Poisson d’avril : La libye, le Cheikh aux ray ban, Modesty Blaise et Rambo par danielle Bleitrach

  Le secrétaire de Défense américaine Robert Gates a dit  jeudi que les États-Unis n’enverront pas de forces terrestres à la Libye « tant que je suis dans ce poste », alors même que le pays  débat de son  futur rôle  dans cette guerre surgi du néant, un mirage pétrolier dans le désert. Ce que proposent Gates et Mullen est que les Etats-Unis se tirent vite fait bien fait  du bourbier en laissant les Français et les Anglais prendre la suite de l’affaire, le coût de l’opération, en lieu et place des Etats-Unis, une sous traitance. Tout cela me fait penser aux aventures de Modesty Blaise, une comédie, mais celle qui se joue ne bénéficie  ni de  l’élégance de Monica Vitti et de  Dick Bogarde et surtout pas la mise en scène d’un progressiste comme Joseph Losey. Résultat nous sommes  abasourdis, inertes en train de contempler médusés   un Rambo de série B, un gouffre financier où les meurtres et les bombes sont bien rééls. Tout cela relève de la farce tragique : poisson d’avril! Pourtant demain le cauchemar n’aura pas disparu, au contraire…

Soumis aux interrogatoires et aux   critiques du Congrès sur une mission mal définie dans l’appui à une force rebelle mal connue, Gates et le chef de l’État-Major Conjoint, l’amiral Mike Mullen, ont dessiné une rôle limité pour les forces armées américaines.

On peut penser ce que l’on veut des Etats-Unis et en particulier le plus grand mal sur la manière dont ce pays utilise sa formidable armada, sans équivalent sur le reste de la planète pour faire régner une volonté impériale aveugle, mais quand on est français on ne peut qu’envier le débat démocratique auquel est soumis un gouvernement qui entre en guerre. Quel contraste avec la situation française où il n’y a pas le moindre débat public et où majorité et opposition se croient obligés de jouer les grandes muettes par pure démagogie non à l’égard de la population mais du consensus médiatique. Dans une telle situation de baillonnement général pour les raisons les plus diverses,  il est clair que les Etats-unis s’apprêtent à confier à la France devenue leur fille aînée très obéissante dans l’OTAN, le coût et la poursuite de cette foireuse opération libyenne. C’est ce qu’a dit Gates.

Gates a dit qu’un autre pays pourrait entraîner les rebelles qui essaient d’en finir avec Moamar Kadafi. Visiblement le legs n’est pas un cadeau si on lit entre les lignes du propos.

« Ma position consisterait en ce que, s’il s’offre quelqu’un qui voudrait offrir une aide à l’opposition, des sources de Renseignement  abondantes existent que les Etats-Unis mettent à sa disposition « , a dit Gates. « D’autres devraient le faire » a-t-il ajouté en récusant pour sa part un rôle quelconque aux côtés d’une rébellion dont personne et surtout pas lui ne sait quels sont les contours et le contenu réel.

En réponse à la demande d’un législateur  est-ce que le participation  américaine signifierait inévitablement la présence d’ « effectifs sur le terrain » Libyen, Gates a répondu : « non tant que je suis dans ce poste ».ce qui peut signifier qu’il n’y a pas ou n’y aura pas d’effectifs ou qu’il ne restera pas longtemps dans le poste en question.

Ces réponses  témoignent d’un malaise au sein de l’exécutif, non pas entre colombes et faucons, mais entre bellicistes ne visant pas les mêmes cibles. Gates ne cachant pas que sa préférence irait vers une expédition en Iran, une coalition qui impliquerait la Russie, la Chine l’ensemble de l’OTAN. Pour lui, l’expédition libyenne  entraîne plus de divisions que de mobilisation au sein de la coalition contre l’Iran qu’il tente de monter. En voyage à Moscou, il n’a cessé de répéter que la Libye n’était pas pour lui une opération prioritaire et que l’abandon à l’OTAN du commandement des USA, rôle tenu jusqu’ici dans le déclenchement de la guerre, devait s’accompagner d’un retrait réel des forces armées étasuniennes. Les pays européens et arabes en première ligne devraient prendre le relais. la France en particulier. Bref Robert Gates, propose de sous traiter à la France et à la grande Bretagne l’opération, son coût et son organisation et ses incertitudes, une coalition qui se délite, une absence de but clair et un mandat de l’ONU violé dès le départ…

Les États-Unis ont remis le commandement de l’opération militaire à l’OTAN le jeudi, quelques  heures avant que Gates et Mullen n’assurent le Congrès que la participation future du pays sera limitée et n’inclura pas l’active participation dans les attaques aériennes. Il faut encore noter que   la position de Robert Gates, le chef du pentagone   cadre  mal avec les révélations faites par le new York Times sur la présence au sol de forces spéciales et agents de la CIA qui guident les bombardements d’avion et aident l’avancée des troupes rebelles.Ces forces spéciales nord-américaines étant accompagnées de forces spéciales britanniques au sol dont la présence a également été confirmée par les Britanniques.

Gates et Mullen ont débattu devant les commissions des Forces Armées des deux chambres après les révélations du New york Times et d’autres organes de presse sur le fait que de petites équipes d’agents de la CIA agissaient en Libye. Révélations quele secrétaire de Défense s’est refusé à commenter.

