André Gerin : en jouant un 21 avril à l’envers, le Parti socialiste joue avec le feu, et les communistes ont le droit de choisir leur candidat

source : Réveil Communiste

Déboucher sur un 21 avril 2002 à l’envers fait partie de la stratégie du Parti socialiste. J’en ai l’intime conviction.

L’instrumentalisation du FN par le Parti socialiste a commencé en 1984 avec François Mitterrand. Il s’agit de réactiver ce dispositif dans les conditions d’aujourd’hui. Quelles sont-elles ? Le désaveu et le rejet de Nicolas Sarkozy et de l’UMP, la marginalisation du PCF, sa disparition dans la nébuleuse du Front de gauche derrière Jean-Luc Mélenchon, faux-nez du PS, le désarroi et l’exaspération de l’électorat populaire (ouvriers et employés), autant d’éléments pour siphonner le potentiel électoral de l’UMP et faire grossir le FN, en espérant ainsi bon an mal an gagner la présidentielle à défaut d’adhésion majeure à un projet politique par ailleurs inexistant.

 

Le PS s’est entièrement fondu dans la logique institutionnelle de la Vème République, dans la présidentialisation d’un régime en forme de « coup d’État permanent » comme le dénonçait François Mitterrand en 1964. C’est à ce même PS que nous devons l’inversion du calendrier électoral, les élections législatives devenant un scrutin secondaire entièrement dépendant de la présidentielle.

Cette confiscation du pouvoir et sa transformation en une monarchie républicaine vont de paire avec le renoncement à rompre avec le capitalisme et la dilution de la France dans une mondialisation et une Europe piétinant les Nations et les souverainetés au profit du marché et de la finance (Maastricht, Amsterdam, Lisbonne, le pacte européen de compétitivité).

La gauche peut gagner l’élection présidentielle sur fond d’un anti-sarkozysme croissant. Mais pourquoi faire ? Pour construire quelle société ? Comment changer sans rupture, sans s’attaquer au capitalisme prédateur à la mondialisation de l’oligarchie financière pilotée par Bruxelles, le FMI, l’OMC ?

Un premier engagement s’impose si nous voulons être clairs : critiquer le Président Sarkozy ? D’accord ! Mais la gauche reviendra-t-elle sur toutes les réformes de régression que celui-ci a entrepris et qui relèvent de la démolition du modèle social français ?

Bien-sûr, une victoire de la gauche est souhaitable. Mais quelles conditions faut-il réunir pour qu’elle réussisse, pour qu’elle ne débouche pas sur un nouvel échec, sur un nouveau renoncement à changer la vie ?

Cette interrogation en appelle une autre : où en est le PCF ?

PCF : LA LONGUE MARCHE DES RENIEMENTS


Les dirigeants du PCF se sont inscrits dans le piège du Parti socialiste, bipolarisation oblige. Nous l’avons vu avec le gouvernement Jospin qui a mené une politique social-libérale avec un record de privatisations d’entreprises et la bénédiction de nos ministres Jean-Claude Gayssot et Marie-George Buffet, de bout-en-bout, de juin 1997 à mai 2002 pendant 5 années.

Le plus étonnant serait de considérer l’éviction de Lionel Jospin à l’élection présidentielle de 2002 comme un accident dû à l’éparpillement des candidatures à gauche sans s’interroger sur le sens du vote Front national et l’ampleur des abstentions.

Sous l’autorité de Robert Hue, nous sommes demeurés dans le piège du PS. Non-seulement nous ne tirons aucun enseignement sur la perte des 30 villes en 2001 mais nous poussons la logique plus loin encore en 2004 en participant à la création du Parti de la gauche européenne à vocation social-démocrate et en rompant nos relations avec l’ensemble des partis communistes en Europe et dans le monde.

Marie-George Buffet remplace Robert Hue déçu par son résultat aux présidentielles. En développant la nébuleuse des collectifs antilibéraux, nous feignons de nous démarquer du Parti socialiste en cherchant à faire émerger une candidature non-communiste aux présidentielles. Cette tentative échoue. Marie-George Buffet se voit contrainte d’être candidate. Elle le fera à reculons en menant une campagne, publique et politique, si peu au nom du PCF.

Cette posture est d’autant moins compréhensible après la campagne formidable menée lors du Référendum sur la Constitution européenne qui pourtant ouvre un champ nouveau à l’activité communiste.

