palestiniennes vers les terres extérieures- établissant et créant des zones juives à leur place.

A Jérusalem, qui est au cœur du conflit à tant de niveaux, établir des zones juives est partie intégrante du succès du projet national sioniste.

Plus crûment, le Sionisme (le fait de défendre un État « Juif » dans la Palestine historique) contient une formule simple : le maximum de juifs sur le maximum de terres avec le minimum de palestiniens.

Les démolitions de maisons jouent un rôle capital dans la mise en application de cette formule. Les palestiniens cessent d’être des être humains, devenant de simples « menaces » démographiques et des pions qu’on déplace à satiété (de préférence vers la Cisjordanie).

La démolition de maisons encourage les palestiniens à fuir Jérusalem, en même temps qu’elle rend effective la souveraineté israélienne sur les terres. Elle dit : « C’est à nous, nous dirigeons, et vous non et vous n’aurez jamais votre mot à dire « .

Les larmes, le traumatisme, la douleur et la perte résultant de la démolition d’une maison- les pères et les maris sur la paille, les mère et les épouses accablées, les enfants terrifiés- ne sont rien face à une action symbolique visant à montrer qui commande.

Dans cette formule du sionisme, la petite maison de Silwan ne représente rien de plus qu’une nuisance et une opportunité à saisir.

Ce n’est plus une maison, le lieu des amours et des problèmes d’une famille, l’endroit de ses plus chères possessions. C’est une maison palestinienne, et rien de plus.

Mais, comme disent les palestiniens, exister c’est résister. Pour l’instant, l’existence de cette maison est un acte fondamental de résistance- elle élève la voix contre le projet national sioniste, elle défie l’idée que les palestiniens ne sont pas enracinés dans la ville et dans le pays.

Et peu importe quand cette maison sera démolie, elle aura quand même été là.

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