Dans la mire des Etats-Unis, l’Iran par danielle Bleitrach

 Les Etats-Unis après avoir comme ils l’avaient prévu utilisé la France pour lancer les hostilités en Libye et remis in fine l’opération à l’OTAN, continuent à avancer leur pion vers leur objectif: l’Iran.

Il faut en décrire quelques manoeuvres  qui n’apparaissent pas encore au grand jour tout en étant bien avancées: nous ne reviendrons pas sur la Libye, mais il devient de plus en plus évident que  l’opération avait pour but non seulement d’asseoir la domination sur les ressources énergétiques libyennes mais de prendre pied à l’intérieur d’un monde arabe secoué par des révoltes populaires(mais aussi Maghreb, Afrique). Il est plus intéressant, parce que encore partiellement caché,   de tenter de mettre en lumière  quelques autres points stratégiques à travers lesquels les Etats-Unis avancent sur   leur triple objectif: un s’assurer la maîtrise de l’énergie mondiale, deux tenir par la force et par la division un monde arabe en pleine révolte, trois viser à terme l’Iran, et sans doute au-delà.

Première mise en lumière : réorganisation du monde arabe autour de l’hégémonie saoudienne. La manière dont Barhein a été offert à l’intervention saoudienne n’est pas un fait isolé, simplement lié à l’existence d’une base nord-américaine, mais doit être analysée en vertu du contrôle prioritaire du Golfe persique et de l’Iran, et d’une tentative de contrôle de ce monde arabe par une alliance de fait des saoudiens avec l’Egypte et Israël. Les révoltes du monde arabe seront utilisées non sans habileté. Ainsi on attisera celle contre les dictateurs qui résistent aux Etats-Unis, alors qu’on aidera à la répression des peuples qui s’opposent aux alliés des Etats-Unis.A ce titre l’analyse chinoise (présentée ci-dessous)  sur ce qui s’est passé en Libye montre l’inquiétude de ce pays et la dénonciation des buts poursuivis : l’invasion de la Libye témoigne d’une stratégie impérialiste autant que de tactiques face à des problèmes internes. On peut ajouter le fait qu’ en utilisant à la fois les ambitions du président egyptien de la ligue arabe, les inquiétude de ce pays et d’autres sur le mouvement de rébellion, on a entraîné certains pays arabes, la france ayant joué les bons offices.  Il a été dans un premier temps choisi de renforcer voir de créer  une situation d’insurrection  de la région de Benghazi, expliquent les Chjnois,  puis comme Kadhafi mettait en danger la dite rébellion, il a bien fallu passer à l’offensive avec toujours le même recours aux campagnes médiatiques et au prétexte humanitaire, Sarkozy servant de déclencheur à l’affaire.

Deuxième mise en lumière  : bien voir   comment  les Etats-Unis et les Européens, qui contrôlent 90% de l’information mondiale, lancent  le thème de la guerre humanitaire sur la dénonciation, souvent bien réelle, des exactions contre les peuples et en « améliorant » le marketing par l’invention de quelques grossiers mensonges pour « chauffer l’opinion publique » . A ce titre il faut souligner également que les Etats-unis ont repris pied depuis un an dans le Conseil des Droits de l’homme de l’ONU qu’ils avaient boycotté jusqu’ici.La dernière session de ce Conseil des droits de l’homme témoigne que leur activité au sein de ce Conseil paye, l’Europe y était littéralement submergée par les voix du Tiers monde, l’arrivée des Etats-Unis et d’une ambassadrice qui se consacre à temps plein à ce poste,Eileen Donahoe, a obtenu le résultat de diviser ce qui se présentait comme un bloc uni. La tournée d’obama en Amérique latine dans des pays comme le Brésil, le Chili, venait en appui de cette stratégie qui consiste à aborder les problèmes de façon transrégionale, multilatérale et de fait isoler les pays que l’on veut attaquer en combinant destabilisation interne, propagande médiatique et campagne sur les droits de l’homme.