A la vérité, nous pouvons mieux le comprendre aujourd’hui : Marie-George Buffet préparait déjà un nouveau scénario qui allait déboucher sur la création du Front de gauche et la promotion du dirigeant socialiste Jean-Luc Mélenchon.

ABANDON DU GROUPE COMMUNISTE A L’ASSEMBLEE NATIONALE


En juillet 2007, n’ayant pas obtenu la possibilité de constituer un groupe à l’Assemblée nationale, il est décidé de mettre en place un groupe technique dit « provisoire » avec les élus Verts et Ultra-marins.

Cela débouche sur des décisions incompréhensibles. Alain Bocquet alors président du groupe communiste, démissionne. 7 collaborateurs sont licenciés. Nous sommes 18 sur 22. Malgré cela, les moyens sont répartis en 3 parts égales. L’appellation GDR est décidée excluant le mot communiste. Qui l’a décidé et où ? Nul ne le sait. Rien n’y fait, c’est comme ça et pas autrement (*).

Malgré ce qui nous en coûte de ne plus avoir un groupe communiste à l’Assemblée nationale, sans parler des pertes financières, aujourd’hui, nous sommes vraiment en difficulté politique sur des sujets cruciaux en raison des positionnements des députés Verts.

C’est là que se profile la préparation du congrès de décembre 2008. Nous marchons à cloche-pied. Il faut imaginer un nouveau scénario pour préparer une rampe de lancement des présidentielles 2012. Marie-George Buffet règle le problème dès le départ pour qu’il y ait un candidat non-communiste. L’année 2008 sera fructueuse en rebondissements. Le coup d’envoi officiel sera donné le 24 octobre dans le rapport de Francis Wurtz au Conseil national. Le tempo est donné à la fin du mois : Jean-Luc Mélenchon annonce qu’il quitte le Parti socialiste pour créer un nouveau parti, 15 jours avant le congrès du Parti socialiste (**).

Le congrès du PCF de décembre 2008 va valider l’option du Front de gauche. Nous parlons même dans un discours ronflant de « Front populaire du XXIème siècle ». Devant l’exigence des communistes, la direction est dans l’obligation de garder l’appellation du PCF mais elle truque les cartes avec un mot d’ordre séducteur : le Front de gauche se veut une politique de rassemblement contre un repli identitaire. Or, dans la préparation du congrès, l’opposition à cette ligne a obtenu 40 % des votes dont un quart. J’en étais la tête de file (score réalisé au PS par la liste Hamon/Emmanuelli). Les opposants ont été écartés de toute responsabilité et n’ont jamais été associés aux grandes initiatives politiques. La direction nous parle d’ouverture alors que ce sont des logiques d’appareil construites dans l’urgence qui prévalent.

Le Parti de gauche est créé en début d’année 2009. Il en est de même pour la gauche unitaire. Tout s’emboite. C’est la confirmation d’un scénario écrit d’avance, toujours en phase avec le piège décrit plus haut, autour du Parti socialiste.

LA CANDIDATURE DE JEAN-LUC MELENCHON : UN SCENARIO ECRIT EN 2008


La direction nous a d’abord assurés que pour la présidentielle, tout était ouvert. Mais, à aucun moment il n’a été envisagé une candidature émanent des rangs communistes ou du mouvement social. Le mot d’ordre du départ, bien que non-dit, était « tout, sauf un candidat du PCF ».

Quand je pose la question à Pierre Laurent : « Si Mélenchon n’est pas élu, qu’est-ce qui se passe ? » Il me répond du tac-au-tac : « ce n’est pas possible, nos partenaires n’accepteront pas ».

La boucle est bouclée entre octobre 2008 et avril 2011. Nous les voyons même embarrassés, gênés avec la candidature d’André Chassaigne qu’ils n’ont ni soutenue ni promue en aucune manière.

Le candidat des communistes doit porter des choix clairs et de rupture. Je veux dire ici, au-delà de ma candidature personnelle, pourquoi il faut refuser le choix de Jean-Luc Mélenchon, un choix dangereux avec pour seul objectif : affilier directement le PCF au Parti socialiste.

Jean-Luc Mélenchon est un dirigeant socialiste, ancien ministre de Lionel Jospin comme Marie-George Buffet. Pouvons-nous penser un seul instant que Jean-Luc Mélenchon serait désormais en rupture avec son engagement politique de toujours et pourrait porter nos valeurs et notre combat ? Il est d’autant plus illusoire de le penser que nous avons, par le passé, payé très cher de ne pas présenter de candidat communiste à la présidentielle et de nous en remettre à d’autres.