En ce qui concerne les sources de renseignement mise à la disposition de ceux qui prendront le relais de l’opération, Gates et Mullen ont par ailleurs expliqué que 25% du potentiel de Kadhafi était détruit mais que les forces autour de Kadhafi tant militaires que tribales surpassent celles des rebelles de un à dix.

Pour brosser un tableau complet et enthousiasmant de l’affaire rétrocédée à nos glorieuses armées, Gates et Mullen ont expliqué que les rebelles sont divisés et qu’ils agissent d’une manière indépendante dans chaque ville sans autorité centralisatrice.

 Ce qui pose le problème d’un Conseil de transition qui semble avoir une représentativité surtout externe sans reconnaissance réelle hors Benghazi alors même que sa composition soulève déjà bien des interrogations. Ma première proposition serait d’envoyer définitivement Bernard henri Levy faire reconnaître ses poulains dans la vaste Libye, un rôle de Lawrence d’Arabie (sans ou avec viol de tribus bédouines) est le seul à la mesure de son immense talent.

De fait Gates le decrétaire d’Etat à la défense et le chef de l’Etat major conjojnt, l’amiral Mike Mullen n’ont pas pu répondre aux questions cruciales de quelques législateurs évidemment préoccupés de l’étendue des opérations et ce qui arrivera si Kadafi n’abandonne  pas le pouvoir.

Les objectifs des États-Unis sont peu clairs et on ne sait pas qui sont les rebelles, a dit le représentant républicain Mike Turner.Mike Turner qui est à la tête de la commission de la Défense  manifeste plus que des réticences  à l’envoi d’armes à une opposition qui contient plus de membres d’Al Qaida qu’il n’en souhaiterait. Certes Turner , républicain du Michigan mène sa propre guérilla contre un pouvoir démocrate mais il ne manque pas d’arguments. les républicains et quelques démocrates  ont répété que le Congrès n’a pas été consulté à propos de l’opération en Libye et que le pouvoir législatif n’est pas disposé à être relégué en simple marionnette appuyant à la demande le pouvoir exécutif.ce qui est le cas en France désormais.

Si l’on résume la situation, malgré l’opération de communication à Londres, et même en y considérant quelques absents de poids , la Russie, la Chine, une simple représentation de la Ligue arabe, boudé par l’Union africaine, etc… L’opération libyenne critiquée par le secrétaire à la défense des Etats-Unis et le chef d’Etat-major qui veulent la sous traiter à la France au titre de l’OTAN, pour s’occuper de choses sérieuses comme l’attaque de l’Iran, on mesure le cadeau qui nous est fait et que nous ne sommes pas en position de refuser.  Gates et Mullen ne le cachent pas et ils laissent entendre qu’en fait loin d’être une réussite l’opération est pourrie parce que les rebelles sont désorganisés, divisés, infiltrés par des djhadistes plus ou moins suspects, que la guerre civile, tribale risque d’être un bourbier  si Kadhafi ne veut pas gentiment céder la place. Le tout sous couvert d’une résolution de l’ONU qui ne couvre déjà plus l’opération actuelle avec une « coalition » qui se délite.

De fait  Gates et Mullen expliquent au Congrès qu’Obama et Clinton ont agi comme des nuls et qu’il faut laisser l’opération aux français et aux britanniques ces derniers pouvant toujours rejouer un taxi pour tobrouk… Pendant que les libyens s’étripent comme de la volaille, que Kadafhi regarde tout ça avec mépris derrière ses ray ban.

En parlant de ray ban  ma deuxième proposition serait d’expédier notre président en proie à la guerre civile de l’UMP à la tête de ses troupes dans les sables du désert libyen?  Je l’imagine comme Dick Bogarde à la fin de Modesty Blaise, ce film de Joseph Losey où l’aventurière Modesty Blaise, recrutée par les services secrets britanniques pour apporter au cheikh Abu Tahir des diamants en paiement de services rendus au pays.  Dans son repaire, Gabriel, redoutable autant que séduisant criminel français, peaufine ses plans pour se débarrasser de Modesty et s’emparer des diamants…il termine sur le sable, allongé, écartelé,  attaché à des piquets, dévoré par le feu du soleil et il murmure « Champagne.. » comme  dans une soirée au Fouquets…Je ne vois pas d’autre solution digne du foutoir dans lequel la classe politique française nous a mis… Le seul panache qui nous reste: murmurer « Champagne… » si nous ne sommes pas capables de manifester notre refus de ce cinéma…

Je résume donc mes préconisations :

1) envoyer Bernard Henri Levy en mission permanente et de longue durée pour unifier l’opposition libyenne derrière son cher Conseil de Transition.

2) envoyer Sarkozy à la tête des détachements français affronter le colonel Kadhafi

3) Mais le plus utile serait tout de même de créer un grand mouvement pour la paix et une force politique capable de résister à tout ce bourrage de crâne… Parce qu’autrement nous revivrons à l’infini dans des décors de plus en plus exotiques le même scénario…

Un commentaire

  1. Merci pour cette synthèse qui permet de mieux comprendre pourquoi l' »odyssée fantastique » démarrée au son du clairon semble subitement (momentanément ?) freinée depuis la conférence de Londres, au point de laisser les troupes de Kadhafi reprendre l’initiative et regagner du terrain. Ce qui n’a pas l’air d’étonner le moins du monde nos experts de la médiacratie. A ce jour on a du mal à imaginer comment peut évoluer un tel « merdier », mais le conflit militaire est à ce point engagé qu’on peut craindre une terrible guerre civile en Libye.


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