troisième mise en lumière : il suffit donc de suivre qui est désigné par cette stratégie pour comprendre quelle opération est envisagée.La nomination d’un rapporteur sur l’Iran et sur la violation des Droits de l’homme par ce pays est une grande victoire pour Washington, non seulement pour la première fois depuis neuf ans l’Iran est ainsi mis en cause, mais comme il avait été procédé pour la ligue arabe, le vote brésilien a été acheté semble-t-il en échange d’un siège permanent à l’ONU, ce qui présente le double avantage de diviser le front anti-impérialiste, le BRIC et en même temps in fine d’offrir un siège au Conseil de sécurité à un pays que l’on a fini de déconsidérer. Mais là n’est pas l’objectif premier bien que l’ONU ait pour l’administration Obama une importance perdue sous Bush. L’objectif premier est bien de « travailler » l »opinion internationale en employant la carotte et le baton avec les dirigeants et les campagnes médiatiques avec les peuples dont on veut empêcher la protestation.

Face à ces grandes manoeuvres, s’il est évident que l’on ne peut pas considérer que l’Iran est le pays où les droits de l’homme ne sont pas violés, c’est une litote,  il faut bien mesurer quels sont les enjeux réels et quelle analyse, quelle politique et stratégie doit être celle des communistes et des forces progressistes.

Ces manoeuvre impérialistes ne cherchent pas à assurer le triomphe des Droits de l’homme, le repect de la démocratie et la paix dans le monde, il faut en être convaincu.

Outre le fait sur lequel il est bon de revenir sans cesse que ni les Etats-Unis ni les Européens  ne sont qualifiés, tant  de par leur histoire  que leur politique actuelle, à s’ériger en juge du reste de l’humanité,  ce viol systématique des souverainetés nationales n’a aucun but humanitaire, ni d’instauration de la démocratie. Ce qui est recherché est exactement le contraire : s’emparer des ressources énergétiques, asseoir une domination qui vacille et imposer un modèle économique qui provoque ces révoltes, financiarisation, pillage, crises multiples, énergétique, climatique, alimentaire. Pour cela il s’agit non seulement de conforter des tyrans mais encore de remplacer ceux existant par d’autres corrompus et clients des Etats-Unis.

Enfin pour imposer cette stratégie de domination on s’appuie sur les deux instruments de la puissance des Etats-Unis :

1)la domination militaire, une armée qui a elle seule est plus importante que toutes les autre réunies et qui utilise son potentiel de menace pour former des coalitions, et pour entretenir l’armada otanesque. Leurs expéditions , vu la dissymétrie sont de simple police mais créent le chaos et les souffrances d’une armée d’occupation et d’une résistance locale, avec des chefs de guerre.

2) la domination médiatique pour favoriser ces opérations par un mélange d’indignation et d’apathie.

Tout cela parce que la véritable domination des Etats-Unis, la domination financière, à cause du poids du dollar, est menacée par la montée de la Chine. Nul n’ignore qu’il existe désormais aux Etats-Unis un fort courant qui souhaite très vite attaquer ce pays avant que sa puissance ait encore grandi.

Enfin il faut noter en conclusion que l’attaque de l’Iran est la plus périlleuse qui soit, on a vu ce que représentait le nucléaire dans le contexte d’une catastrophe naturelle, imaginez une attaque contre les centrales iraniennes et c’est bien de cela qu’il s’agit. En outre, par le détroit d’Ormuz transite l’essentiel de l’énergie mondiale, 40% d’un pays comme la Chine (peut-être est-ce ce qui est visé ?) et voyez les conséquences.

Donc il faut s’opposer à cette stratégie impérialiste qui menace la paix et une grande partie de l’humanité, non pas en défendant l’indéfendable, mais en montrant bien la nature réelle des enjeux. il faut proposer des négociations basées sur la diplomatie avec d’autres acteurs que les pays occidentaux et les Etats-unis.

Danielle bleitrach

7 commentaires

  1. Bonjour
    Tout à fait d’accord mais comment fait-on quand on est noyé dans un océan de moutons bélants aux ordres des médias? Parler parler parler c’est ce que je fais sans cesse avec l’impression horrible d’être totalement inéficace. Je ne dois pas savoir faire et les seuls qui m’écoutent développer vos analyses semblent découragés par la monstrueuse organisationn mafieuse contre laquelle il faudrait se battre.
    Kirk

  2. pourtant il n’y a pas d’autre solution, mais si je peux non vous donner un conseil mais vous suggérer un angle d’attaque, il ne faut surtout pas partir de mes analyses, il faut partir de la vie quotidienne, de l’augementation des prix et de la connerie de la guerre, à un moment quelqu’un dit toujours c’est le pétrole, partir de là et donner les résultats de l’analyse peu à peu…
    Deusième axe, ne pas les montrer à l’offensive mais sur la défensive, c’est en ce sens que la référence à la Chine et à tous les pays qui protestent est importante, là vous pouvez retrouver les analyses de ce blog.