Or, Pierre Laurent nous dit le 8 avril 2011 : il a le souci de la transparence, il faut décider en connaissance de cause. Il nous a même expliqué qu’il fallait évaluer les potentiels et les risques des deux candidatures Chassaigne et Mélenchon. Or, pour la transparence, il manque une pièce au dossier, en particulier concernant André Chassaigne. En plus, nous aimerions qu’il y ait clarification sur la notion de rassemblement dans la mesure où l’essentiel se situe dans des logiques d’appareil ou de sommet. La direction nous avait dit à peu près la même chose sur les collectifs antilibéraux mort-nés.

Il est évident que le Front de gauche est conçu comme une nouvelle force politique dans le cadre d’une recomposition comme le dit Jean-Luc Mélenchon. Les dés ont été pipés de bout-en-bout. Une seule version a été donnée aux communistes. A nous de donner toutes les versions pour décider en connaissance de cause et ne pas se faire rouler dans la farine.

Jean-Luc Mélenchon est là pour servir l’opération du Parti socialiste gagner à n’importe quel prix l’élection présidentielle 2012, jouer avec le feu en se servant du FN pour assurer la présence du PS au 2ème tour et ne pas subir un 4ème échec après 1995 – 2002 et 2007.

Il est tout de même insupportable d’entendre le secrétaire national nous dire sa préférence en faveur d’un dirigeant socialiste Jean-Luc Mélenchon, sans apporter la moindre argumentation pour apprécier la posture d’André Chassaigne qui s’inscrit pourtant à fond dans le Front de gauche.

PIERRE LAURENT CHOISIT UN DIRIGEANT SOCIALISTE : JEAN-LUC MELENCHON


Que Pierre Laurent nous dise : « André Chassaigne ne fait pas la maille », « André Chassaigne n’a pas d’envergure », « André Chassaigne n’a pas de charisme », « André Chassaigne n’est pas assez médiatique »

Ou alors Pierre Laurent qu’il nous dise : « Le défaut d’André Chassaigne, c’est d’être communiste ».

La situation devient cocasse surtout quand nos dirigeants prétendent refuser la personnalisation de la vie politique. S’il y a une candidature qui correspond à ce profil, c’est bien celle d’André Chassaigne.

Contrairement aux affirmations de janvier, aucun espace n’a été laissé sur le choix du candidat. « L’accord » négocié avec Jean-Luc Mélenchon est conditionné à sa personnalité. Il est socialiste, il veut poursuivre l’héritage de François Mitterrand pour emboiter le programme partagé avec le programme du Parti socialiste ripoliné à gauche pour une participation gouvernementale.

Le Parti communiste se trouve plus encore que sous Jospin dans le piège du PS, prêt à accepter d’avoir un rôle local, départemental, à se résoudre à ne plus avoir sa place en première division de la vie politique nationale.

C’est une démarche funeste, car pour le PS, ce n’est pas la réduction du FN qui l’intéresse mais c’est de se servir du FN pour prendre le pouvoir à la droite. Dans cette partition, Jean-Luc Mélenchon joue le rôle de rabatteur en faveur de ce scénario mortifère pour le PCF où ses dirigeants capitulent en rase campagne, sans ambition. Ils ne croient pas, ils ne croient plus, pour certains ils n’y ont jamais cru, à un Parti communiste moderne, de combat, pour les transformations sociales révolutionnaires du XXIème siècle.

RIEN N’EST JOUÉ – AUX COMMUNISTES D’AVOIR LE DERNIER MOT


Je veux le dire haut et fort : rien n’est joué. Les communistes souverains peuvent faire un autre choix. Pourquoi faudrait-il voter pour le Parti socialiste en votant Mélenchon ? C’est quand même un sujet de réflexion et surtout d’interrogation.

C’est un choix de combat politique pour mettre en échec le piège du Parti socialiste qui joue à fond la bipolarisation.

Un choix de combat politique pour reconquérir l’électorat de gauche qui vote FN.

Un choix de combat politique pour réduire l’influence du FN.

Un choix de combat politique pour reconquérir l’électorat ouvriers/employés.

Avec quoi et avec qui mener ce combat politique pour les présidentielles de 2012 ? Voilà la question essentielle.

Quel est le meilleur programme ? Quelle est la meilleure candidature pour mener ce combat, pour ne pas refaire ce qui a échoué en 1981, en 1988 en 1997, pour qu’enfin une politique de gauche réussisse ?

