Le sort de la Libye a été scellé à la conférence de Londres

La conférence à Londres sur la Libye du 29 mars a examiné tous les aspects de ce que la coalition internationale souhaiterait voir après la libération de la Libye de Mouammar Kadhafi. En deux mots, le tableau pourrait s’intituler: « Le dictateur est encore en vie, mais il n’a plus de pays. » Et pour cette raison, il est temps d’initier la réorganisation politique de l’Etat. Il serait assez immoral et prématuré de réorganiser l’ensemble du pays selon les seuls besoins de « l’opposition orientale » (qui domine l’Est de la Libye), mais il s’avère qu’il n’existe aucune autre opposition dans le pays.

Au départ, la conférence était conçue comme une réunion des pays appliquant la résolution N 1973 du Conseil de sécurité des Nations Unies. Mais le début de la conférence approchait, et la résolution était mentionnée de plus en plus rarement, et lors de la conférence elle a fait office de musique d’ambiance relaxante.

La Russie qui s’est abstenue lors du vote au Conseil de sécurité des Nations Unies n’a même pas été invitée à Londres. Ce qui suscite le sentiment désagréable que désormais toutes les décisions seront prises sans Moscou. Bien que la Russie ne soit pas la seule à n’avoir pas été conviée à la conférence.

Un autre membre du Conseil de sécurité, la Chine (qui s’est également abstenue), était absente. Aucun représentant de l’Union africaine, ni le secrétaire général de la Ligue des Etats arabes, Amr Moussa, n’étaient présents. Ce dernier a seulement envoyé son adjoint. La participation à la discussion sur le sort de la Libye sans représentants légitimes de ce pays ou chefs de l’opposition libyenne n’a apparemment pas inspiré Amr Moussa.Dans le monde arabe il est très respecté, et d’ailleurs il se prépare à prétendre au poste présidentiel en Egypte. Il n’est pas très éthique pour un candidat à la présidence de « partager » la Libye à Londres, capitale du Royaume Uni dont le passé colonial n’a pas toujours été glorieux.

Mais néanmoins, près de 40 ministres des Affaires étrangères (y compris des 29 pays membres de l’OTAN), le Secrétaire général de l’ONU et les représentants du Qatar et des Emirats Arabes Unis ont pris part à la conférence.

Globalement, le plan formulé lors de la conférence inclut diverses propositions: l’éloignement progressif de Kadhafi; l’accord de cessez-le-feu; le départ de Kadhafi du pays (on ignore la destination); la mise en place d’un cadre pour les négociations de l’opposition avec les chefs des principales tribus libyennes. Lors de la réunion, il a été décidé de créer un groupe de contact sur la Libye pour la coordination politique des bombardements de l’OTAN, qui d’ailleurs assumera le contrôle de la zone d’exclusion aérienne à partir du jeudi 31 mars.

L’opposition a envoyé à Londres son plan d’action où il est déjà promis d’organiser en Libye des élections libres et démocratiques.

Les comptes gelés de Kadhafi seront débloqués pour l’opposition libyenne

Les choses les plus importantes se déroulent souvent en marge des conférences internationales. A Londres, l’émissaire spécial de l’opposition Mahmoud Jibril (ancien ministre du Plan de Kadhafi), qui n’était officiellement « pas invité » à la conférence, a rencontré la Secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton et le premier ministre britannique David Cameron.

A en juger d’après les discussions qui se sont déroulées au centre de conférences du ministère des Affaires étrangères Lancaster House, les aspects pratiques de la formation d’une Libye sans Kadhafi ont été abordés. Il a été notamment question de sélectionner des personnalités acceptables pour le réaménagement du régime politique de l’un des principaux pays du monde arabe.

A cet égard, les Etats-Unis s’apprêtent à envoyer à Benghazi le représentant spécial du président Barack Obama pour renforcer les relations avec le Conseil national provisoire de transition. Il s’est avéré que les émissaires britanniques du ministère des Affaires étrangères se trouvent en mission à Benghazi depuis quelques jours. On s’achemine vers la pleine reconnaissance de l’opposition libyenne. Les participants ont même approuvé la seconde mission en Libye du représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU, l’ancien ministre jordanien des Affaires étrangères, pour tenter de convaincre Kadhafi de « démissionner de son plein gré » aux conditions de la « communauté internationale. » Il est difficile d’expliquer pourquoi cela se décide lors de la conférence de Londres et pas à l’ONU.

Les diplomates américains déclarent que des contacts ont déjà lieu avec les chefs de l’opposition sur le déblocage des comptes de la Libye dans les banques américaines et sur le transfert de cet argent pour les besoins de l’opposition. Il s’agit de 33 milliards de dollars.

La Russie marginalisée une nouvelle fois?

Il semblerait que la Russie soit encore laissée de côté. La première chose qui soit devenue évidente lors de la conférence est le fait que la Russie a été écartée de toute participation au règlement du problème libyen.

Bien sûr, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a tout à fait raison de dire que tous les pays qui mettent en œuvre la résolution N 1973 « doivent rendre des comptes devant le Conseil de sécurité des Nations Unies. » Il l’a déclaré lors de la conférence de presse à Moscou le 29 mars. Il n’a pas ajouté « et pas devant quelqu’un d’autre », car cela aurait été très imprudent de la part de ce diplomate expérimenté. Mais M.Lavrov faisait bien allusion à la conférence à Londres sur la Libye. Plus précisément au Groupe de contact international sur la Libye en cours de création sur l’initiative de la France.

Ce groupe ou tout autre organisme sera bien sûr un organisme politique supérieur à l’OTAN et/ou à l’ONU chargé de la coordination des questions concernant l’avenir politique de la Libye, du soutien de l’opposition et de la normalisation libyenne « post-Kadhafi. » A en juger par les événements en Libye et à la conférence, de tels processus sont lancés à plein régime. Sans Moscou. D’ailleurs, la suite des événements découlant de la résolution N 1973 du Conseil de sécurité était prévisible, vu les innombrables exemples d’interprétation large des documents de l’ONU.

La Secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton et le ministre britannique des Affaires étrangères William Hague n’ont pas rencontré l’émissaire spécial de l’opposition libyenne Mahmoud Jibril pour parler de « l’aide humanitaire. » En fait, la représentante des Etats-Unis auprès de l’ONU Susan Rice a déclaré qu’il ne fallait pas exclure l’armement de l’opposition libyenne par les Etats-Unis. Hillary Clinton avait déjà rencontré Jibril le 15 mars, c’est-à-dire trois jours avant l’adoption de la résolution du Conseil de sécurité au sujet de l’exclusion aérienne, qui est étendu aujourd’hui jusqu’au droit d’aider militairement l’opposition libyenne.

Dans l’ensemble, une Libye virtuelle sans Kadhafi est déjà en cours de « construction » à Londres.

 Ria novosti

3 commentaires

  1. Oui, mais la Russie elle aussi n’a rien vu venir ou pas voulu savoir et n’utilisa pas son droit de veto à l’ONU donnant ainsi un semblant de légitimité à l’agression ! C’est surtout cette position qui fut désagréable et même irresponsable au regard de ce qui en advient maintenant !

  2. une guerre qui s’annonce longue :
    http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=24024

  3. esr ce l’équivalent moderne de la Conférence de Berlin de 1885?


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