    Danielle bleitrach

  3. Désespérant…
    Je pars manifester à Souchez (au mémorial pour la paix) avec le PCF Pas-de-Calais, contre l’intervention en Libye. Un geste bien dérisoire face au danger qui nous menace.
    Bon, le Mouvement de la paix semble se réveiller un peu de son joli rêve: la déclaration du 24 mars (voir sur le site) est assez explicite, en net progrès par rapport à celle lénifiante du 18 mars.

  4. c’est toi qui a raison Marianne, j’allais oublier au titre de mes recommandations : réinvestir les lieux politiques et surtout ne pas cultiver les oppositions secondaires…

    Donc je me résume et je ne force pas le trait par un optimisme béat mais le pessimisme est un luxe, qu’est ce que l’on peut faire d’autre que combattre :

    1) réinvestir les oragnisations politiques.
    2) montrer que leur combat est un combat défensif parce qu’ils ne maîtrisent plus rien à l’image de leur armada qui coûte la peau des fesses et qui est incapable de tenir des populations en révolte…
    3) partir de la crise que chacun vit et des conséquences pour chacun d’une telle politique et pas de la geostratégie. cellec- est utile pour des gens qui n’ont jamais laissé tomber la politique mais pour faire agir se rappeller qu’il faut un levier et un point d’appui et toujours les chercher…
    Danielle Bleitrach

  5. Il manque peut-être un élément dans votre analyse très documentée et éclairante : le grain de sable des « masses » arabes en révolte pour la démocratie, la justice sociale, nourries de décennies d’anti-américanisme et dans l’ensemble pro-palestiniennes. Et comme vous le dites par ailleurs les positions et intérêts des pays « BRIC » et de la Chine ne vont pas dans le même sens que celui des stratèges va-t-en guerre impérialistes.
    En tous cas merci à vous et tous les intellectuels qui contribuent comme vous à éclairer l’opinion publique en démystifier les média-mensonges.

  6. Walter, vous avez parfaitement raison. C’est ce que j’appelle montrer qu’ils sont sur la défensive.

    C’est mon défaut et chaque fois que je lis un texte de Fidel, je suis fascinée non seulement par sa capacité d’analyse mais par son souci de partir du point politique, celui qui permet l’action et le rassemblement. Mon défaut est là, je demeure trop idéologique, on ne sort pas de l’idéologie par l’idéologie, il faut que l’individu qui lit puisse se situer pour l’action. C’est pour cela qu’il me manque un parti. En général, je m’en sors assez bien pour comprendre, analyser mais j’ai du mal spontanément à passer de la distance nécessaire à l’annalyse à l’impliquation pour entraîner… Cela doit expliquer ma carrière despérante de cassandre, ce qui me fait périodiquement renoncer à la politique, mais ces gens-là m’énervent à un point inouï, je me dis que dans le fond monsieur et madame tout le monde sont trop bons, ils ne peuvent pas imaginer les salopards auxquels ils ont affaire… Alors je me sens malgré moi du côté de ces pauvres naïfs qui se font avoir et je recommence à me mêler de tout ça malgré toutes mes mésaventures, un jour quelqu’un m’a dit que c’était parce que j’étais communiste…
    Danielle Bleitrach

    • Continuez à balancer vos pavés comme vous le faites et d’où vous pouvez le faire, ne serait-ce que depuis ici. Ça fait des ondes plus que vous ne l’imaginez : les médias- menteurs commencent à évoquer les « anti-guerres », à leur donner la paroles (ne soyons pas trop naïfs : ça fait partie pour eux du spectacle aussi). Je crois que nous sommes très nombreux à nous « sourcer » auprès de blogueurs comme vous pour ensuite débattre avec notre entourage. D’accord le web et Facebook ça ne remplace pas un véritable lieu de débats (et d’action). J’ai beaucoup espéré du Front de gauche, j’espère encore …


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