C’est aux communistes d’avoir le dernier mot. Le scénario Mélenchon- Marie-George Buffet n’ira peut-être pas jusqu’au bout. Nous avons le droit d’être informés, de savoir, d’avoir toutes les cartes sur la table. Nous avons le devoir de choisir et de décider.

NE PAS TOMBER DANS LE PIEGE DU PS

Le débat politique des présidentielles est engagé avec la volonté pour les communistes de gagner des millions de français pour le changement, de ne pas tomber dans le piège du Parti socialiste, avec l’exigence de prendre bille-en-tête toutes les questions qui fâchent et en ne laissant aucun espace au Front national (délinquance, violence, immigration, discrédit des élites, ravages de la mondialisation capitaliste, show initié par l’Europe, chômage, paupérisation économique, sociale, morale, mise en cause des souverainetés nationales, économiques, monétaires, commerciales). Au capitalisme du désastre, de la terre brûlée, à la crise morale, au pourrissement politique d’une société qui se sent abandonnée, sacrifiée, et qui sanctionne les partis qui ont gouverné il faut des réponses d’envergure. Au fur et à mesure que le capitalisme prédateur étend ses ravages en France et en Europe, les peuples sont de plus en plus sensibles aux sirènes du populisme, de la xénophobie, de l’individualisme et de l’égoïsme.

Ce puissant phénomène historique géopolitique est le résultat de l’accompagnement des partis socialistes, de l’affaiblissement, voire de la disparition des partis communistes, ce qui a créé un vide potentiellement dévastateur.

C’est ainsi que le FN caracole à 35 – 40 % dans l’électorat ouvriers/employés. Les classes moyennes en voie de déclassement collectif et individuel sont peu-à-peu plongées dans un désarroi similaire. Il est irresponsable de surfer sur ce mouvement. C’est pourtant ce que fait Jean-Luc Mélenchon avec la même stratégie que Martine Aubry.

Nous sommes dans cette situation car depuis 30 ans les politiques ont trahi les valeurs universelles et singulières issues de la Révolution française, des pères fondateurs de la République.

En laissant au bord du chemin un nombre croissant de nos concitoyens, c’est la République et la démocratie qui se trouvent menacées, ce qui ravit ceux qui ont toujours combattu l’une et l’autre.

LE DROIT DE CHOISIR LE CANDIDAT DES COMMUNISTES


Ouvrons la réflexion pour permettre la décision et le vote des communistes dans toutes les sections et les fédérations. Ce sera un choix, un vote historique, un vote pour redonner ses couleurs à la France.

Nous n’avons pas à choisir sous l’autorité d’un professeur du Parti socialiste. Pour les communistes, ce serait un comble, un contresens historique.

Nous pouvons gagner la partie au mois de juin. Nous sommes à 11 mois du 1er tour des présidentielles en avril 2012. Que va-t-il se passer en France et dans le monde d’ici là ? Personne ne le sait. Personne ne décide de l’agenda social et politique qui s’imposera à tous. Et si un tsunami social et politique se produit d’ici là ? Le cours des choses sera changé. Il y a bien eu un printemps du jasmin, pourquoi n’y aurait-il pas des printemps en France et en Europe ? Rien n’est écrit d’avance.

André GERIN

(*) A notre demande, le règlement de l’Assemblée nationale est modifié. Il est possible de créer un groupe à 15. Curieusement, le groupe communiste et républicain s’y est refusé avec l’assentiment de la secrétaire nationale. On ne parle plus de groupe technique mais on nous explique qu’il faut poursuivre le bon travail avec nos partenaires (sic).

Ce refus politique d’avoir à nouveau un groupe communiste et républicain n’a rien du hasard. Cela rend d’autant plus suspect et étrange les propos tenus ces jours-ci par Pierre Laurent, Marie-George Buffet et Roland Muzeau qui nous expliquent, la main sur le cœur, que dans l’accord Front de gauche, il est essentiel d’avoir un groupe communiste. Je crois plutôt que ces propos tiennent à justifier les soi-disant négociations avec les partis de gauche pour faire avaler la pilule de la candidature socialiste de Jean-Luc Mélenchon.

(**) Toute l’année 2008, pendant de nombreux mois, Jean-Luc Mélenchon s’est consacré à la préparation de son nouveau parti en contactant des adhérents du PS, des ex-socialistes, du PC, du MRC, de militants syndicalistes et associatifs.