Les hyènes se déplacent en meute. Quand Dieudonné suit BHL. Par Marc Harpon

Dieudonné serait arrivé en Libye. Partie de la blogosphère antisémite, la nouvelle fait le tour du web, en passant notamment par rue 89 et msn info. Rien d’étonnant à ce que les charognards viennent renifler le cadavre fumant de la République et de la patrie des Droits de l’Homme.

Cela n’a rien d’étonnant : ça correspond à des choses  écrites et publiées ici : les secteurs de l’extrême droite qui assument la glorieuse mission de nazifier non pas les français dits de souche mais ceux issus des anciennes colonies n’allaient pas manquer de surfer sur l’émotion provoquée par la guerre.

Car, n’oublions pas que la France, en s’engageant dans une agression odieuse et illégale contre un ancien pays colonisé, ne peut que susciter une impression d’acharnement, auprès de ceux qui, parce qu’on leur mène une guerre sociale perpétuelle, se sentent plus liés à ce Tiers-Monde d’où venaient leurs parents qu’à une patrie républicaine toujours peu reconnaissante de la sueur et du sang de leurs ancêtres, morts au travail ou au combat pour elle.

N’oublions pas non plus que, déverser des bombes sur une dictature odieuse certes, mais dont les crimes n’égalent pas ceux d’Israël, c’est donner du grain à moudre précisément à ceux qui veulent faire croire aux travailleurs français d’origine étrangère que, dans le monde arabe comme en France, la cause de tous leurs maux s’appelle judaïsme ou judéité. La hyène antisémite sort ainsi de sa cachette, et on s’attend déjà à ce que le deux-poids-deux mesures qui prévaut dans la région soit expliqué par l’hypothèse fumeuse du complot sioniste. Otage du sionisme, la France serait incapable d’agir contre qui que ce soit, si ce n’est contre les ennemis d’Israël, identifié par les néonazes comme par le gouvernement israëlien à une sorte de patrie de tous les juifs du monde.

Par ailleurs, 2012 approche et Dieudonné, s’il est peu probable qu’il soit candidat, a tout intérêt à se rappeler au souvenir des médias, pour mieux monnayer son soutien à son amie Marine Le Pen. Le ralliement Dieudo, comme on l’appelle dans les secteurs fascisés des communautés noires, permettra ainsi au FN de se présenter comme le parti du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes : la France aux français mais la Libye aux libyens, nous dira à demi-mot Marine Le Pen, quand elle acceptera, non sans garder la distance qu’exigent sa position comme sa stratégie de ravalement de fascisme, le soutien de l’industriel des blagues carambar reconverti en marchand de haine prête-à-l’emploi.

Et plus le temps passera, plus le FN aura besoin de ce type de soutien. Il ne sera jamais capable de débaucher les travailleurs et de les faire rejoindre les positions réactionnaires de la petite-bourgeoisie s’il ne s’adapte pas aux évolutions récentes : la classe ouvrière, même limitée à ceux de ses membres qui ont la nationalité française, a changé de visage. Sa face est un peu plus foncée qu’elle ne l’était autrefois. Ne pouvant plus demeurer blond aux yeux bleus, le fascisme devra donc se métisser.

A cela, il faut jouter qu’une hyène d’un autre genre, BHL, est allée en Libye et que Dieudonné, mu par une haine primaire de tout nom de famille en « Lévy », ne pouvait pas ne pas sauter sur l’occasion. Et puis la gauche lui file un sacré coup de pouce en ne faisant pas son travail, puisque le Parti de la Gauche Européenne et son excroissance française, le pértendu Front de Gauche, soutiennent le massacre impérialiste : les deux seules « personalités » françaises à s’ être déplacées en Libye sont, l’une sarkozyste, l’autre lepéniste, « antisioniste » ou soralienne (suivant les besoins du moment) comme si la droite avait conquis le monopole et de la fabrication des politiques et de la contestation de ces mêmes politiques.

En se taisant, la gauche, comme d’habitude, creuse sa propre tombe. Et pas seulement parce qu’il est suicidaire de laisser à l’extrême droite le monopole de la contestation. Pour parvenir à faire passer la pillule, elle est obligée de se désolidariser de ses alliés progressistes d’Amérique Latine, dont l’exemple pourrait pourtant redonner de l’espoir à gauche, comme dirait l’autre. Ce qui permet facilite la tâche aux médias dominants, qui, ainsi, n’ont pas à manipuler les faits pour faire croire que seuls des allumés dangereux peuvent être sur la ligne concilliatrice défendue par Hugo Chavez. Pourquoi sinon l’article de rue89 rappellerait que Maire Poumier, l’amie négationniste de Dieudonné, est « pro-Chavez »? Mélenchon, qui prétend renverser la connotation usuelle du terme de populiste, à plus à perdre qu’à gagner à laisser la presse aux ordres imposer la fiction d’une nébuleuse populiste mondiale, ou, comme dirait l’anticastriste primaire et monomaniaque Jacobo Machover, d’un « axe antisémite-négationniste-castriste » passant par La Havane, Caracas, Téhéran, Pyongyang et maintenant…Tripoli.